Dernier ajout : 14 juillet.
Cependant les seigneurs de ce temps s’occupent avec sérénité à mettre tout au point pour représenter le pays en liesse. S’il est un jour de l’année, où ils tremblent moins à l’idée des réfractaires qui les guettent, c’est le jour de la fête nationale. Les soldats sont en permission, les sergents de la ville ne rôdent pas sur les trottoirs. La bourgeoisie qui veut faire ses grâces, un instant, ne tient plus ferme en sa main, le bouclier de fer qui la protège.
On pourrait facilement viser…
Après avoir restreint en avril 84 les dérisoires allocations-chômage le gouvernement, en collaboration avec les salopes syndicales, lance une nouvelle offensive contre la jeunesse.
Voilà trois semaines, déjà, que je fréquente les « milieux socialistes » — 30 centimes le bock — et je commence à me demander si l’abbé n’avait pas raison. Je n’avais point attaché grande importance à son avis, cependant ; j’avais laissé de côté toutes les idées préconçues ; j’avais écarté tous les préjugés qui dorment au fond du bourgeois le plus dévoyé, et j’étais prêt à recevoir la bonne nouvelle. Hélas ! cette bonne nouvelle n’est pas bonne, et elle n’est pas nouvelle non plus.
Que les idées socialistes se répandent à flots dans la société actuelle nulle possibilité d’en douter. Le socialisme a déjà mis son cachet sur l’ensemble de la pensée de notre époque. La littérature, l’art et même la science s’en ressentent. La classe bourgeoise commence à s’en imprégner, aussi bien que la classe ouvrière. L’insécurité des fortunes basées sur l’exploitation ; les hasards de l’enrichissement et de la ruine ; l’accroissement, extrêmement rapide, de la classe qui vit aux dépens du travail manuel des masses, et le nombre, toujours croissant, des aspirants aux positions lucratives dans les professions libérales ; l’idée, enfin, dominante de l’époque, — tout pousse le jeune bourgeois vers le socialisme.
Au début de juillet 83, un gamin de 10 ans est assassiné à La Courneuve par un habitant, alors qu’il s’amusait avec des pétards. Cela s’est passé à la cité des 4 000. Contrairement à ce qui s’était passé à Chatenay-Malabry ou à Nanterre, la réaction des habitants et surtout des jeunes fut très vive. Le lendemain soir, alors qu’une manifestation est appelée à se tenir en bas de la cage d’escalier d’où est parti le coup de feu – les gens réclamant qu’on châtie le coupable – des jeunes vont directement au commissariat distant de quelques centaines de mètres et insultent les flics présents. Quelques coups, des pierres contre une voiture de RG puis repli des assaillants parmi lesquels certains n’étaient venus là que dans l’espoir de calmer les esprits. D’autres affrontements avaient déjà eu lieu aussitôt après l’arrestation du tireur débile, blessant quelques flics.
Dans la nuit du 21 mars 84, Jean M., un chômeur
de 49 ans, a saccagé les bureaux des Assedic
de Rennes, qui refusaient de lui donner
l’argent qu’il en attendait. Terminaux d’ordinateurs,
téléphones, machines à écrire et à
calculer, sanitaires broyés par dizaines à la
masse. Tous les dossiers qui traînaient là ont
été bousillés à coups d’extincteur.
De la belle ouvrage !
Deux mensonges se sont succédés dans la bouche de l’ennemi : il y a quinze ans, celui d’après lequel nous aurions alors vécu dans une société de consommation, et à présent celui de la crise. Leur succession est parfaitement logique. La crise vient par opposition à un miracle économique.
De la rive droite de l’Hudson, après avoir traversé Jersey-City, un chemin de fer électrique s’élance sur l’étroite route consolidée à travers l’étendue floue des marécages, dans la direction de Paterson – Paterson que les journaux du globe ont souventes fois signalé comme la « Capitale d’Anarchie » où des évadés du vieux monde s’en vont affûter des couteaux et mâchonner des balles de plomb contre la quiétude des rois.