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3000 raisons de se battre

Solidarité avec les emeutiers du 93 et d’ailleurs

mardi 21 février 2017

NdNF  : Nous publions ci-après un tract distribué en ce moment à Toulouse et trouvé sur Bad Kids, à propos de la vague de solidarité et de révolte suite au viol de Théo Luhaka à Aulnay-Sous-Bois par les flics de la BST. Si nous ne pensons pas que la méthodologie du dit « cortège de tête lors du mouvement contre la loi travail » serait bénéfique aux émeutiers d’aujourd’hui, nous ne pensons pas non plus qu’elle soit adaptée à l’émeute en général et en tant que telle, ni qu’elle soit forcement désirable. Les pratiques organisatrices sont à double tranchant, on voudrait qu’elles encadrent et protègent, mais finissent par gérer. Or, nous pensons que l’émeute ne doit pas être gérée ni fixée dans l’espace, qu’elle ne peut donc pas être compacte et organisée, qui plus est, enfermée dans un cortège avec une multitude de rôles spécialisés (fighters, medics, legal team, et autres mots anglo-saxons inutiles issus des alter-mondialistes), elle se diffuse et attaque de façon dispersée et non militarisée, de 1871 à novembre 2005. Sinon c’est autre chose, nous ne voyons aucune raison de ne pas l’envisager, mais alors de façon plus critique que cela. Mis à part ce détail et quelques formulations divergentes, nous tenons à diffuser ce tract qui a le mérite de remettre les pendules à l’heure sur des questions actuelles comme la démagogie envers les dits « jeunes de quartiers populaires », filon post-moderne du moment ; ou bien la racialisation des problématiques sociales qui n’en finit pas de chercher à réduire à néant les derniers sursauts de conflictualité ; les interminables complaintes des fustigeurs d’impunité et autres amateurs de justice professionnelle ou amateur ; la mafia associative, les pacificateurs et récupérateurs perpétuels de la révolte, qui souvent en dénoncent d’autres, plus gros poissons qu’eux dont ils voudraient prendre la place. Une lecture salutaire en temps troublés.



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3000 raisons de se battre
Bad Kids & Cie.

Lundi 6 février à Aulnay-Sous-Bois (93), la police a fait le choix des armes face à la rage des émeutiers. Cette fois-ci, c’est le viol et la mutilation infligée à un jeune du quartier par une bande de la BST (Brigade Spécialisée de Terrain) à l’aide d’une matraque télescopique, qui auront mis le feu aux poudres.

Les flics ne se sentent même plus obligés de se justifier. Ils reviennent à la charge le surlendemain en tirant avec leur Sigsauer 9 mm, appuyés par un fusil haute précision au-dessus d’eux. Voilà où nous en sommes. Il ne s’agit pas d’une dérive. La préfecture appuie l’usage. Les choses sont claires.
L’essentiel, c’est que des habitantes et habitants d’Aulnay-Sous-Bois s’opposent à ce que l’Etat nomme une fatalité. Qu’ils bravent l’occupation policière du quartier, qu’ils sortent. Certains pour la contester, d’autres pour l’affronter. Comme à Beaumont-sur-Oise suite à la mort d’Adama Traoré cet été.

L’État lui ne s’y trompe pas.

Du côté de la poudre aux yeux, les blablas du président, de la secrétaire d’État chargée de l’aide aux victimes, cherchent à couper court à l’écho que cet acte ignoble pourrait produire dans les mémoires de toutes les banlieues du monde.
Du côté de la réalité, c’est le déploiement massif de forces armées dans les tess de la région parisienne.
La suite, c’est la mise en détention de 16 personnes pour l’attaque de la bagnole de flics aux cocktails molotov à Vitry Chatillon. C’est l’interpellation de plus de 70 personnes en une semaine. C’est la distribution de lourdes peines pour tous les condamnés. Et tous les médias qui participent à leur manière au maintien de l’ordre.

Pourtant, malgré l’appel au calme, la cité a craqué.

La crise économique s’approfondit à mesure que la classe capitaliste nous exploite tous les jours un peu plus durement. La dégradation de nos conditions de vie, au chômage et au travail, va de pair avec la présence appuyée des forces de sécurité de l’Etat, qui contrôlent, fouillent, harcèlent, frappent. Jusqu’au meurtre.
Il est temps de réfléchir aux moyens de notre autodéfense. Les pratiques policières sont les mêmes, des 3000 aux cités de toute la France. Elles conduisent nécessairement à des drames. Comment peut-on s’en prémunir ?

La vérité est là, sous nos yeux. La justice est de leur côté, elle est faite pour ça.

Il serait incongru de penser qu’une énième stratégie autour de l’exigence de la vérité et de la justice puisse faire ses preuves. La vérité est là, sous nos yeux. La justice est de leur côté, elle est faite pour ça. Cette exigence de vérité et de justice ne fait que rassurer nos maîtres, patrons et dirigeants. Nous légitimons, par ces revendications, le cadre dans lequel ils nous enferment chaque jour.
Les discours majoritaires au sein de la lutte contre les violences policières prennent appui sur deux piliers du monde capitaliste, la famille et la démocratie.

En renforçant l’assignation des daronnes à appeler au calme. En appelant à une meilleure représentation des « minorités » au sein des instances gouvernementales. En demandant de la prison ferme contre les policiers auteurs de violences, on demande au système de « mieux » marcher, de marcher aussi pour nous, ce à quoi il n’est pas destiné. C’est la base de tout discours réformiste.
Le problème, ce n’est pas l’impunité de la police, bien que ça foute la rage. Le problème c’est la police, et l’ordre social qu’elle défend.
Des réformistes qui cherchent à encadrer la colère, des clientélistes qui gèrent la misère, il y en a dans les quartiers populaires comme ailleurs. Comme il y a des camarades qui aspirent a la révolution, qui se révoltent contre leurs conditions. Pourtant lorsqu’il s’agit des quartiers populaires, on ne parle pas politique mais « unité » (ce qui est en réalité très politique).
Lorsqu’il s’agit des quartiers populaires, on se refuse d’évaluer les forces politiques en présence, sous prétexte qu’il s’agit d’une « auto-organisation ».
Lorsqu’il s’agit des quartiers populaires, on ne dit pas la même chose qu’ailleurs. Cet état d’exception n’annonce rien de bon si ce n’est la porte ouverte aux pratiques gestionnaires et clientélistes.
Et ce silence est d’autant plus grave qu’il s’agit d’un mouvement prolétarien tout à fait primordial. Face aux manoeuvres politiciennes de tout bord, il est nécessaire de réfléchir aux stratégies pour le moment adoptées et aux perspectives que celles-ci offrent.

Qui nous protège de la police ? Réflexions pour un mouvement d’ampleur

Les émeutiers des 3000 ont, dans un premier temps, tenté d’empêcher l’accès au quartier aux forces de police pour ensuite mener une campagne de harcèlement extrêmement mobile à l’encontre des équipes de keufs en progression sur le terrain. Ces pratiques sont indéniablement des actions de solidarité et d’autodéfense face à la flicaille.
Cependant elles sont pour l’heure très peu sorties de la nuit.
Il ne s’agit pas de privilégier l’émeute ou l’affrontement au détriment d’autres actions politiques comme le rassemblement à Bobigny ou les manifestations à Aulnay-Sous-Bois : c’est justement cette jonction entre les moments de la nuit et du jour qui est peut-être la clé. Ce sont les deux faces d’un même mouvement.

Pour cela, il y aura besoin d’une configuration politique apte à l’assumer, et donc à assumer une part d’hostilité face à la police.
La meilleure façon de se prémunir des agressions policières, c’est qu’ils redoutent une réponse massive et organisée.
De fait, cela ne viendra pas des partis et associations qui cherchent à canaliser la colère et veulent la « représenter ».
A mesure que le mouvement grandira, il sera soumis à de multiples pressions, les condamnations des actions urbaines seront plus fortes, la raison sera rappelée. Si jonction il y a, elle viendra des irreprésentables qui imposeront leurs pratiques et discours subversifs.
Un petit peu comme ce qu’on a pu observer au sein du cortège de tête lors du mouvement contre la loi travail il y a bientôt un an. Des équipes de soins présentes lors des manifestations, un comité juridique chargé de suivre, défendre et soutenir les inculpés, des espaces de discussion, un partage des pratiques d’autodéfense, les mouvements politiques révolutionnaires ont su se doter de nombreux outils qu’il faut continuer à diffuser, à inventer.
Les violences policières qui ont attisé le brasier du mois de février ne sont qu’une facette parmi d’autres de notre situation de prolos.
La seule perspective révolutionnaire offerte au mouvement est de parvenir à étendre la contestation à tout ce qui maintien cet ordre social capitaliste. Avec son lot d’exploitation d’humiliation et de répression.

Les flics, racistes et/ou démocrates, font le sale boulot qui cache la forêt. Brûlons-la.