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Besançon : Contre la loi, le travail et les casseurs de la révolte / Récit des 17 et 19 mai

lundi 23 mai 2016

Il y a eu quelques blocages à Besançon en marge des grandes messes syndicales, qui étaient prévues les 17 et 19 mai. Mardi 17 mai, le lycée Jules Haag est bloqué dès son ouverture jusqu’à 11h. Malheureusement, ce blocus n’a pas permis de partir en manif sauvage et de rameuter du monde à la manif de 14h. Toutefois, une action est menée au centre-ville : la distribution de bouffe de merde du Quick de la Grande Rue est totalement interrompue pendant une petite heure à midi.


A la fin de la manif de l’après-midi, 200 personnes décident de poursuivre la journée : une fois arrivées devant la préfecture, qui est devenue le lieu de dispersion à chaque manif. C’est le moment choisi pour la CGT de craquer plusieurs fumigènes, plutôt que de partir en cortège en direction de la gare Viotte dans le but d’envahir les voies. Un comité d’accueil d’une dizaine de flics casqués et de bacqueux nous attend. On se dit direct que ça va être chaud, mais on est déterminé à y aller. Pendant que certains se détachent du cortège pour mobiliser quelques flics à certaines entrées, d’autres se mettent à courir. Le dispositif policier est débordé, malgré le fait que les bleus aient obtenu du chef de gare que l’accès au souterrain qui donne accès aux voies soit fermé. Une bonne cinquantaine de personnes réussit à s’introduire sur les voies, non sans avoir pour certains récolté quelques coups de matraque. Tous commencent à s’enchaîner et à faire bloc. Les flics n’ont d’autre choix que de se tourner vers la grande majorité des manifestants restée à l’entrée des voies. Le chef de gare se met à intimider les manifestants et à les filmer, tout comme un cheminot syndiqué qui dit que c’est pas le moment et que la grève commence demain. Un manifestant lui rétorque que les actions spontanées de blocage sont nécessaires pour perturber les flux dans le cadre du mouvement. Notre « camarade » n’aime pas les imprévus. La grève, il la voit comme une routine, quelque chose qui ne doit pas déranger. Ce « camarade » a, bien sûr, tout fait pour empêcher les autres manifestants d’envahir d’autres voies. Mais alors que la situation était en notre faveur (les flics étant en sous-nombre par rapport aux manifestants), certaines personnes du groupe se sont faits monter la tête par quelques citoyens flippés et ont fait part de leur intention de partir, alors que ça faisait à peine 20 minutes que les trains étaient bloqués. En réalité, il semble que certains chefs auto-proclamés de la lutte aient négocié une présence sur les voies dès le départ avec le chef de gare. C’est bien mignon de scander des slogans contre le compromis des syndicats et la négociation du genre « on ne négocie pas la régression sociale, on la combat par la grève générale (qu’on peut attendre longtemps) ! ». Il serait peut-être temps de rompre avec les chefs, ces porte-paroles minables qui placent leurs pions dans l’échiquier politique de demain. Malgré la détermination apparente d’une bonne partie des gens présents à bloquer le trafic ferroviaire, la répression s’est faite dans les têtes. C’est la peur qui a maté notre force collective, et en aucun cas la police qui, si l’on en croit le torchon local du lendemain, a évacué manu-militari les opposants à la loi travail ».

L’une des « porte-paroles » auto-proclamée du mouvement à Besançon, Ariane Gallet, future politicienne du PCF, qui montre sa gueule absolument partout quand elle le peut, n’a pas hésité le lendemain à tenir des propos pro-flic auprès des journalistes de France 3 Franche-Comté (vidéo en bas de l’article) : alors qu’une trentaine de policiers se plaignaient devant le commissariat pour dénoncer la « haine anti-flic » dont ils sont la cible et ainsi exiger davantage de répression, cette collabo a tenu à apporter son soutien aux SO des syndicats CGT et FO de plusieurs villes qui, dit-elle, « sont attaqués par des « casseurs », pourtant bien connus des services de police ». La vieille théorie stalinienne des « éléments perturbateurs manipulés par le gouvernement » est recrachée sans qu’il n’y ait aucune réaction d’hostilité à son encontre. Gerbant ! Rappelons que ces fameux SO se font pourrir par une grande partie des manifestants, y compris depuis les rangs de syndicalistes et manifestants lambda, qui sont parfaitement conscients de leur fonction de milice réprimant aux côtés des flics. Un citoyen a aussi vomi sa collaboration de classe au micro de la radio locale « Radio Bip », clamant haut et fort que le problème n’est pas la police, mais le « comportement violent » de certains agents. En plus de « comprendre le ras-le-bol des policiers » (comme tous les bureaucrates syndicaux de FO et de la CGT), son ignorance crasse du rôle de la police (qui a pour but de mater tout mouvement de révolte) l’amène à dire sans rire « la police avec nous ». Oui, il y a des claques dans la gueule qui se perdent !

Jeudi 19 mai à l’aube, une vingtaine de personnes barricade les nombreuses entrées du lycée Pasteur à l’aide de poubelles et de palettes, ainsi que de substances pour obstruer quelques serrures de portes. Le proviseur, rapidement sur les lieux, constate, dépité, le blocus. Comme d’habitude, il fait appel aux keufs qui, une fois arrivés, contrôleront une personne. Malgré les multiples alertes du proviseur concernant les risques de blocage de l’établissement depuis la rentrée, le blocus a bel et bien eut lieu. Par ailleurs, on apprend dans la presse locale que la permanence de Jacques Grosperrin (LR) a été recouverte de tags anarchistes dans la nuit.

Vers 10h00, un bruit court selon lequel il serait question de démonter les barricades du lycée avant de partir en manif sauvage. Cette rumeur n’en est pas une, et c’est une nouvelle tentative délibérée de ces mêmes négociateurs professionnels du mouvement « jeune » d’obéir aux coups de pression du proviseur et de l’administration. Cependant, ce réformisme ambiant ne reçoit aucun écho chez les lycéens de « Pasteur », qui s’organisent entre eux et sans chef. En effet, la tentative de la chefferie étudiante, qui une fois de plus parlemente au nom de tous, échoue clairement. Le cortège qui s’élance depuis le lycée est très bruyant, bien qu’il reste trop sage étant donné le peu de flics présents : après avoir emprunté les voies du tram et organisé un sit-in sur le pont Battant (bloquant un bon moment la circulation du tram), le cortège rejoint le parking d’où partait la manif de l’intersyndicale. La suite est morne, avec plusieurs personnes qui s’époumonent à gueuler des slogans dans le vide le long de rues désertes encadrées par les flics et les syndicats, sans croiser personne. Arrivés place Leclerc, quelques énervés prennent des barrières de chantier pour bloquer le gigantesque carrefour. Un journaflic de « l’Est Républicain », en quête d’images et de sensationnalisme, se fait volontairement bousculer par un manifestant masqué qui lui lance un « dégage collabo ». Après une longue pause sur le carrefour, le cortège prend la direction de la Chambre du Commerce et de l’Industrie, sur laquelle tags insurrectionnels et traces de peinture d’une attaque datant de plusieurs semaines sont toujours visibles (Il semble par contre que les vitres brisées aient été remplacées). Quelques flics anti-émeute ridicules stationnent au-dessus des marches. On voit sur le champs qu’ils ne sont pas confiants face à une foule de plusieurs centaines de personnes. Ce qui était prévu arriva : la foule avance en force et repousse les flics jusqu’au pied du bâtiment. Les casqués font usage de leur bombes lacrymo et gel au poivre, ce qui fait reculer la foule. Quelques pétards et projectiles volent sur la rangée des flics qui protège l’entrée de la CCI. Et là, qui se met entre la foule et les flics ? Un syndicaliste de la CGT, qui prend la parole au mégaphone pour dire « qu’il faut se calmer et partir ». Il se fait copieusement insulter (« vendu ! ; collabo ! »…) pendant plusieurs minutes.
Le reste sera sans intérêt (un feu encadré devant la préf’ et un pique-nique sur le carrefour à Chamars, occasionnant l’arrêt de la circulation des tram et des bagnoles).

Ce que l’on peut tirer comme enseignements de ces journées, c’est qu’il existe des ennemis identifiés qui se font plus bruyants et qui n’hésitent plus à se dissocier publiquement et à cracher à la gueule d’une partie de ceux qui composent cette « lutte » depuis le début. Il serait difficile de ne pas mettre cela en corrélation avec la répression étatique qui s’accroît partout ailleurs, particulièrement là où la révolte est intense : la répression ayant franchi un cap depuis le 12 mai avec de nombreuses interdictions de manifester (comme à Paris et à Nantes), des lycéens poursuivis pour « vol de poubelles » à Montpellier et des flics qui empêchent les blocages de lycées à l’aube, des contrôles judiciaires stricts et des incarcérations contre ceux qui mettent leur haine en pratique contre la flicaille et le capital (pour un « croche-patte » à un keuf zélé, un lycéen au casier vierge a été incarcéré en préventive à Nantes, dans l’attente de son jugement en Cour d’Assises pour « tentative d’homicide volontaire sur un policier »).

Les casseurs de la révolte (citoyens, politiciens et bureaucrates syndicalistes) sont des ennemis à combattre au même titre que l’Etat et ses flics. Il n’y a pas de réconciliation possible ni de « convergence des luttes » à mener avec ces partenaires sociaux qui refusent de voir l’antagonisme de classes qu’il existe entre exploités et exploiteurs, entre opprimés et oppresseurs. Montrons notre aversion face aux chefs, notre hostilité à ceux qui tentent de parler au nom de tous. Dégageons les journaleux qui ne perdent pas une occasion pour contribuer à la répression en cours (pour exemple récent, ce sont bien les clichés d’un journaflic de « L’Obs » qui ont permis l’arrestation de cinq personnes pour l’incendie d’une voiture de police ce mercredi 18 mai à Paris, en marge d’un rassemblement des gardiens de l’ordre place de la République).

Ces quelques critiques ne doivent en aucun cas avoir un effet paralysant, bien au contraire. C’est en se libérant de l’emprise de quelques-uns que nous représenterons à l’avenir un réel danger pour le pouvoir. La ministre du travail El Khomri compte venir ce vendredi 27 mai à Besançon. Elle prévoit de visiter la nouvelle école de Thierry Marx à Palente (symbole de la “réussite sociale” et du goût du travail aliénant). Soyons prêts à l’accueillir comme il se doit.

[Repris du Chat Noir Emeutier.]