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Bouts de chemin : Recueil de textes de Gabriel Pombo Da Silva

vendredi 17 mai 2013

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Le compagnon anarchiste Gabriel Pombo Da Silva a déjà passé près de 30 ans en taule, dont une vingtaine dans différentes geôles espagnoles. Il a également affronté la palette de châtiments et de régimes d’isolement dont l’Etat dispose pour tenter de faire rentrer dans le rang celles et ceux qui ne se plient pas à ses exigences.


En effet, Gabriel fait partie de ceux pour qui l’incarcération ne signifie pas la fin de la révolte, ni des désirs de liberté. De mutineries en tentatives d’évasions dans les années 80-90, le système carcéral espagnol a été secoué par de nombreux actes individuels et collectifs de résistance et d’offensive. Pour y avoir participé, Gabriel s’est vu appliquer, comme tant d’autres, le régime FIES [1], destiné à éradiquer toute velléité de rébellion.

Cependant, une forte lutte est venue répondre à la mise en place de ce système punitif et de contrôle « dernier cri » [2]. Menée à l’intérieur par des détenus dans des conditions de tortures quotidiennes et d’isolement extrême, elle a été appuyée à l’extérieur par de nombreuses initiatives et actions de solidarité. Au plan national comme international s’est développée la critique en mots et en actes de la société carcérale qu’il nous faut détruire avant qu’elle ne nous détruise. Ce combat a marqué bien des vies et des esprits, comme il a démontré qu’il peut en coûter au Pouvoir de vouloir briser des individus et d’en finir avec la révolte.

En octobre 2003, Gabriel a décidé de ne pas regagner « sa » cage après un permis. Le 28 juin 2004, suite à un contrôle de police qui tourne mal et malgré une fusillade pour ne pas retomber aux mains des flics, il est arrêté en compagnie de sa sœur Begoña et des compagnons Bart de Geeter et José Fernandez Delgado, lui aussi en fuite des prisons espagnoles. Ces incarcérations et le procès qui se déroule dans la ville allemande de Aachen auront un écho international dans le mouvement anarchiste. Ce sera à nouveau l’occasion de dénoncer l’enfer carcéral et de diffuser des pratiques d’attaque du système que les prisons en tout genre contribuent à maintenir en place. Le 25 septembre 2005, José, accusé en outre de braquage, est condamné à 14 ans de prison, Gabriel à 13, Bart à 3 ans 1⁄2 et Begoña à 10 mois avec sursis.

Bart sort en 2007, José est à présent dans la prison de Rheinbach après plusieurs transferts, quant à Gabriel, il purgera sa peine à Aachen où il refusera l’obligation de travailler et devra donc rester 23 heures sur 24 en cellule. Une manière de sortir de cette autre forme d’isolement consiste à entretenir une correspondance avec des compagnonNEs de tous horizons. Surtout, il continue à s’impliquer, par ses écrits et par des grèves de la faim, dans différentes initiatives de solidarité et d’offensive à travers le monde – contre l’enfermement et l’autorité sous toutes ses formes. La continuité, la vigueur dans l’engagement et la volonté de subvertir l’existant n’étant guère du goût des puissants, différents Etats cherchent à lui faire payer ces combats, ainsi qu’à d’autres, à l’intérieur et à l’extérieur des murs.

Le 16 janvier 2013, aux 2/3 de sa peine (selon les pratiques en vigueur en Allemagne), Gabriel est extradé vers l’Espagne qui le réclamait. Il doit y purger le reste de sa peine – dont on ignore pour l’instant la teneur, dissimulée dans les méandres bureaucratiques judiciaires, carcéraux et politiques. Sa « trajectoire particulière de prisonnier » (lire : « conflictuel ») lui a déjà valu de nombreuses tracasseries, ainsi que plusieurs transferts qui rendent difficile la communication (tant la correspondance que les visites). Début avril, il a également appris qu’un mandat d’arrêt européen a été émis par l’Italie à son encontre en vue d’une « remise » dans le cadre de l’opération Ardire. Il a refusé de déclarer quoi que ce soit sur ces faits devant l’Audiencia Nacional de Madrid, devant laquelle il est passé le 16 avril dernier. La justice espagnole devrait prendre d’ici peu la décision de le livrer (ou pas) aux autorités italiennes.

Ce recueil non exhaustif de textes n’implique pas une adhésion inconditionnelle à l’ensemble de leur contenu qui, nous l’espérons, suscitera ou participera à des débats riches de possibilités au sein de la conflictualité. Le diffuser n’a pas pour seul objet de donner à connaître ou de rappeler le parcours de lutte d’un compagnon. Il s’agit aussi et surtout de continuer à propager des idées pour lesquelles il se bat et que nous partageons ; de défendre des choix, comme celui de l’expropriation, qui s’inscrivent dans un antagonisme résolu ; de faire vivre des désirs de liberté, de révolution sociale et d’Anarchie qui nous animent aussi et ne peuvent se réduire à des mots.

Contre toutes les prisons et les systèmes qui les produisent ! Pour une solidarité qui rompe avec la pacification qu’on cherche à nous imposer et parte à l’assaut d’un monde nouveau !

15 mai 2013.

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Notes

[1Le FIES (Fichier des Détenus en Suivi Spécial) a été créé en 1991, sous le gouvernement PSOE et par une simple circulaire du Directeur Général des Prisons d’alors, Antoni Asuncion. Il instaure toute une série de régimes spéciaux dans lesquels peuvent être placés les prisonniers selon leur profil et leur degré de conflictualité. Le FIES 1 – Contrôle direct, le plus dur, est destiné aux bêtes noires de l’Administration Pénitentiaire, qu’il permet d’enterrer vivants dans des quartiers d’isolement. A cela s’ajoute une longue liste de tortures (physiques, psychiques, médicales…), visant à les faire plier ou à les anéantir.

[2En 1999, une lutte de plusieurs dizaines de prisonniers part des bunkers, portant en avant comme revendications : l’abolition du FIES et de tous les régimes d’isolement, l’arrêt de la dispersion et la libération immédiate de tous les prisonniers malades. A propos de cette lutte, on peut se référer à l’article Notes critiques sur la lutte contre le FIES paru dans A Corps Perdu n°2, Paris, juillet 2009.