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C’est pour ton bien !

lundi 3 août 2009

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Gamin, c’est pour ton bien que tu dois te lever à 7h du mat’ et passer ta journée entre quatre murs à l’école à écouter tes professeurs, te taire et obéir, à apprendre par cœur tes leçons sans sourciller ; prendre tes récréations quand on te le dit, rentrer chez toi pour faire tes devoirs avec discipline ; c’est pour ton bien qu’il faut respecter tes parents quoi qu’ils fassent ou qu’ils disent, qu’il faut te lever quand le directeur entre dans la classe même si c’est une grosse crapule, qu’il faut savoir les paroles de la Marseillaise et les tables de 9. C’est pour ton bien qu’on te sert une bouffe de merde équilibrée à la cantine, pour que tu ne sois pas trop perturbé quand tu seras plus grand.


Prolétaire, c’est pour ton bien que le travail est rendu obligatoire, que les usines ont été inventées, que le patron te donne des ordres au boulot en te gueulant dessus, que les trains de banlieues avec leurs contrôleurs ont été mis en place ; c’est pour ton bien que les heures supplémentaires existent, et que les syndicats parlent en ton nom pour négocier dans ton dos le prix de l’universel bonheur dans l’esclavage salarié ; c’est pour ton bien que l’argent existe, car sans argent, penses-tu, avec quoi te payeraient les patrons ? C’est pour ton bien qu’il faut te sacrifier corps et âme à l’économie du pays, au Dieu Capital.

Citoyen, c’est pour ton bien qu’il faut voter et élire tes maîtres, qui organisent ce meilleur des mondes possibles ; c’est pour ton bien qu’on te sonde et te questionne, et c’est pour ta protection que les flics patrouillent jour et nuit, pour ta sécurité ; que tu peux te constituer en milice de citoyens volontaires pour chasser l’Ennemi Intérieur dans les rues, et ainsi compléter le bien que te font vidéosurveillance, puces RFID et fichiers.

Jeune, c’est pour ton bien qu’il ne faut pas traîner dans les rues la journée, qu’il ne faut pas traîner dans les rues le soir ni la nuit, qu’il ne faut pas que tu fumes, qu’il ne faut pas que tu boives, qu’il ne faut pas que tu baises ni que tu penses ; c’est pour ton bien qu’il faut renoncer enfin à tes utopies stupides et inutiles, et apprendre ce qu’est la Raison ; que l’on construit des terrains de foot au pieds de tes tours HLM, car le sport ça éduque. C’est pour ton bien que l’on place vigiles et anti-vols devant les magasins, car il vaut mieux que tu crèves la dalle avec ton SMIC plutôt que tu deviennes malhonnête. C’est pour ton bien qu’on te formate, te conseille, qu’on te réprime et qu’on t’oriente, qu’on t’insert et te réinsert à vil prix, qu’on t’apprivoise.

Vieillard, c’est pour ton bien qu’on recule l’âge de la retraite, sans quoi tu t’ennuierais à attendre la mort en prenant le temps de vivre ; c’est pour ton bien que les médicaments ne sont plus remboursés, car sinon tu prendrais l’habitude de tomber malade, et puis il faut bien dépenser les fruits de ton travail d’octogénaire. Et comme tu seras ensuite bien fatigué, c’est pour ton bien que les maisons de retraite t’accueilleront et te garderont à l’écart, bien à l’écart.

Migrant clandestin, c’est pour ton bien qu’on te rafle, qu’on te maintient en garde-à-vue, puis dans de jolis centres fermés ; comme le capitalisme ne peut pas accueillir toute la misère du monde qu’il a créée, c’est pour ton bien qu’il t’expulse comme il t’exploite et te « rapatrie », de crainte que, apatride, tu oublies les vertus de l’enracinement, de l’identité et du patriotisme ; c’est pour ton bien que les centres de rétention où l’en t’enferme sont entourés de fils de barbelés car l’évasion est dangereuse, tout comme la liberté en général. C’est pour ton bien que ces centres sont construits par tes compères sans-papiers, car qui mieux qu’un de tes camarades peut savoir comment les fabriquer pour ton confort ? C’est pour ton bien que l’on te tabasse et te tire dessus des deux côtés des frontières, pour te rappeler qu’il y a encore pire : les passeurs, et que tu aurais de toute façon mieux fait de rester « chez toi ». C’est pour rendre ta prison plus douce et plus agréable que la Cimade et la Croix Rouge la co-gèrent, c’est pour ton bien.

Populations bombardées, foutues dans des camps, otages des guerres étatiques, c’est pour votre bien qu’on rase vos maisons, que le Pouvoir vous prend comme chair à canon, que vous êtes les « pertes collatérales » ; comme c’est par la trique qu’on apprend le bien-être, c’est par les bombes, le napalm, les mines et la mort qu’on apprend ce que sont la Démocratie et le Progrès. Et puis c’est bien connu, le beau temps vient toujours après la tempête.

Prisonnier, c’est pour ton bien que les syndicats de mâtons demandent un renforcement des effectifs et des murs plus épais, la construction de nouvelles taules, car il n’y en a pas assez comme ça, c’est évident. C’est pour ton bien que les ERIS interviennent, car la prison c’est si violent, il faut bien faire cesser les bagarres entre détenus… C’est pour ton bien qu’on te colle la perpétuité car dehors tu serais dangereux pour toi-même, et qu’on te colle aux chevilles un bracelet électronique car, n’est-ce pas, pour mieux reprendre goût à la liberté, rien ne vaut une bonne vieille laisse.

Pauvres, c’est pour votre bien qu’on vous apporte la Kulture sur un plateau et l’Art près de chez vous, comme avant-garde de la pacification sociale, comme preuve d’une entente possible autour de la soi-disant création, pour vous prouver que l’ascension sociale est possible, avec un peu de bonne volonté et d’imagination. Et puisque avec un peu de peinture on s’en met plein les poches, si vous ne vous sortez pas de votre misère, c’est bien votre faute.

Il paraît que c’est pour notre bien que ce monde de merde doit continuer comme il est, que c’est pour notre bien qu’il faut laisser la liberté dans un tiroir comme on oublie une mauvaise plaisanterie.

Il paraît que c’est pour notre bien que tout doit rester en place : l’argent qu’on a ou qui nous manque, les patrons qui ont la bonté de nous « offrir du travail », les keufs, les chefs d’Etat et ceux qui rêvent de prendre leur place, les banques, les centrales nucléaires et leurs déchets dans chaque parcelle de terre, les lignes haute et très- haute tension, les autoroutes et la bagnole pour aller plus vite des vacances au taff, les caméras à chaque putain de coin de rue, les tranquillisants absorbés en masse pour tenir, les militaires et leurs armes si évoluées, l’industrie même si c’est une fabrique à esclaves, à cancers et à mutilations, la marchandise même si elle nous écrase et nous bouffe la vie ; la famille, et la religion qui nous dressent comme du bétail humain, la biométrie et le contrôle oppressant, la médecine et la dépendance qu’elle implique, la prison et sa soumission, les écoles et leur domestication, les élections et leurs illusions, les machines qui font des machines et qui nous façonnent à leur image, les usines qui sont une des prisons « du dehors », cette société et sa fausse joie, la politique et sa vraie misère, l’autorité comme référence rassurante quand tout tend vers un approfondissement du nihilisme ambiant.

Nous crachons sur ce paternalisme qui sera toujours aussi puant que bienveillant, qui nous offre autant de promesses de confort matériel que de coups de matraque dans les côtes. Il n’y a qu’un vaste mensonge déconcertant pour nous faire croire que la servitude c’est le bonheur, que l’autorité permet la liberté, que la peur est source de création, que la domestication et l’exploitation généralisées ouvrent la voie à l’émancipation.

Quand nous renvoyons à la gueule du Pouvoir une partie de la violence qu’il n’est pas parvenu à nous enlever, il se souvient que ce n’est pas pour son bien que nous nous révoltons, mais pour sa disparition totale et définitive.

Casse-Noisette

Extrait de Non Fides N°IV.

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3 Messages de forum

  • C’est pour ton bien ! 3 août 2009 16:01, par cécile

    La révolte semble aujourd’hui dans le cœur de beaucoup et doit s’affirmer de manière inconditionnelle, bien sur. Cependant, la colère et l’extrémisme doivent-ils aveugler nos raisonnements ?

    La soumission des salariés aux patrons et des citoyens aux chefs est devenue intolérable. Mais trouver comme référence d’oppression la Cimade et la Croix Rouge dans un texte visant à alerter les citoyens sur la dégradation dramatique de leur qualité de vie semble relever soit de l’ignorance, soit d’un total rejet en lien avec les thèse anarchiques les plus inquiétantes.

    La Cimade représente l’effort de dizaine de personnes en France qui ont voulu avoir un droit de regard sur le traitement affligeant réservé aux immigrés en France et qui ont tenté de mettre en place une organisation capable de soutenir ces êtres humains dans leur démarche. La Croix Rouge est une institution depuis le XIXème siècle et voue ses activités aux victimes de conflits armés et fait en sorte de diffuser et faire respecter le droit des conflits armés. Les sociétés nationales de la Croix rouge existent dans pratiquement tous les pays du monde et viennent en aide aux personnes exclues et marginalisées. Les syndicats des prisons réclament à corps et à cris plus d’effectifs pour leur permettre de mener leur boulot d’une manière un peu moins brutale, insensée et inutile, et vlan, on les rangent dans la catégorie des oppresseurs !!!! Est-il utile de rappeler ici les conditions de travail d’un gardien de prison ou les multiples condamnations de la France pour l’état de ses prisons par la Cour européenne des droits de l’homme suffit à imaginer dans quel taudis certains passent huit à dix heures de leurs journées (et je ne parle pas des détenus évidemment, qui eux subissent ces conditions d’incarcération tout le temps de leur peine...).

    L’école m’a appris à lire et à développer mon esprit critique (mais je n’insinue pas que le système éducatif français est exemplaire, loin de là). Alors je lis et je critique : la colère est un sentiment humain, tout comme la vengeance qui sert à argumenter les thèses pro peine capitale...

    Alors oui, rebellons-nous, oui réagissons et critiquons ce système qui nous étouffe ! Mais pour notre bien, ne mélangeons pas tout et attaquons nous aux vrais causes. La raison et la reflexion sont des qualités essentielles à toutes actions engagées si notre but est réellement un monde meilleur et non un monde dénué de cohésion où la loi du plus fort régnerait plus encore qu’à l’heure actuelle.

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    • C’est pour ton bien ! 3 août 2009 22:51, par Angélique

      Ce message transpire de sa propre bêtise, bien sur que les matons ne souhaitent que notre bien, vous avez bien raison Cécile.
      La Cimade et la croix rouge, pareil, on peut imaginer que les charters, les camps ou les guerres sont de gauche, et cela n’en fait pas moins des charters, des camps et des guerres...

      Sur ce même site, on peut trouver un texte sur la Croix-Rouge, ainsi que plusieurs sur la Cimade.
      ici, , et .

      Bonne lecture, le besoin semble sérieusement s’en ressentir.

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    • C’est pour ton bien ! 11 août 2009 00:47, par miluz

      C’est un bon résumé des croyances qui permettent à la majorité des gens de rester inactifs.

      Des expressions comme :" total rejet en lien avec les thèse anarchiques les plus inquiétantes". Des thèses anarchiques, ou arnarchistes ? Le fait de confondre est caractéristique. On qualifie des thèses au lieu de les nommer, puisque toutes les thèses politiques qui relève de l’anarchie peuvent être rangées ensemble, sans avoir besoin de les détailler, de s’y pencher, de bien regarder pour comprendre éventuellement ce qu’elles peuvent apporter. Considérer la thèse de chacun n’a aucun intérêt. Continuons donc de considérer l’humanité comme une masse informe, ce qui est appliqué à l’un doit l’être à tous. S’il y a des exceptions, on les appellera "privilèges" qui permettront de distinguer le totalitarisme communiste, de celui dit ’capitaliste’.

      Parce que ces thèses sont de toute façon "anarchiques". Un mot fourre-tout qui permet de dire que le mouvement naturel des gens, sans frein, sans barrières, sans frontières, sans une "régulation" quelconque est non pas un mouvement de vie, où chacun trouve sa place lui-même en fonction des autres, dans une harmonie digne de celles qu’on rencontre partout ailleurs dans la nature, si l’on accepte l’idée que l’homme est un animal comme les autres sur Terre. Mais un mouvement de masse informe, incolore, inodore, immature, comme un troupeau de moutons perdus près à céder à la panique, au chaos, et donc dangeureux. Pour les autres moutons et pour lui-même.

      An-archè, signifie un état qui n’a pas besoin d’être impulsé par une source externe, une source première, pour fonctionner. L’anarchie c’est justement ce qui qualifie l’état naturel dans lequel l’être humain se trouve être au monde. L’anarchie règne dans le règne animal. Pourquoi vouloir toujours s’en détacher avec un tel mépris pour ce que nous sommes ? Pourquoi toujours avoir peur de nous-même ? Pourquoi ce manque de confiance permanent en nos propres ressources ?

      Je relève aussi : "diffuser et faire respecter le droit des conflits armés" qui serait le rôle de la Croix-Rouge. Le droit des conflits armés. Y at-il un droit de régler les conflits avec des armes ? Au nom de quoi faut-il le faire respecter ?

      Cela contredit l’argument qui termine ce réquisitoire "la vengeance [qui] sert à argumenter les thèses pro peine capitale". Régler les conflits avec des armes n’est donc pas considéré comme l’application de peines capitales ? Les armes ne sont pas fabriquées pour tuer ? Que pense cette personne de l’industrie de l’armement qui fait de gros bénéfices lors des conflits ? Que pense-t’elle de l’origine des conflits qui permettent à cette industrie de faire des bénéfices, puisqu’il ne s’agit en aucun cas de "vengeance" ?

      Cette personne, comme tant d’autres, ne réalise pas que seule l’utilisation de la violence, des armes, des armées, permet de forcer l’homme à ne pas vivre selon son mode naturel, dit "anarchique", si redoutable, si inquiétant, sans aucune raison valable à part la peur des mouvements de masse assimilée à de la "panique". Cette personne ne sait pas que cette réaction n’existe pas sans contraintes extérieures, et qu’elle n’a jamais été observée même dans les pires catastrophes, à ciel ouvert. Elle n’existe pas dans la liberté.

      "si notre but est réellement un monde meilleur et non un monde dénué de cohésion". La cohésion devant l’horreur de la différence, la cohésion à tout prix. Comme si les être humains n’étaient pas capable de vivre ensembles dans la liberté.

      Nous ne connaissons pas la liberté. On ne peut pas savoir ce qu’elle donnerait comme résultat, on ne le sait plus depuis longtemps. On s’en doute un peu quand même puisqu’on connaît l’organisation des tribus primitives, les conseils de sages aux savoirs indigènes respectueux de la nature.

      On ne sait pas ce que cela donnerait en partant de l’existant, aujourd’hui et maintenant, mais chacun sait au fond, que le monde "meilleur" en question est bien celui-là.

      Qui ne le désire pas ?

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