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Considérations additionnelles sur les multiples complaisances envers le négationnisme à partir des récentes prises de position de Claude Guillon

mercredi 31 août 2016

Il y a quelques jours, Claude Guillon m’a demandé, par mail, s’il était possible de placer sur son blog, Lignes de force, Pour en finir avec d’insupportables complaisances. Il l’avait reçu depuis plusieurs semaines, donc précédemment à l’invraisemblable et furieuse polémique qu’il a déclenchée récemment en publiant La Discordia, les « dieux », la mort, l’humour, le mauvais goût et les fascismes… Polémique qui perdure depuis, crescendo, à travers le refus épidermique d’accepter les moindres critiques, refus accompagné de vagues d’invectives, d’insultes et même de menaces de mort qui culminent dans la Lettre ouverte à un jeune homme « hors de lui ». De telles crises de peste émotionnelle suffiraient déjà pour avoir envie de l’envoyer paître. Mais, avec moi, par mail, la demande est rédigée avec beaucoup de précaution et de retenue, beaucoup trop d’ailleurs. Pourtant, l’objet de mon recueil de lettres, comme le titre l’indique, est de contribuer à « en finir avec la complaisance », concernant « l’existence de préjugés antisémites dans les milieux présumés révolutionnaires, y compris anarchistes. A reconnaître et à combattre en tant que tels ». Ce qui concerne donc de facto, comme je le démontre dans les paragraphes qui suivent, les prises de position erratiques de Guillon lui-même. C’est le moins que je puisse dire.

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Guillon n’aime pas que des individus lui rappellent qu’il a trempé dans les eaux glauques du négationnisme, il y a plus de trente ans, à l’époque de la sortie de Suicide, mode d’emploi. Pour ce qui le concerne, il parle plus volontiers d’erreurs, qu’il attribue sans doute à son goût proverbial de la provocation, que d’acceptation, même momentanée, d’infamies faurissoniennes. Infamies dont j’ai résumé la teneur dans Sous pavillon de complaisance, bref recueil de lettres, édité en 2014. De tels rappels seraient malvenus s’il avait, au cours des deux dernières décennies, tenté de participer à la critique approfondie du négationnisme. Non pas pour se frapper la poitrine, mais pour faire preuve de vigilance et, donc, être attentif au retour sur les planches, plus ou moins périodique et sous de nouveaux costumes de scène, d’idéologues d’obédience négationniste. Ce qui n’a pas été le cas.

A titre de preuve, je ferai référence à des passages de Pièces à conviction, sélection d’articles couvrant près de deux décennies, daté de 2001. Lorsque j’en ai pris connaissance, en 2005, je n’avais plus de relations avec Guillon, suite à ma rupture avec les rédacteurs de Oiseau-tempête, en 1999. Rupture justifiée par leur acceptation de la participation de deux membres, à titre de peintres, à l’exposition officielle de Conches, en Normandie, sponsorisée par le Crédit agricole, alors même qu’ils critiquaient dans la revue « l’art d’économie mixte ». La rupture fut aussi due à l’indifférence presque générale des rédacteurs, pire à l’hostilité larvée de certains d’entre eux, envers les sabotages de plantes transgéniques manufacturées Monsanto, associé au même Crédit agricole, effectués dans la région, assimilés parfois à « la défense de la propriété parcellaire » ! Pour saisir la nature opportuniste des commentaires patelins de Guillon sur l’affaire, je renvoie les lecteurs à Oiseau-tempête numéro 7. J’en parle ici parce qu’il commence lui-même à faire référence, sur Lignes de force, à Oiseau-tempête comme si sa participation à la revue à partir du numéro 5 était la preuve de son extrême radicalité sur les questions abordées ici, du négationnisme au racialisme. Ce qui est, pour le moins, abusif.

Bref, dans Pièces à conviction, je suis tombé des nues lorsque j’ai lu Diffamation stalinienne, morale et vérité historique, datant de 1997. En gros, l’article stigmatisait Daeninckx, l’un des auteurs de Négationnistes  : les chiffonniers de l’histoire. Mais, sous prétexte de dénoncer le peu recommandable personnage, membre de la société néo-stalinienne des Amis de l’Humanité et amateur de poses à la façon des procureurs jacobins, l’argumentation de Guillon tournait à la chicane, justifiée par l’emploi d’invraisemblables sophismes, du genre : « S’agissait-il de discréditer des révolutionnaires qui se sont fait remarquer dans les luttes sociales »[…] Quoi qu’il en soit, il faut remarquer ici que la figure de “l’antisémite masqué” est purement fantasmatique. Quiconque a eu la mauvaise fortune de croiser un antisémite une fois dans sa vie sait que la logique impérieuse de son délire l’amène, dès les premières cinq minutes de conversation à imputer aux “Juifs” la montée du chômage […] L’antisémite est par nature prosélyte et, par cela, aisément repérable. » Face au Fouquier-Tinville de pacotille, il adoptait donc la posture de défenseur de rescapés de La Banquise comme Dauvé et Quadruppani, et, évidemment, assurait sa propre défense. A lire l’article, j’ai eu l’impression d’avoir affaire à quelque joute judiciaire où, face à l’accusateur public, le défenseur rappelait que les prévenus avaient fait acte de contrition et qu’ils devaient être considérés comme blanchis. Or, il n’y avait pas de procès à instruire, pas même contre Daeninckx, mais des critiques à reprendre et à approfondir. Car le rejet des formes les plus grossières de négationnisme, celles portées par La Guerre sociale, sous la houlette de Blanc, signées Karamazov, était déjà notoirement insuffisant. Dauvé lui-même avait pris du champ, tout en escamotant sa participation, au côté de Blanc, à des articles aussi immondes que De l’exploitation dans les camps à l’exploitation des camps.

De plus, concernant la reprise de thèmes négationnistes dans Suicide, mode d’emploi, signalée par Daeninckx, Guillon hésitait, tergiversait, minimisait, etc. Par exemple, il était déjà connu depuis longtemps que la prétendue expertise à effectuer sur la possibilité de gazer des humains à des cadences industrielles dans des espaces clos, avec du ZYKLON 2, insecticide à base de cyanure, létal à très faible dose, n’était que l’un des leurres utilisés par les défenseurs du nazisme. Or, en 1997, puis en 2001, Guillon ne trouva rien de mieux que de justifier plus ou moins l’appel à l’expertise, dans Suicide, mode d’emploi, comme s’il relevait de l’interrogation normale, ou presque, concernant des phénomènes à l’existence problématique, ou présumée telle. Comme si la chose n’avait plus le même sens lorsqu’elle était énoncée par des révolutionnaires et, au pire, révélait qu’ils pouvaient faire des erreurs. Alors qu’il aurait mieux valu réfléchir plus en profondeur, car l’affaire montrait surtout que les révolutionnaires peuvent parfois reprendre à leur compte les pires préjugés et les pires sophismes destinés à les justifier, sans même s’en rendre compte. Concernant l’existence des chambres à gaz, elle était déjà indiscutable pour quiconque avait les yeux en face des trous, malgré l’interprétation abusive qui fut faite à partir de ruines à Auschwitz et ailleurs. Autant indiscutable que celle des statuts de l’île de Pâques, pour reprendre l’une des blagues qui circulaient à l’époque des faurissonades, contre Faurisson et ses recycleurs du côté de la Vieille Taupe. La véritable question était alors d’en comprendre le sens.

Or, en faisant appel à l’autorité de la science, en particulier à celle de la chimie, autorité plus que discutable d’ailleurs, en exigeant des expertises en la matière, les négationnistes dénigraient les tentatives d’analyse des phénomènes relevant de la critique du monde. C’est à partir de là qu’ils mirent en doute, puis nièrent l’existence des moyens d’extermination nommés chambres à gaz, puis l’existence même des camps d’extermination, puis la volonté des nazis d’exterminer. Alors même que les lois que ces derniers édictèrent dès leur prise du pouvoir et les premières mesures qu’ils prirent, basées sur la combinaison paroxystique d’eugénisme et de racisme, annonçaient la suite : tous les individus, tous les groupes, etc. qui ne rentraient pas dans le cadre de la « société pure » devaient disparaître. Guillon, bien qu’il ait commencé à analyser l’eugénisme et le racisme par la suite, n’en était, n’en est toujours pas arrivé à de tels degrés de critique. A partir de là, il ne lui restait plus qu’à minorer ses compromissions et à les présenter comme des fautes plus ou moins vénielles, et des preuves de « naïveté ».

Mais, alors, pourquoi ne pas appliquer le même schéma à d’autres phénomènes sociaux ? Guillon est athée, donc hostile à l’église chrétienne, donc aux rites et aux symboles qui lui sont propres. Pourtant, il ne va pas, pour critiquer le symbolisme de l’eau bénite, faire appel à des chimistes pour faire expertiser le divin liquide et en déterminer la composition moléculaire. Afin d’ergoter ensuite avec des théologiens sur la question des preuves à apporter sur l’existence ou la non-existence de Dieu. Alors, pourquoi accepter le terrain de l’expertise concernant la question des chambres à gaz et rester dans le « doute » dans l’attente des résultats des experts ? Alors que c’était dans la question et non pas dans la recherche de réponses que résidait déjà la mystification. En réalité, Guillon acceptait de mettre les pieds sur le terrain miné et ravagé par les négationnistes et c’est bien ce qui lui était déjà reproché à l’époque de la sortie de Suicide, mode d’emploi. Et qu’il refuse d’admettre, en pur sophiste, dans Diffamation stalinienne, morale et vérité historique, en tentant d’utiliser des phrases de Vidal-Naquet détachées de leur contexte qui, lui, ne doutait pas, mais pensait que des expertises supplémentaires pourraient peut-être dresser plus de gens contre « les assassins de la mémoire ».

Evidemment, en 1997, il était facile de stigmatiser Guillaume, vu qu’il ne cachait même plus depuis des années ses complicités avec les néo-nazis. Comme il est facile, en 2016, de stigmatiser Soral. Par contre, en 1997 et même en 2001, Guillon fut incapable de comprendre ce qui se joua lors de la parution de Libertaires et ultra-gauches contre le négationnisme. A l’époque, j’avais apprécié le texte de Lavacquerie. Plus tard, j’ai nuancé mon point de vue car il passait sous silence les compromissions de La Banquise, en particulier celles concernant les préjugés sur le prétendu rôle des Juifs comme précurseurs du capital au Moyen Age, préjugés qu’il ne partageait pas. Mais que l’on retrouve jusque dans la série d’articles du Brise-Glace sur le sionisme, réalisés, en 1989-1990, par d’anciens membres de La Banquise sous la houlette de Quadruppani, préjugés associés au relativisme habituel visant à banaliser le nazisme. Par exemple : « L’émancipation civique des Juifs octroyée par la Révolution française, l’extermination des Juifs au moyen du travail forcé organisée par le nazisme ou l’intégration des Juifs au travail réalisée par le sionisme se présentent, de par leur objectif avoué, comme des politiques radicalement opposées. Au fond, toutes les trois visaient à réaliser, chacune à leur manière, le même programme capitaliste : détruire en l’éradiquant la dernière communauté humaine pré-capitaliste d’Europe. »

Cherchez « l’erreur »  : les camps d’extermination, et les moyens privilégiés d’extermination des individus et des communautés, particulièrement celles des Juifs d’Europe, mis en place par les nazis pour, à leurs yeux, purifier la société aryenne des scories censées empêcher sa régénération, disparaissent purement et simplement du champ visuel. Cela, sous le prétexte d’analyser le sionisme, bien entendu critiquable ainsi que ses avatars, à commencer par l’Etat d’Israël, et de reconnaître l’importance des tendances révolutionnaires d’obédience marxiste dans le Yiddisland. Dans cette optique, les Juifs d’Europe ne furent pas exterminés en tant que tels, mais parce que les nazis, malgré leur « déraison », à titre de « croisés de la civilisation du capital », « électrisés par la peur des prolétaires », étaient assez «  rationnels » » pour « libérer le capital du fardeau de cette communauté de prolétaires inassimilables » ! Ceci fut rédigé plus de dix ans après le scandale déclenché par la Vieille Taupe  ! Dans la tradition du négationnisme « classiste » à la Guillaume, mais de façon bien plus subtile et jésuitique puisque, à première vue, les préjugés les plus énormes sur les Juifs, contenus dans Auschwitz ou le grand alibi, étaient refoulés grâce à quelques emprunts à La conception matérialiste de la question juive, de Léon. Mais ils n’en étaient que moins repérables, contrairement à ce qu’imagine Guillon.

Dans Libertaires et ultra-gauches contre le négationnisme, l’article de Quadruppani, puis celui de Dauvé, Bilan et Contre-Bilan, me révulsèrent : déjà parce qu’ils minimisaient leur participation active à la diffusion des infamies négationnistes aux côtés de Guillaume. D’autant que je savais à quels maquignonnages avait donné lieu la version initiale de Bilan et Contre-Bilan pour devenir présentable aux yeux des individus qui n’avaient pas oublié les aventures faurissoniennes du personnage. En effet, la première édition de Libertaires et ultra-gauches contre le négationnisme avait été mise au pilon parce qu’elle contenait des passages inacceptables du genre : « Les chambres à gaz comme gigantesque détail de la dernière Seconde Guerre mondiale. » Mais c’est l’ensemble du texte qui l’était, inacceptable, et je n’étais pas le seul à le dire. Loin de là. Or, dans Diffamation stalinienne, morale et vérité historique, Guillon assure en bloc la défense de Libertaires et ultra-gauches contre le négationnisme. Même en 2001, donc plus de deux ans après la parution de l’horrible Fichisme ne passera pas, réalisé par Dauvé avec l’aide de quelques retraités de La Banquise. Alors que celui-ci diffusait avec ses acolytes, depuis 1999 également, la version initiale de Bilan et Contre-Bilan contenant les fines plaisanteries sur les chambres à gaz. Contre Daeninckx, Guillon fit même appel à l’autorité de Janover, alors que, dans Nuit et Brouillard du révisionnisme, ce dernier n’était pas tendre envers Dauvé. En particulier, Janover soulignait que des passages non retirés de la version finale de Bilan et Contre-Bilan relançaient la machine de la dénégation de façon plus subtile, tels que : « Les chambres à gaz ont existé. N’auraient-elles pas existé, Auschwitz aurait quand même compté parmi les pires horreurs. » Restriction mentale digne des jésuites, car Auschwitz est impensable sans les chambres à gaz !

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Dans sa Réponse à Yves Coleman sur divers sujets d’importance, Guillon lui demande benoîtement quels sont les critères qui permettent de déterminer si des individus sont à ranger dans la case étiquetée négationnisme. Remarquable sophisme, car la question essentielle n’est pas là. Tel ou tel individu peut, à telle ou telle période de sa vie, reprendre, sans même en comprendre l’origine et en mesurer la portée, tel ou tel préjugé. Quitte à le rejeter ensuite en prenant du recul, en réfléchissant, en participant à des rencontres et à des activités plus riches que celles auxquelles il était habitué, etc. Moi-même, je rappelle dans l’introduction de Sous pavillon de complaisance ce que je dois à Nicolaï, révolutionnaire d’Europe centrale rencontré à Londres en 1983. Des rencontres de ce genre, Guillon aurait pu en faire s’il les avait vraiment cherchées. Au lieu de reprendre dans Suicide, mode d’emploi, des arguties négationnistes, celles qui mijotaient dans la nauséabonde marmite parisienne prétendument révolutionnaire, avec Dauvé comme cuisinier en chef. Lui, le libertaire, il aurait suffi qu’il traîne quelques semaines dans les tavernes proches de l’Institut d’histoire sociale d’Amsterdam pour rencontrer de vieux libertaires, originaires de presque tous les pays d’Europe, à qui personne n’aurait pu faire croire que les camps d’extermination étaient des mythes destinés à sauvegarder la démocratie.

Guillon joue ici les imbéciles et innove, en matière de mode d’emploi suicidaire : il préconise, du moins en ce qui le concerne, la balle dans le pied. Car, lui qui a la réputation d’être fin connaisseur de l’histoire, il devrait savoir qu’il n’y a pas de définition du négationnisme, au sens essentialiste du terme. « Définir, c’est limiter », affirmait avec raison Oscar Wilde. L’histoire du négationnisme, elle, par contre existe, à titre de partie intégrante de l’histoire de la domination moderne, celle issue de la défaite de l’Axe au cours de la seconde boucherie mondiale. Comme tentative de banaliser le nazisme. En essentialisant mine de rien le négationnisme, sous prétexte de tenir compte des parcours individuels, Guillon le ramène à ses formes les plus vulgaires, telles que la négation de l’existence des chambres à gaz. Par suite, décalé par rapport à Dauvé, mais guère plus, il surfe de facto dans le sillage des apôtres du négationnisme new look. Lesquels, face aux multiples critiques dont leur idéologie a été et reste l’objet, en modifie la forme et bâtissent de nouveaux systèmes de fortification pour sauvegarder l’essentiel, en termes de contenu. Par exemple, désormais, en France, il ne reste plus que des poignées d’acharnés, d’obédience néo-nazie facilement détectable, y compris ceux issus du néo-bordiguisme comme Guillaume, pour nier en bloc l’existence des camps d’extermination nazis. Donc celle des chambres à gaz destinées à mettre en œuvre l’extermination. Ce qui domine aujourd’hui, y compris sous pavillon de complaisance révolutionnaire, c’est, par exemple, le doute quand à leur importance et à leur extension, voire le refus de discuter de leur existence sous le prétexte que l’humanité n’a pas eu besoin de tels moyens industriels pour réaliser, au cours de l’histoire, d’épouvantables massacres de masse, y compris avec de simples massues. Ainsi, j’ai eu l’occasion, il y a plus de dix ans, de m’affronter de façon très peu courtoise – pour utiliser l’adjectif qu’affectionne Guillon –, à quelque adepte «  révolutionnaire  » du négationnisme à visage humain, qui tentait de noyer le poisson en citant des passages des Réflexions sur la barbarie, de Simone Weil, datant de 1939. Mais ces excellentes réflexions n’abordent évidemment pas la question de l’extermination industrielle entreprise par les nazis quelques mois plus tard envers les métis issus des amours entre femmes de « race blanche » et hommes de « race noire » –  ceux des troupes coloniales françaises envoyées en Rhénanie après le traité de Versailles –, déjà mutilés et parfois tués depuis 1933 au cours des opérations de stérilisation forcées ; pas plus qu’elles n’abordent l’extermination des « malades mentaux », et, enfin, celle des « pervers sexuels » et des « races inférieures », des Juifs aux Tziganes, effectuée par la suite. Donc, utiliser ainsi Weil relève de la forfaiture négationniste, tentative de récupération lancée depuis plus de dix ans par des idéologues de La Nouvelle Droite. A commencer par Alain de Benoist qui, dès que la question de l’extermination à la mode nazie lui est posée, ne fait même plus référence à telle ou telle guerre contemporaine en particulier, pas même à la dernière guerre mondiale, mais aux guerres en général, y compris celles menées il y a des millénaires, la guerre de Troie par exemple.

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Poursuivons. L’année dernière, les éditions Libertalia annoncèrent la réédition, très augmentée, des Fils de la nuit, souvenirs de la guerre d’Espagne, à savoir ceux de Gimenez, membre de la colonne Durruti. Souvenirs rassemblés, préfacés et édités à l’origine par Les Giménologues, en 2006. Dans la foulée, Guillon en fit l’annonce sur Lignes de force. Godicheau, l’historien chargé de rédiger la préface prit des airs mystérieux et aguicheurs pour faire l’article : « Qui sont ces Giménologues ? Pourquoi pas de noms ? Pas seulement par modestie, surtout pas par refus d’avoir un point de vue, mais simplement par générosité envers le caractère collectif de leur démarche au point de départ – ils vous l’expliqueront dans leur prologue – et par conviction que l’important, c’est la discussion qu’ils peuvent ouvrir, une discussion ouverte, dans laquelle ce n’est pas parce qu’ils ont une opinion, des convictions, un parti pris, qu’ils ne sont pas capables d’en changer. » Lorsque l’on sait, ce qui est mon cas depuis longtemps, ce qui a été abordé, escamoté, passé à la trappe lors des discussions et des échanges de courriers à l’époque de la parution de 2006, la préface de Libertalia relève de l’ignorance crasse ou, pire, de la censure assumée. Passons sur l’extraordinaire modestie dont font preuve Les Giménologues, placés, comme commentateurs, au même niveau que Gimenez, le véritable protagoniste de l’histoire, disparu depuis longtemps et qui n’est plus là pour dire ce qu’il pense de la notoriété que les éditeurs libertaires successifs lui attribuent. Laquelle leur permet de faire leur autopromotion comme n’importe quel éditeur institutionnel. Passons aussi sur la conception vrillée de l’histoire que Les Giménologues reprennent chez les maîtres de la pensée complotiste depuis belle lurette, concernant les Brigades rouges et l’affaire Moro, les djihadistes, à commencer par Al Qaida, et celle du 11-Septembre, etc. Ce sont eux qui avaient, entre autres merveilles, préfacé, traduit et édité en 1987 Les Lettres aux hérétiques, des faux attribués à Berlinguer, chef du parti communiste italien, rédigés par Ghisleni à la façon de Censor, à savoir Sanguinetti, auteur du Véridique rapport sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie, attribué à quelque conseiller de l’Etat italien. Lettres que nous avions été quelques-uns à refuser de diffuser et qui nous conduisirent à interrompre les relations avec d’aussi remarquables analystes para-institutionnels du « terrorisme », qui prenaient pour de l’or en barre les « fuites » ventilées par les services de propagande des Etats.

Pour en revenir à nos moutons gris, je peux répondre à Godicheau. Les Giménologues sont des individus qui font preuve de la plus grande complaisance envers les négationnistes, Rassinier compris ! Et Guillon aurait pu, vu les textes que je lui ai envoyés depuis que nous échangeons de nouveau, à savoir trois ans, prendre position là-dessus. Passe encore que lorsqu’il a croisé Les Giménologues, à ses dires en 2006 dans sa présentation des Fils de la nuit de 2008, il n’ait pas pris conscience de leur position sur Dauvé. Pourtant, ils présentaient déjà ce dernier comme la référence obligée sur l’Espagne en occultant l’existence des notes négationnistes, détectables dans la version initiale de Quand meurent les insurrections. Notes que les apologistes du maître, y compris les éditeurs de La Sociale, à Montréal, avaient fait passer à la trappe dans la réédition de la brochure, comme erreur sans grande gravité, au grand dam des individus qui n’avaient pas perdu la mémoire, eux.

En 2006, les choses étaient déjà claires pour pas mal de monde. Ainsi, dans l’introduction à leurs correspondances avec Les Giménologues, Voyage en Giménologie (Des Fils de la Nuit aux Cousins de la Pénombre), des membres du cercle Némésis rappellent : « Après la parution du livre d’Antoine Gimenez et des Giménologues, nous avons correspondu avec ces derniers pour prolonger quelques questions parmi toutes celles que ces excellents Souvenirs de la guerre d’Espagne suscitent et alimentent. Cette réflexion en commun a été interrompue de notre fait, compte tenu de l’inexplicable et inquiétante bienveillance dont témoignaient Les Giménologues à l’encontre de personnages comme Gilles Dauvé, et, pire encore, Paul Rassinier. […] De ces échanges finissant en eau de boudin, nous retenons l’amère confirmation du succès encore persistant de l’opération Faurisson/Guillaume, menée il y a pourtant un quart de siècle. La façon massive, grotesque et impardonnable dont une partie de l’ultra-gauche, souffrant d’une véritable infirmité de naissance de par son adhésion à un folklore néo-bolchevique tout à fait muséographique, s’était laissée entraîner, plutôt activement, dans le sillage d’un leurre théorique aussi évident n’est décidément pas du nombre des blessures susceptibles de guérir  : une fois qu’on a donné dans un tel panneau, au point de s’en être fait le représentant de commerce hexagonal, le retour à une lucidité sans phrases et sans précautions dilatoires semble décidément impossible. Cela, on le savait déjà à propos de Dauvé et consorts, puisque même lorsqu’il devint impossible de conserver le silence sans étouffer sous le discrédit, toutes les réserves alambiquées qui se succédèrent illustrèrent que la clarté et la franchise resteraient à jamais hors de portée, pour ne pas dire hors de visée. […] Mais ce qu’on ne savait pas encore, c’est que la maladie était capable de se propager au-delà de ces cercles, par exemple chez des personnes plus proches du milieu libertaire. » Les Giménologues « prétendent publier les courriers qui leur sont adressés. Est-ce leur site qui manque de mémoire, ou bien seraient-ce plutôt eux-mêmes ? Où sont passés les octets ? En tout cas, il est clair que nos échanges, de même que tous les autres qui mettent en cause ou font paraître un conflit, n’y seront jamais publiés. »

Concession à l’air du temps, Les Giménologues ajoutèrent en 2007 la discrète note suivante, à la façon des compagnies d’assurances : « Nous précisons que ce n’est pas parce que nous citons Gilles Dauvé dans notre postface que le lecteur doit en inférer que nous le suivons en tout. […] En particulier, nous nous inscrivons en faux contre certaines de ses affirmations contenues dans ses textes publiés en 1979 dans La Guerre sociale et les années suivantes dans d’autres revues d’“ultra-gauche” telles que La Banquise, portant sur les camps de concentration nazis et la destruction des juifs européens. » Bien entendu, la note fut appréciée pour ce qu’elle était : leur énième tentative d’enterrer l’affaire. En particulier, les lecteurs attentifs remarquèrent l’utilisation du terme « camp de concentration » en lieu et place de « camp d’extermination » pour ce qui concerne le gazage des Juifs, figure de style typiquement faurissonienne. Bref, vu les positions des Giménologues, pas mal de personnes décidèrent de rompre avec eux, y compris des membres de la Coordination contre la société nucléaire (CCSN) à laquelle je participais et, en ce qui me concerne, à rejeter l’idée de renouer la moindre relation avec eux. C’est dans cet esprit que, en 2009, j’avais sélectionné et diffusé les passages de la correspondance de Némésis concernant leur négationnisme larvé, consultables sur le site Non Fides.

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En 2014, face à la censure communisatrice qui ne faiblissait pas, j’avais décidé d’éditer Sous pavillon de complaisance. Comme l’ensemble de mes correspondants, Guillon l’avait reçu ainsi que la lettre d’introduction qui l’accompagnait, à savoir :
« En France, nous assistons depuis quelques années à des résurgences, particulièrement nauséabondes, de l’antisémitisme, y compris sous pavillon de complaisance révolutionnaire. La dernière affaire en date, c’est celle du numéro spécial du Monde libertaire dans lequel “l’humoriste” Dieudonné, l’antisémite notoire, ami de Soral et de Le Pen, était présenté dans l’un des articles de façon plutôt favorable comme “humoriste” justement, comme si ses allusions infâmes à la quenelle – spécialité culinaire franchouillarde utilisée ici comme objet métaphorique pour sodomiser avec violence les Juifs – n’avaient pas, ou presque, de connotation réactionnaire. Devant le tollé général, y compris dans la Fédération anarchiste, le numéro déjà tiré fut mis au pilon. Mais, de façon plus large, même dans d’autres milieux à prétention révolutionnaire, y compris parfois dans des squats, nous sommes confrontés à l’occasion, sous prétexte de critiquer le sort funeste réservé aux populations palestiniennes par l’Etat d’Israël, à la reprise plus ou moins affirmée du mythe antisémite sur les Juifs comme classe porteuse du capital. Mythe d’ailleurs propagé par Soral et ses acolytes.
« Je pense donc qu’il est plus que temps de réagir fermement à l’antisémitisme, y compris lorsqu’il prend l’apparence de l’opposition au monde du capital. D’autant qu’en France, nous avons déjà été confrontés à cela, en particulier lors de l’affaire Faurisson et de ses avatars du côté de la librairie la Vieille Taupe, entre autres, il y a des décennies. En ce sens, je trouve insupportable la façon dont des participants au site communisateur DNDF ont répondu autoritairement et bureaucratiquement au questionnement de l’un des lecteurs qui se posait des questions sur Dauvé, l’un des protagonistes de l’affaire, et sur la présence de ses textes sur DNDF. Leur attitude est tout à fait caractéristique des gens qui pratiquent l’omerta sur les questions qui fâchent au nom du rejet de la démocratie. Vous en jugerez vous-même à travers l’une des réponses : “Non, je ne pense pas qu’il s’agit d’une erreur, plusieurs textes de Dauvé sont en ligne sur ce site et sur d’autres d’ailleurs. Dauvé s’est déjà expliqué dans un livre intitulé Libertaires et ultra-gauches face au négationnisme et dans un article paru en 1999 Le fichisme ne passera pas. Il faut arrêter de jouer aux flics communistes et de ressortir ces histoires vieilles de trente ans. La chasse aux rouges-bruns, je la laisse aux apôtres de la démocratie.” Circulez ! Il n’y a rien à voir ! En attendant, via des sites et des brochures en plusieurs langues, entre autres sites celui de Dauvé, Trop Loin, la même défense de la doxa qui conduisit à leur négationnisme larvé continue à circuler. Comme il y a trente ans ! C’est pour cela que j’ai maquetté quelques lettres de mon cru. Voir le recueil ci-joint. Et j’y ai associé quelques textes et extraits de textes et de correspondances auxquels je fais référence et qui sont parfois difficiles à retrouver. »

Parmi les textes, il y avait, en bonne place, la sélection que j’avais faite en 2009 à partir de Némésis. Quelle a été l’attitude de Guillon après réception, en 2014  ? Le silence, y compris sur les infamies ventilées sur DNDF, puis, la même année, l’édition, sans prise de distance, de Diffamation stalinienne, sur Lignes de force, pour répondre aux objections, pourtant limitées, de Coleman. Enfin, deux ans après, ce fut l’annonce laconique de la réédition des Fils de la nuit. En 2014, j’avais signalé aussi à nombre de mes correspondants la traduction italienne effectuée, en 2013, du premier article du Brise-Glace sur le sionisme et présentée de façon élogieuse sur le site communisateur Il lato cattivo, sans que sa réédition, vingt-cinq ans après, ne gêne grand-monde. Surtout pas les théologiens de la communisation, à commencer par Dauvé.

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Pour en revenir à la polémique déclenchée récemment par le graffiti Le gaz, la douche, c’est douteux…, Guillon tergiverse, accumule de prétendus arguments qui n’en sont pas et, en fin de compte, refuse de le désigner pour ce qu’il est. Pour éviter de prendre position sur le sens du graffiti, qui fait pourtant écho à l’ambiance de négationnisme plus ou moins diffus qui intoxique de nouveau, à des degrés divers, les milieux révolutionnaires, il se réfugie derrière des sophismes déjà utilisés mille fois pour amoindrir le sens et la portée d’insanités négationnistes sous drapeau néo-bordiguiste. Prenons l’exemple typique de la « plaisanterie » de Dauvé sur les chambres à gaz, dans Bilan et Contre-Bilan. En septembre 1987, Le Pen affirmait que « les chambres à gaz constituaient des détails de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ». Ce fut le tollé. Guillon lui-même monta au créneau. Pour l’essentiel, Le Pen ne faisait d’ailleurs que répéter ce qu’avait déjà affirmé Bardèche, son « prédécesseur et proche compagnon », au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Dix ans plus tard, Dauvé, dans Bilan et Contre-Bilan, lançait sur le tapis des cartes biseautées, du genre : « Les chambres à gaz, gigantesque détail de la Seconde Guerre mondiale. » Après quelques hésitations et pour neutraliser les cris d’indignation qui commençaient à pleuvoir sur la tête de Dauvé, l’éditeur Reflex mit au pilon l’article et exigea qu’il retire la phrase. Le préfacier de la brochure, Perrault, membre fondateur de Ras l’Front, participa à amoindrir l’affaire en déclarant, dans les colonnes de Libération, que « l’ultra-gauche ne brille pas toujours par le bon goût. Ce n’est point, il est vrai, son objectif premier. » Pas de quoi faire des histoires, en somme, puisque, c’est bien connu, les goûts et les couleurs, ça découle des inclinations individuelles ! Ça ne se discute pas ! Pour Perrault, la faute de Dauvé était de préférer le mauvais goût au bon, en quelque sorte. Il reprocha donc à Daeninckx de relancer la chasse aux sorcières, car celui-ci affirmait que le passage contesté prouvait que le mea-culpa de Dauvé était du bidon. Ce qui fut confirmé deux ans plus tard avec la sortie du Fichisme et la réintroduction du passage si spirituel par Dauvé dans Bilan et Contre-Bilan. A l’époque, bien que la plupart des lecteurs de l’impérissable article aient été plus ou moins satisfaits par la mise au pilon, il se trouva quelques esprits chagrins, rencontrés par hasard, qui voyaient les choses autrement. Manifestement imperméables aux traits d’humour de Dauvé, ils détectaient la présence, à travers eux, de beaux restes de négationnisme. Réflexion pertinente car la véritable question n’était plus, pour l’essentiel, d’ergoter sur le nombre de « détails », à savoir les chambres à gaz, mais de savoir s’ils relevaient, sans plus, de « l’histoire de la Seconde Guerre mondiale », ce qui constitue encore la ligne de défense de bon nombre d’individus, y compris sous couverture révolutionnaire, qui nient les particularités de la frénésie exterminatrice des nazis et, par suite, banalisent le nazisme.

Par ses prises de positions fuyantes sur le graffiti incriminé et ses grotesques envolées en faveur de l’humour de mauvais goût, en faisant même appel hors de propos à l’humour juif, en bloc et sans nuance, qu’il place a priori sur le même plan que l’humour douteux du gribouilleur, Guillon se retrouve aujourd’hui dans la même position que Perrault hier. Le fait qu’il brise des lances contre Dieudonné n’y change rien. Car comme Perrault en 1996, à la suite des négationnistes, il relativise des choses qui ne peuvent pas l’être. Aux lecteurs qui pensent que j’exagère et que je me livre à des amalgames, je conseille de lire et de relire attentivement Diffamation stalinienne, morale et vérité historique. Ils y retrouveront, pour l’essentiel, les sophismes utilisés aujourd’hui par Guillon. Car la discussion entamée récemment par plusieurs personnes sur le graffiti ne porte pas sur le négationnisme en général, mais sur le négationnisme en particulier, celui ripoliné aux couleurs de la rébellion, y compris celles utilisées par les « cortèges de tête » dans les récentes manifestations parisiennes. Effectivement Le gaz, la douche, c’est douteux… est pour le moins douteux, me laisse des sales goûts dans la bouche et me rappelle les plaisanteries immondes sur les mêmes thèmes qui faisaient partie des faurissonades, il y a déjà plus de trente ans. L’impayable Dauvé lui-même, décidément en veine d’humour, a ouvert récemment le blog dont l’acronyme est « DDT 21 ». Evidemment, c’est douteux. Des personnes averties ne manquent pas d’y voir quelque allusion sournoise au sinistre insecticide. Lequel fut, d’après les négationnistes, utilisé par les nazis pour épouiller les déportés d’origine juive, à titre de mesure sanitaire préalable à leur passage à la célèbre douche ! Ce qui permettait de faire passer à la trappe l’utilisation du ZYKLON 2 destiné à les gazer. C’est sans doute la raison pour laquelle Dauvé précise le sens de « DDT » : « Douter de tout… pour tenir l’essentiel » ! Ce qui sonne, lorsque l’on connaît la trajectoire du personnage et sa rigidité néo-bordiguiste dans le domaine de l’invariance programmatique, comme de la provocation. Nous voyons donc que les gammes et variations sur les notions de « doute », de « gaz » et de « douche », chères au cœur du grand humoriste et humaniste Faurisson, ont de beaux jours devant elles.

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Depuis quelques années, à savoir depuis les premières prises de position de Guillon contre la communisation, puis contre l’islamophobie, j’avais laissé la porte entrouverte sans préjuger de l’avenir, mais sans oublier le passé. Les derniers épisodes montrent que le passé resurgit, conjugué au présent. Y compris dans l’attitude de Guillon envers des personnages aussi peu recommandables que Hazan qui édite aujourd’hui Les blancs, les juifs et nous, de Bouteldja, porte-parole du Parti des indigènes de la République, comme Guillaume éditait hier Le Mensonge d’Ulysse de Rassinier ou Les Mythes fondateurs de la politique israélienne de Garaudy. Sur la question du négationnisme, comme sur bien d’autres questions, Guillon godille en plein brouillard confusionniste. En avril 2016, il avait édité sur Lignes de Force, avec mon accord, Eric Hazan et la police - Du bolchevisme au post-modernisme. Ce qui devait suffire pour considérer Hazan comme hostile à la moindre tentative de subversion du monde. Mais, malgré les dernières incursions de l’infâme dans le monde glauque du négationnisme et du racialisme, Guillon affirme vouloir continuer à polémiquer de « façon courtoise » avec lui. Pourquoi ne pas faire de même avec les négationnistes néo-bordiguistes de la première heure ? Parce qu’ils sont grillés ? Faut-il attendre que Hazan, lui aussi, aille faire le beau à la fête du Front national, comme Guillaume, ou dans des fêtes bretonnes organisées par des nationalistes locaux nostalgiques de la Collaboration, comme Blanc, pour que Guillon cesse d’être courtois avec lui ?

Dans ces conditions, l’appel de Guillon à avoir le soucis de la mesure et à garder le sens de l’humour résonne de façon sinistre. Car il couvre la complaisance envers d’infâmes idéologies, attitude caractéristique de ces milieux de l’écriture et de l’édition à prétention révolutionnaire où les célèbres couteaux métaphoriques des libertaires deviennent des couteaux virtuels, sans lames, ni manches. Milieux où règnent, sur les questions essentielles, des sortes de pactes de non-agression entre gens du monde, ponctuées de chicanes et de jeux de rôles, pour ne pas dire de coqs. Guillon participe, de façon plus ou moins récurrente, à de tels duels à fleurets mouchetés. Certes, il réfléchit, parfois de façon très pertinente. Mais il recule dès que ses réflexions peuvent mettre en péril l’existence des milieux dans lesquels il joue le rôle de personne gênante, impertinente, mais supportable, dans la mesure où il apporte des idées dans des cercles et des réseaux de relations qui en manquent singulièrement, la CNT pour commencer. Ce qui m’est étranger et m’insupporte, surtout quand la défense de son rôle l’amène, comme aujourd’hui, à prendre des postures dignes des politiciens.

Par suite, la porte que j’avais entrouverte est désormais refermée. Je ne jouerai pas le rôle de caution radicale qu’il compte m’attribuer dans la distribution qu’il concocte. Pas question qu’il place Pour en finir avec d’insupportables complaisances sur Lignes de force, pas plus que d’autres brochures que je pourrais réaliser à l’avenir. Je sais qu’il cherchera à présenter ma prise de position comme du copinage envers tel ou tel individu. Ce qui est risible pour qui connaît ma propension à polémiquer. Et doublement risible en ce qui concerne mon dernier recueil de lettres qui critique les inconséquences de l’un des membres fondateurs de La Discordia. Mais, lui, au moins, ne s’est jamais compromis dans des histoires négationnistes ! ■

Considérations additionnelles sur les multiples complaisances envers le négationnisme
André Dréan.

Références des textes cités ou évoqués

Non Fides http://www.non-fides.fr/
- Sous pavillon de complaisance
- Pour en finir avec d’insupportables complaisances
- Voyage en Giménologie, des fils de la nuit aux cousins de la pénombre
Extraits de la correspondance entre Némésis et les Giménologues
- L’ultra-gauche dans la tourmente révisionniste
- Et Claude Guillon créa l’excommunication… et oublia le négationnisme

Les Amis de Némésis http://www.lesamisdenemesis.com/
- Des fils de la nuit aux cousins de la pénombre
Correspondance entre Némésis et les Giménologues

Ni patrie, ni frontières http://www.mondialisme.org/
- Quelques points de désaccord avec Claude Guillon

Fragments d’histoire de la gauche radicale http://archivesautonomies.org/
- La Guerre sociale
- La Banquise
- Le Brise-Glace

Trop Loin https://www.troploin.fr/
- Quand meurent les insurrections
- Bilan et Contre-Bilan
- Le Fichisme ne passera pas

Lignes de force https://lignesdeforce.wordpress.com/
- Diffamation stalinienne, morale, et vérité historique
- La Discordia, les « dieux », la mort, l’humour, le mauvais goût et les fascismes…
- Réponse à Yves Coleman sur divers sujets d’importance
- Lettre ouverte à un jeune homme « hors de lui »
- Aujourd’hui les enfants, c’est catéchisme  !

Pour correspondre  : nuee93@free.fr


On pourra consulter sur ce site le Mot-clé A propos de négationnisme pour approfondir la question.