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De la « radicalisation » et de son dépistage médical

jeudi 17 décembre 2015

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on disait, à propos du système de répression politique en vigueur en URSS : « L’opposition est une maladie mentale ». On enfermait en effet les dissidents dans des établissements dits « psychiatriques », où ils étaient non seulement détenus, mais abrutis de médicaments. Neutralisation et diffamation pseudo-scientifique.


Le Conseil national français de l’ordre des médecins vient de publier un mémo, non sur l’ « opposition », mais sur la « radicalisation ».

Lisez la définition qu’adopte et cite l’Ordre des médecins :

Ceci est un test.

Mais, rassurez-vous, je me considère tenu au secret quant à ses résultats.

Si vous jugez cette définition étrangement élastique, voire légèrement délirante, je suis navré d’avoir à vous dire que vous connaissez mal la société dans laquelle vous vivez.

En effet, la phrase supposée empruntée à M. Fahad Khosrokhavar — dont je ne sais rien et dont je veux tout ignorer [1] — plagie presque mot à mot la définition actuellement en vigueur du « terrorisme », et dans la doctrine de l’Union européenne et dans la législation française.

Quelque lecteur ou lectrice soucieux/se de scrupule intellectuel (et de ne pas perdre le peu d’équilibre mental qui lui reste) objectera peut-être qu’il s’agit « évidemment » de détecter la « radicalisation islamiste » d’individu(e)s au bord du « passage à l’acte » mitraillant. Je les renvoie à la même définition franco-européenne du « terrorisme », lequel terme peut désormais désigner pénalement tout espèce d’acte militant visant à « contester l’ordre établi sur le plan politique social ou culturel ».

Mais, la « violence d’action », me direz-vous ! Voilà qui est bien clair et désigne à l’évidence la violence contre les personnes.

Il n’en est rien. Les lois « antiterroristes » en vigueur en France en 2015 (et pour longtemps) permettent de qualifier, de poursuivre et de juger en conséquence (c’est-à-dire avec le minimum de garanties légales), une occupation de bâtiment ou une opération de sabotage informatique, par exemple.

Il faut vous y faire, la violence n’est plus ce qu’elle était ! Le « terrorisme » et la « radicalisation » pas davantage.

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Quels sont les critères requis pour la prise en compte d’un “signalement” ? [questionne judicieusement le mémo ; il s’agit ici du signalement réclamé par ou conseillé à un proche d’une « personne en voie de radicalisation ou radicalisée ».]
[Réponse :]
Signes objectifs de radicalisation [Voir définition plus haut].
Implication potentielle ou avérée dans une filière djihadiste.

Le médecin qui reçoit des « confidences » d’un proche peut donc l’orienter vers le Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR), dont on nous précise — information de nature à lever toute réticence — que ses « écoutants » [sic] « sont des réservistes de la Police » (la « Police » avec son grand « P »…).

Lorsque le médecin constate la « radicalisation potentielle ou avérée » d’un(e) patient(e) mineur(e), il s’adressera, sans craindre de trahir le secret (puisque l’intérêt dudit mineur est en jeu), à un organisme dont je découvre l’existence et dont l’intitulé m’émerveille par sa fraîche et naïve bonhomie : la Cellule de recueil des informations préoccupantes [sic].

On comprend sans peine que les pouvoirs publics hésitent à faire à un tel organisme une publicité trop ostensible, tant nous sommes toutes et tous en situation quotidienne de recueillir une quantité quasi-illimitée d’informations extrêmement préoccupantes sur le monde tel qu’il va et le sort qui nous y est réservé… Le standard téléphonique et le site internet de la chose (en a-t-elle un ?) arriveraient rapidement à saturation, source de dépressions pour le personnel et d’incendie des circuits électriques.

La sécheresse des recommandations concernant le cas d’un(e) patient(e) majeur(e) « radicalisé ou, etc. » montre l’embarras de l’Ordre. Dans la situation où, malgré la loi et le code de déontologie médicale, le médecin se trouverait « face à un cas de conscience [2] », il est « invité » à se tourner vers le conseil régional de l’Ordre des médecins, lequel est lui-même invité — si « cas de conscience » récidivant — à consulter (si j’ose dire !) la « section Éthique et Déontologique du Conseil national ».

Laquelle « section » est invitée… Ah ! non… La section n’est pas invitée. Elle se débrouillera, la section.

Vous voilà désormais mieux informé(e)s, je m’en flatte.

Il me reste à vous souhaiter une bonne rad… continuation. Et surtout, hein, la santé !

[Repris de Lignes de Force.]

Notes

[1Mais je pense qu’on a choisi son patronyme pour sa consonance arabo-persane (au moins pour les ignorants que nous sommes) : voilà un type qui doit savoir de quoi il parle !

[2Riez ! C’est pourtant le genre de truc que personne n’aimerait rencontrer au coin d’un bois.