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Enfumage et diversion

Une tentative d’intimidation véritable

mercredi 2 mars 2016

NdNF : Aux septembriseurs de genoux virtuels qui s’agitent aujourd’hui en Auguste menaces anonymes (vous avez oublié les directives de silence du Parti ?), le même ON qui, quelques temps plus tôt, usait aussi de menaces contre ces salauds qui osèrent transformer un carnaval culturel à la blanquette de veau en une manif sauvage au Blanqui de lion, vos menaces sont inacceptables et inappropriées, et à toute tentative de les mettre en pratique sera rétorquée La guerre véritable, de celles que les grands philosophes de notre temps (Heidegger, Coupat, Onfray, etc.) n’ont gouté qu’au cinéma, mais que connaissent mieux les prolétaires, ainsi que celles et ceux qui, si ils devaient "briser des genoux", ne l’annonceraient pas auparavant sur internet. La menace inconséquente a toujours été le refuge des âmes perdues de la bourgeoisie et/ou de la nomenclature partidaire (imaginaire ou non), de Netchaiev à Beria, qui seront toujours à se questionner sur l’être du non-être et à se fabriquer une renommée dans les salons, lorsque l’insurrection, qui viendra (seulement, pas en service télécommandé), sera menée par celles et ceux qui n’ont que faire de se faire un nom, une notoriété, un carnet d’adresse et du capital social, mais qui veulent gouter à la liberté, par des moyens qui leur sembleront justes, et pas selon quelques guides pratiques de la contre-insurrection de généraux chinois antiques ou prussiens modernes. L’insurrection qui vient, comme La guerre véritable, se feront contre vous. Ci-aprés, une mise au point de Blaise, Arnold, Nico, la crémière et les autres suite à la publication d’Avariance et dix verdissements, dont les critiques sont, cette fois-ci encore, argumentées et salutaires. Voila pourquoi nous recevons et diffusons :


ON a donc répondu à Avariance et dix verdissements. Et c’est un peu décevant. ON a lâché une série de commentaires groupés sur Indymedia. ON s’est aussi exprimé par voie de tweet (de la grande presse à twitter, ON choisit ses espaces énonciatifs avec discernement). Tout ceci visait à discréditer le texte par la calomnie, à menacer sévèrement ses auteurs, à insulter ceux qui le reprennent et le diffusent ; bref, on s’est échiné à faire taire et à faire peur. Principalement sur une journée, ON a commencé comme un seul homme, avec un seul discours, puis ON s’est tu, comme un seul homme. En manif, en AG ou sur internet, c’est beau quand la discipline imaginaire s’incarne dans les conduites et les pratiques. Peut être qu’entre temps le kominforme de vie s’est réuni : il n’y a pas besoin de s’organiser là où on vous organise [1]. Autant dire que le débat n’est pas à l’ordre du jour. En lieu et place de la clarification argumentée, même acerbe, qui aurait pu venir, s’est déployée une véritable entreprise d’intimidation, à l’endroit des auteurs ou présumés tels, mais aussi de ceux qui l’ont diffusé, insultés et accusés d’être payés par la DGSI par exemple [2]. Il est important de déplier cette réaction, d’expliciter ce qu’elle dit des calomniateurs. Il est important de ne pas laisser mentir, enfumer, pérorer, menacer, à la ville comme à la campagne. A force d’entendre marteler des contre-vérités, certains pourraient se mettre à les croire. Il est important que tout cela ne reste pas enveloppé d’un silence complaisant.

Alors, avant les menaces qu’elle est là pour justifier, commençons donc par examiner l’accusation. Elle se décline sensiblement autour d’un même motif : ce texte serait un « texte policier », ses auteurs seraient « des balances », voire « des flics ». Avec un léger retard au démarrage, ON tape fort et salement, — virtuellement, s’entend. Cette accusation, c’est l’infamie totale : ce texte dénoncerait et jouerait le jeu des flics, serait écrit sous pavillon de complaisance. ON joue à faire naître le soupçon, et sciemment à mauvais escient. ON ne fait en cela que reproduire un fonctionnement du dispositif sécuritaire et du contrôle étatique – sur lequel on aime tant gloser – qui instille le soupçon pour assoir son pouvoir et gouverner avec les coudées franches. L‘Alternative serait-elle à ce point poussée à son extrême, qu’on se prendrait, avec un mimétisme surprenant, pour un Etat ?

L’accusation de « dénoncer » vaut déjà le détour. D’après un commentaire (le seul précis), le texte ferait risquer au ON qu’il désigne (aucun nom, bien sûr, n’y est cité) l’accusation d’apologie du terrorisme. Voilà qui est étrange, sans doute le fruit d’une drôle de projection, et qui comprend bien mal les fonctionnements des « services » comme ON dit et dont ON semble littéralement obsédé. ON fait le malin, le plus radical que moi tu meurs ou plutôt le moins radical que moi tu mérites de mourir, au mois de novembre, dans un texte, qui tient des positions ignobles suite aux attentats. ON le publie sur un site de propagande périodique parfaitement situé. A supposer que ce texte, très explicite sur ce point, fasse risquer des poursuites, celle-ci ou d’autres [3], la responsabilité en incomberait-elle à ceux qui critiquent ce texte plusieurs mois plus tard ? Ce n’est vraiment pas sérieux. Les dits services prendraient-ils donc leurs ordres sur Indymedia ? La critique qui se formulerait, ici et là, serait alors le quartier général dématérialisée des stratégies contre-insurrectionnelles du pouvoir ? Mais dans quelle pauvre paranoïa vit-ON pour passer du triste et célèbre « si on n’est pas avec moi, on est contre moi », au ridicule « tous ceux qui ne sont pas avec moi travaillent pour la police… », la prochaine étape sera-t-elle « tout ceux qui ne sont pas moi sont des flics » ?

Lâchons donc du lest, retrouvons le plancher des vaches. Ce genre de poursuites ne seraient-elle pas plutôt le fait de décisions politiques ? Si les positions tenues peuvent être incriminées, la faute en incombe-t-elle aux lecteurs critiques qui en déplient et en contestent le propos des mois après son écriture ? Qu’est-ce que ce genre de raisonnement aurait pu donner à l’époque où un certain nombre de personnes s’opposaient à l’option négationniste choisie par des membres de groupes appartenant à l’ultra-gauche ? Le fait que la loi Gayssot existe impliquerait-elle que toute critique du négationnisme soit à proscrire ? Loin s’en faut, et encore heureux.

Et puis, arrêtons de rigoler. Qui impressionne-t-ON en agitant le possible improbable d’une inculpation aussi bidon ? D’ailleurs, ON en rêve même peut-être, pour s’agiter autant et attirer littéralement l’attention de la sorte, quand ON se souvient de la manne céleste qui a suivi d’autres affaires : renouveler le coup éditorial de la vente de l‘Insurrection qui vient serait vraiment formidable, l’agence publicitaire Lundi matin ne verrait-elle pas d’un bon œil toute occasion de pouvoir engranger par flots les followers ? Assez vite on pourrait en publier les meilleures articles pour pouvoir engranger, moins symboliquement cette fois, puisqu’il y a des paradoxes auxquels ON a l’air de se faire dans ce monde : pour se passer d’argent il faut en avoir plein [4]. « Balance » ne tient donc, évidemment, pas.

Que dire de « policier » ? Là, c’est une autre infamie. Bien sûr aucun élément inédit dans le texte. Il s’est agi de donner à comprendre une cohérence, de dire comment, effectivement, par exemple, le commerce fait sens dans l’entreprise politique qu’ON mène en maître d’oeuvre, du VRP au marketing en passant par la franchisation et la vente de produits dérivés. Aucun détail scabreux, ni même sordide, pourtant déjà rendus publics n’a même été repris : là n’était pas l’objectif. ON ne peut pas continuer sans fin à faire la guerre au collectif, à ânonner qu’il faut déserter les assemblées, à agiter le spectre de Blanqui et refuser que les positions qu’ON exprime soient incarnées pour la critique. Surtout justement quand ON travaille le personnage et sa biographie de manière aussi spectaculaire. Alors le ON peut recouvrir 2 ou 3 personnes, des centaines peuvent se relayer sous le masque de Guy Fawkes, le ON reste le procédé à travers lequel il a été choisi de parler de cette manière d’être quelqu’un, sans aucune information spécifique concernant un quelconque secret d’écriture de La guerre véritable, dont nous sommes bien loin. Ce texte a été lu, et a été compris, ni plus, ni moins [5]. Accuser Avariance d’être un texte « policier », c’est considérer qu’ON est, par principe, tenu à rien. Seuls les adeptes de la secte peuvent subir une telle personnalisation du pouvoir tout en se soumettant à un tel interdit, qui confine au tabou. Hors de la secte, tous les autres seraient donc des blooms complices de l’état d’urgence quand ils bossent ou perçoivent le RSA dans une métropole, ou des flics quand ils pensent, critiquent et écrivent ?

Quant à « écrit par des flics », alors là, on devrait pouvoir éclater d’un rire franc [6]. Ceci étant dit, la question ne se pose tout simplement pas pour la raison suivante : il faut sans doute préciser à ceux qui auraient été abusés que celui, ceux, celle(s) qui pourrait-ent se sentir désigné-e-s (là, ça va ?) dans ce texte sait-savent très bien qui a participé à son écriture. Nous sommes parfaitement identifiables pour qui aurait à nous identifier et assumer ce texte est, contrairement aux ricanements sur Indymedia, déjà inscrit dans sa lettre. Tout est là pour que ceux qui pourraient avoir des comptes à régler puissent le faire. On se croise parfois, l’occasion peut se représenter et, à une ou deux personnes de distance, prendre rendez-vous est même possible. ON vous a donc menti et enfumé en faisant croire à un brûlot anonyme et à la lâcheté de ses auteurs. Si nous ne signons pas de notre nom, c’est parce que travailler notre personnage en tant qu’auteur ne nous intéresse pas. Nous sommes aussi très loin d’utiliser l’anonymat comme une coquetterie pour fignoler la figure à multiples facettes d’un auteur véritable. Nous sommes plus nombreux qu’ON aimerait le penser d’ailleurs, et nous ne faisons ici que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Vu ce que la déclaration de politique générale que constitue aussi La Guerre véritable, raconte et implique en terme de ligne pour l’avenir, ce qui est d’ailleurs étonnant c’est plutôt que des critiques raisonnées n’en soient pas sorties plus tôt.

Alors peut-être que les menaces maniées ici avec une largesse étonnante, et gratuitement, le prix fixe et le prix libre ayant été abandonnés pour l’occasion, expliquent ce silence gêné. Si ON gère à l’interne avec autant de sensibilité qu’à l’externe (cette sensibilité de croquemitaine avec laquelle on promet aux autres de leur « casser les genoux », « qu’ils ne finiront pas l’année entiers », ou que « ça finira très mal » [7]), on comprend qu’il vaille mieux se taire et suivre la ligne. Est-ce à dire que dans l’appellisme il n’y a aucun droit de tendance ? ON veut à ce point faire régner un état d’indigence intellectuelle dans ses troupes que la moindre critique fasse virer au rouge écarlate (comme vigipirate, tiens) ? Parce que le tribunal qui s’est réuni suite à la publication du texte a donc condamné ses auteurs et ses diffuseurs pour les délits imaginaires précédemment cités, essentiellement en fait pour délit de lèse majesté, à divers sévices et la sentence a été assez rapidement publiée. On sait à quoi s’en tenir. Quelle classe ! ON reste ici dans le droit fil de l’intimidation de ceux qui causent du désordre en manif. Et comme certains commentaires l’ont fait remarquer, ON ne reprend pas le meilleur de l’Italie et ON se comporte en vrai Tutte bianche. S’il est certain que, pour ceux que ça concerne, nous ne sommes enveloppés d’aucun mystère, nous ne naviguons sous aucun pavillon de complaisance ni ne bénéficions d’aucune protection policière, il faut cependant s’attendre à ce que nous ne tendions pas l’autre genou. Nul besoin des hécatombes promises (en frapper combien pour en éduquer combien ?), nous sommes là, et ON le sait très bien.

Alors qu’est-ce que c’est que cet enfumage, à part une diversion pour ne pas parler du fond, de ce qui se passe et se raconte, des mauvaises pilules qu’on est en train de faire avaler aux consentants. Il s’agit uniquement de faire taire. Pour les crâneurs de la kabbale, la liberté interprétative n’est décidément pas à l’ordre du jour. Pour notre part nous ne faisons pas mine d’avoir des informations sur qui travaille pour la police ou qui est un flic infiltré. Nous savons aussi que ça existe et que ce ne sont pas des choses qui se traitent à la légère. Par contre, nous avons dû constater que, naviguant d’infamies en infamies, certains portaient de telles accusation tout en sachant qu’elles sont fausses et par là-même, s’échinaient à éteindre la critique, menant là une véritable opération de police alternative. Le pendant du parti imaginaire serait-il la Tcheka imaginaire ? Peut être assiste-t-on là au point d’acmée de la métaphysique critique : se subjectiver en barbouzes et accuser les autres d’être des flics. Espérons qu’on assiste à cette occasion au dernier lever de rideau de ce mauvais spectacle. Nous donnerons des nouvelles de nos genoux, et du reste, le cas échéant.

D’ici là et pour ce qu’il y a à en dire ici, nous continuerons bien sûr à diffuser les différentes versions d’Avariances et dix verdissements (électronique et sur papier). Un tirage conséquent a été réalisé. La bonne réception que lui ont réservé un grand nombre de camarades et de compagnons d’horizons et de parcours assez différents le confirme, de plus en plus de personnes ne veulent plus rien à voir à faire avec ce genre de prose, ni avec ceux qui la portent et la défendent. C’est sans doutes bientôt fini, la figuration et le faire nombre dans les initiatives de ces événementiellistes, du séminaire aux manifs (sans parler des « coups d’audace [8]). A défaut que « rien ne soit plus comme avant », il se peut bien que beaucoup de choses soient en train de changer et, communistement, nous nous en réjouissons.

Blaise, Arnold, Nico, la crémière et les autres.

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Enfumage et diversion
Une tentative d’intimidation véritable

Notes

[1Paraphrase d’une des perles sentencieuses de l’Insurrection qui vient.

[2Sur Twitter, à quelqu’un qui reprend le texte, et en a envoyé des citations : Comité Invisible secrétariat ‏@anosamis 25 févr. « Salut tocard, ils te paient la DGSI ou tu fais ça gratos ? ».

[3A-t-on à ce point fréquenté l’accusation que l’on puisse savoir, d’avance, quels discours ou quels faits pourraient donner lieu à des ainculpations et précisément sous quels motifs ? A-t-on à ce point si peu réfléchi autour des questions de la justice, du légal et de l’illégal, pour penser que c’est prédictible avec assurance, et systématique ?

[4« C’est un des paradoxes de l’époque qu’il faille de l’argent pour se doter des moyens de s’affranchir de l’argent. » trouve-t-on dans l’appel à contribution financière des Amis de la Commune de Tarnac de décembre 2010.

[5Dans certains commentaires ON prétend que ce texte n’a pas été compris, la bonne affaire… Puisque cela semble nécessaire il faut rappeler qu’il y a différentes manières de comprendre les choses, il y en a certaines qui permettent de penser, tant que nous y sommes rappelons que c’est possible de ne pas être d’accord, et même d’être contre, de refuser un certain nombre de propositions.

[6A part le fait simple que ceux qui ont participé à l’écriture de ce texte ne sont pas des flics, nous pouvons le garantir, comment prouver qu’on n’est pas ce qu’on n’est pas ? Même une défense de type innocentiste où on présente son âme pure au regard perçant du juge n’en apporterait pas la preuve, sans parler de la vacuité, et du narcissisme auctorial de soi-même qu’il y aurait à produire son cv et ses certificats attestants de sa bonne mauvaise conduite.

[7Citation tirées des commentaires sur Indymedia Nantes.

[8« C’est par le communisme vécu que l’on fait reculer le terrain de l’économie, ce qui n’exclut pas des coups d’audace opportuns », La guerre véritable, dernier paragraphe.