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Gênes (Italie) : Compte-rendu de la première audience du procès de la jambisation d’Adinolfi

vendredi 1er novembre 2013

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Mercredi 30 octobre a eu lieu à Gênes (Ligurie) la première partie du procès de Nicola Gai et Alfredo Cospito, accusés de la jambisation du directeur d’Ansaldo Nucleare (du groupe Finmeccanica) Roberto Adinolfi en mai 2012. Ils étaient en détention préventive depuis un an et n’avaient rien déclaré à la justice jusqu’à maintenant. (Plus d’informations sur cette affaire en français ici).


La veille, la presse bourgeoise annonçait déjà un très fort dispositif policier et le « bouclage de la ville ». Les deux compagnons ne seront d’ailleurs transférés à Gênes que dans la matinée du 30 octobre et non la veille, alors que l’audience est prévue à 9h30, probablement pour éviter tout rassemblement devant la taule. Mais cela n’a pas empêché, comme nous l’avons appris dans la presse quelques jours plus tôt, un engin d’exploser à proximité de l’unité AS2 de Ferrara, où sont incarcérés Alfredo et Nicola, ainsi que les compagnons Sergio Maria Stefani (dernier prisonnier de l’opération Ardire) et Adriano Antonacci (prisonnier de l’opération des ROS à Castelli Romani), cela n’a pas empêché non plus une station ENI d’être fracassée en solidarité quelques jours plus tôt à Turin. Plusieurs contrôles de la DIGOS des voitures se rendant à Gênes pour assister au procès auront lieu, ou de compagnons sur place sortant de chez eux.

Environ deux cents compagnons (plus que ce qui était espéré) ont répondu à l’appel à une présence solidaire et se sont retrouvés devant le tribunal pour montrer aux deux compagnons qu’ils ne sont pas seuls face à l’ennemi, pour montrer à tous ceux qui les ont décrits comme des fous furieux qu’ils ne sont pas isolés et que pour beaucoup d’anarchistes encore, face à l’Etat, on se serre les coudes. Le dispositif policier est en effet au rendez-vous avec plus d’une centaine de flics en tout genre, des carabiniers et des flics anti-émeute, ainsi qu’un déploiement massif de civils de la DIGOS filmant les personnes présentes sous tous les angles possibles, et nous « escortant » pour tout déplacement. Les journalistes également sont présents en masse et ne manquent pas d’être les charognards zélés qu’ils ont toujours été, surtout en Italie [la presse italienne a depuis le début de l’affaire Adinolfi largement fait son beurre dessus, et notamment ces derniers jours avec le procès, dont la courte audience du 30 est diffusée intégralement en vidéo sur internet].

Les entrées du tribunal seront rapidement bloquées, et seules 24 personnes seront autorisées à assister à l’audience (dans une petite salle, manifestement pour y limiter la présence de public). Dès l’ouverture de l’audience, Alfredo a commencé à lire une déclaration sans la permission de la juge, qui l’a fait évacuer rapidement et sous le fracas des insultes, suivi de Nicola qui n’avait pas commencé la sienne. Leurs déclarations respectives revendiquent la responsabilité de l’attaque dont ils sont accusés. A leur suite, les compagnons présents dans la salle sont sortis bruyamment du tribunal, insultant les magistrats et criant des slogans. Dehors également, les compagnons se font entendre : « Tutti liberi / Tutte libere » et « Notre désir de liberté est plus fort que toute autorité ».

Le procès s’est donc poursuivi sans les inculpés ni les 24 compagnon/nes qui assistaient à l’audience, les déclarations ont été lues par le parquet et l’accusation a réclamé des peines de 12 ans de prison pour Alfredo, considéré comme l’exécutant du coup de feu, et 10 ans pour Nicola (ainsi qu’un million d’euros de dédommagement à l’Etat). Les procureurs Silvio Franz et Nicola Piacente se sont étonnés qu’après leur aveu, Nicola et Alfredo « ne se dissocient pas, mais ont même du mépris pour les autorités et les normes » ! Le 12 novembre aura lieu la fin du procès, avec la réponse de la défense (dont l’enjeu principal sera de faire tomber le chef d’inculpation de « terrorisme ») et le verdict.

Pendant ce temps, les compagnons solidaires se sont éloignés en groupe du tribunal, escortés/suivis par des flics en tenue anti-émeute sur le qui-vive et quelques espions à caméras peu discrets, pour finir la journée par un moment de discussion dans un amphi de l’université, occupé pour l’occasion pour permettre une courte assemblée où sera discutée la suite à donner à la solidarité révolutionnaire avec les compagnons, en continuité avec les quelques assemblées solidaires qui avaient déjà eu lieu à Rome et Florence (le texte d’appel « A testa alta » est en italien ici). Tout le reste de la journée, des groupes mobiles de la DIGOS colleront ostensiblement aux basques des anarchistes présents dans la ville.

L’industrie nucléaire, civile comme militaire, fait partie des nombreuses horreurs qui pourrissent ce monde par la résignation qu’elles diffusent, l’autorité et la soumission nécessaires pour les maintenir, la dépossession qu’elles engendrent, rendant impossible le contrôle de nos propres vies. Roberto Adinolfi est un défenseur forcené de cette technologie mortifère. L’attaquer physiquement n’a été que lui rendre une infime part de l’oppression qu’il répand et soutient par ses activités.

Les discussions récurrentes entre anarchistes sur les méthodes à utiliser et promouvoir dans l’attaque contre le pouvoir sont très souvent sources de conflit, cela est normal : par son essence même, l’anarchisme ne peut être une chapelle idéologique univoque mais plutôt une libre-association d’individus uniques et différents qui se retrouvent ou non sur la base d’affinités. En son sein ont toujours cohabité des pratiques toutes aussi variées que les personnalités des différents individus qui se reconnaissent dans de mêmes idées. L’action anarchiste présente un panel d’outils très divers, que chacun peut choisir suivant sa sensibilité, ce qu’il se sent prêt à faire et à risquer. Mais au-delà de ces choix individuels, à nous de reconnaître les actions qui nous parlent, en cohérence avec les idées que nous défendons, et donc les compagnons à qui nous voulons apporter notre solidarité, pour briser l’isolement que l’Etat veut imposer en cherchant à marginaliser l’action offensive pour distinguer de soi-disant « terroristes » parmi les subversifs, en distinguant des « gentils » et des « méchants », en séparant pour mieux réprimer.

Bien sûr, la solidarité ne peut être acritique ni inconditionnelle, et le soutien à des anarchistes incarcérés ne signifie pas une affinité totale avec tout ce qu’ils peuvent dire et faire. Ainsi, pour nous, l’attaque de ce monde dans une perspective anarchiste n’appartient pas à un sigle ou une quelconque organisation (FAI ou autre) et ne peut être résumée ni monopolisée par le réseau autoréférentiel que crée le partage de ce sigle. Nous voulons diffuser la conflictualité et l’attaque au sein de la société et contre elle, et non dans un réseau clos qui pourrait devenir un spectacle virtuel, par les communiqués signés de sigles (a fortiori fixes) qui deviennent une nouvelle sorte de revendication identitaire ou organisationnelle.

Il nous parait évident aujourd’hui que les deux compagnons méritent notre solidarité, qu’elle soit critique ou non, car plus que jamais, le procès de la jambisation d’Adinolfi est un enjeu pour tout le mouvement anarchiste, en Italie comme ailleurs. Et nous partageons la perspective de Nicola et Alfredo selon laquelle la fin de toute autorité ne se fera que par l’attaque directe, sans compter sur un quelconque soulèvement de masse, une révolution qu’il faudrait attendre les bras croisés.

Diffusons les pratiques offensives contre cette société d’oppression et de domination en soutenant en paroles et en actes celles et ceux qui ne lâchent rien face à la répression et continuent à se battre pour les idées que nous partageons.

Liberté pour tou-te-s les compagnon-ne-s poursuivi-e-s et incarcéré-e-s en Italie comme ailleurs, qui gardent la tête haute dans les moments les plus difficiles, qui luttent dedans comme ils luttaient dehors, avec la dignité qui caractérise nos perspectives anarchistes face à la lâcheté et la résignation que diffuse ce monde. Nous envoyons aussi une pensée à Sergio, dernier prisonnier des opérations Ardire et Shadow. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de prisons, jusqu’à la fin de toute autorité !

Liberi/e tutti/e !

Par delà les Alpes,
Quelques individualités anarchistes solidaires.