Non Fides - Base de données anarchistes

« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

Accueil > Articles > Sur le monde carcéral > Grèce : Andreas-Dimitris Bourzoukos et Dimitris Politis débutent une grève de (...)

Grèce : Andreas-Dimitris Bourzoukos et Dimitris Politis débutent une grève de la faim

samedi 21 mars 2015

Toutes les versions de cet article : [ελληνικά] [français]

Le 2 mars, une voix décidée est sortie d’entre les murs et a clairement déclaré une chose, que la lutte pour l’abolition de l’Etat et du système d’exploitation est plus que jamais d’actualité. Aujourd’hui, il faut que nous fassions barrage à des questions qui concernent l’ensemble du milieu révolutionnaire/subversif.

Nous vivons ces dernières années une détérioration extrême-droitière de l’ensemble de la société à travers une répression s’accentuant toujours plus contre toute partie de celle-ci qui s’obstine à résister, mais aussi par une série de lois extrêmes et fascistes. Il n’est naturellement pas concevable pour nous de parler de « bonnes » ou de « mauvaises » lois. Elles sont des instruments de contrôle social dans les mains de la classe dominante et nous sommes par conséquent entièrement contre le système législatif. Nous luttons pour l’abolition de toute loi, comme pour l’abolition de toute prison (mentale ou physique).

Dans les démocraties bourgeoises, le totalitarisme contemporain s’impose en rendant permanent l’état d’urgence dans toujours plus de facettes du quotidien pour cette partie de la société systématiquement vampirisée par le pouvoir. Des dystopies qui n’étaient jusque là qu’élégamment décrites dans les romans, deviennent aujourd’hui des guides pour la répression globale de l’esprit humain et de la liberté.

Camps de concentrations pour les immigrés, lois spéciales, tribunaux spéciaux, catégories spéciales d’individus dans un monde de citoyens dociles et soumis, avec la science comme cheval de Troie pour le contrôle total de nos vies.

Nous, nous ne voyons pas d’autre manière de dépasser ce système que la voie de la lutte pour la réalisation de la révolution sociale.

Cette lutte qui est donc aujourd’hui menée, autant hors qu’entre les murs, est une lutte contre le régime d’exception, contre le néant et la castration sociale, contre la nature même du système.

Nous ne nous faisons aucunes illusions sur le gouvernement de gauche Syriza-Anel. Aussi fort qu’ils essayent médiatiquement d’aplanir leurs désaccords et de convaincre la société qu’un « changement » est possible, nous savons très bien, et nous en sommes persuadés, qu’aucune politique réformiste ne peut changer dans le fond la nature du capitalisme qui se base sur le pouvoir, l’exploitation et l’oppression. Le seul changement naîtra des débris de ce monde.

Ainsi, la réalité est que le ciblage du milieu anarchiste/révolutionnaire continue avec la même intensité et dans les pas du précédent gouvernement d’extrême-droite. Les déclarations du ministre de la justice quant à des modifications du système pénitentiaire et l’abolition des prisons de type C ne contrebalancent en aucun cas l’existence d’une institution oppressive par nature ainsi que le rôle diachronique du complexe judiciaro-policier. Réalité qui prend chair dès les premiers mois d’une gouvernance de gauche avec les perquisitions de maisons de compagnons (ancienne politique de terreur des gestionnaires d’extrême-droite de l’Etat) et des poursuites judiciaires sévères et mises en détention provisoire de proches des membres de la Conspiration des Cellules de Feu. Dans un climat de terreur « démocratique », le rôle de la police reste exactement le même : la répression et la limitation des réactions sociales.

Chose qui apparaît très clairement dans les déclarations du « démocrate » Panousis [1] sur les solutions-interventions « politiques » ayant pour but de « nettoyer » Exarchia [2] des groupes anarchistes et des soutiens de la lutte armée.

Les mêmes messages venant d’un « expéditeur » différent, avec la même inquiétude pour l’autorité et la préservation de la paix sociale tant souhaitée.

La grève de la faim et la lutte pour l’abolition des lois et des pratiques qui visent à intimider tous ceux qui choisissent consciemment de résister à un système d’exploitation n’est donc pas « politiquement incompréhensible ». Au contraire, la tentative d’assimiler les perspectives anarchistes par un parti bourgeois au pouvoir est politiquement incompréhensible.

Nous commençons donc nous aussi, à partir d’aujourd’hui le 16 mars, la grève de la faim en utilisant nos corps pour faire barrage à la politique répressive de l’Etat, aux côtés de nos compagnons qui se trouvent en lutte depuis deux semaines.

Nous exigeons la satisfaction des revendications du Réseau de Prisonniers en Lutte, c’est-à-dire l’abolition de :
- L’article 187.
- L’article 187Α.
- La circonstance aggravante pour un acte commis avec le visage dissimulé (« loi anti-cagoule »).
- Le cadre de loi qui définit le fonctionnement des prisons de type C ainsi que l’analyse et l’utilisation du matériel génétique (ADN).

Plus spécifiquement nous exigeons :
- L’abolition de l’ordonnance du procureur qui impose le prélèvement violent de l’ADN.
- L’accès et l’analyse du matériel génétique par un expert biologiste ayant la confiance de l’accusé, si ce dernier le souhaite [sic].
- La suppression de l’analyse d’échantillons composés d’un mélange de matériaux génétique de plus de deux individus [sic].
 
Nous exigeons de plus la libération immédiate de Savas Xiros afin qu’il puisse recevoir les soins dont il a besoin.

FORCE À TOUS LES GRÉVISTES DE LA FAIM
SATISFACTION IMMÉDIATE DE TOUTES LES REVENDICATIONS

Dimitris Politis
Andreas-Dimitris Bourzoukos
Membres du Réseau de Prisonniers en Lutte.

[Traduit et adapté du grec par nos soins d’Indy Athènes.]


[1Ministre de l’intérieur actuel. Ndt

[2Quartier d’Athènes avec une forte implantation anarchiste. Ndt