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Grèce : Évasion massive à Trikala et situation actuelle dans plusieurs prisons grecques

Lettre de Tasos Theofilou

vendredi 29 mars 2013

La lettre ci-dessous a été écrite 24 heures avant l’évasion massive de la prison de Trikala le 22 mars 2013 [1].

Peut-être est-il intéressant de commenter les deux dernières tentatives d’évasion des prisons de haute sécurité. L’une avec un hélicoptère à Trikala [2] et l’autre avec une tentative de bluff à Malandrino.

Dans le premier cas, il est clair que la police n’a pas hésité à mettre en danger la vie de dizaines de personnes, afin de faire comprendre le dogme de la tolérance zéro, invoquant l’intention d’empêcher une évasion, acte qui relève du délit…

Dans le deuxième cas, on a vu ce que peut réussir un prisonnier en camouflant une simple radio en une télécommande pour activer une bombe (!) si les mécanismes judiciaires savent qu’il ne joue pas avec sa liberté. Peut-être qu’en fin de compte il n’est pas arrivé à s’enfuir, mais il a tenu une prison à sa merci pendant 24 heures avec pour seule arme la décision.

Mais ce qui a vraiment une importance dans ces deux incidents est le changement du sens de l’évasion et sa transformation dans le cas individuel du prisonnier. Depuis la fin de la décennie ’90, la révolte et l’évasion sont deux notions presque interdépendantes. La révolte était habituellement la conséquence d’une tentative d’évasion massive. Les prisonniers dans une prison essayaient de s’évader tous ensemble, certains réussissaient, certains étaient blessés par les balles des flics lors de la tentative et les autres retournaient en arrière et brûlaient leur taule. Les causes de cette transformation doivent être recherchées dans l’amélioration de la technologie et de l’architecture de la répression d’un côté et de l’autre dans un individualisme [sic] sans précédent parmi les prisonniers modernes.

Les prisons modernes sont conçues de telle manière afin qu’elles parviennent au contrôle le plus poussé, tant avec des méthodes physiques qu’électroniques. Ce sont les caméras à chaque coin, les blocs au quadrillage parfait avec l’absence d’éléments naturels. Ce sont les portes qui s’ouvrent seulement de façon électronique depuis les salles de contrôle. Ce sont les toits - et c’est un détail important - qui sont le centre par excellence des rébellions de prisonniers et qui ne sont accessibles de quasiment aucune façon.

D’un autre côté, c’est le changement cette dernière décennie dans la composition de la population qui a amené quelques changements dans la mentalité des prisonniers. La population carcérale ne consiste ni en des criminels sanguinaires ni en de romantiques illégaux. Elle est constituée d’immigrés d’Afrique et d’Asie qui la plupart du temps ne savent tout simplement pas la langue ni la raison pour laquelle ils sont en prison. Elle est constituée de toxicomanes dont la place est à l’hôpital. Elle est constituée de petits escrocs effrayés et de débiteurs, la nouvelle tendance des prisons grecques. Elle est constituée de parrains et d’hommes de main qui, par un échange de quelques petites faveurs, gardent un équilibre entre corruption et paix sociale dans les prisons grecques.

Les relations entre les prisonniers sont fausses, hypocrites à en gerber et diplomatiques. Un jeu de domination qui fonctionne comme un frein à la construction de relations de confiance, quelque chose qui réduit l’esprit combatif, lequel requiert la solidarité. Séparer les prisonniers entre pays et origine, entre courtes et longues peines, entre différentes infractions, entre différences personnelles qui sont surtout dues à l’héroïne et aux avantages individuels, détruit toute communauté de lutte qui peut être crée. Au final, celui qui veut revendiquer sa liberté est obligé d’essayer seul ou avec quelques amis. Les solutions collectives ressemblent à un romantisme désuet qui appartient à la décennie ’90.

Et pourquoi tout cela a une importance ?

Parce que la prison n’est pas le miroir de la société. Elle est le lieu qui condense ses fonctionnements, valeurs, traditions, morales, problèmes. Quelqu’un, voyant et en analysant ce qui se passe à l’intérieur, peut interpréter l’inertie sociale dehors.

Les hélicoptères des évasions sont spectaculaires et légitimes, mais plus beaux sont les feux de la révolte. On ne doit pas arrêter d’honorer ceux qui ont réussi ou ont tenté de s’évader, mais nous ne devons pas oublier que le but n’est pas de s’envoler hors les murs mais de danser sur leurs débris.

Tasos Theofilou
21 mars 2013
Aile n°1 de la prison de Domokos

Traduit du grec par nos soins de Indymedia Athènes.

Texte de compagnons sur les récents événements dans la prison de Trikala

Hier soir [lundi 25 mars] et dans le cadre de l’opération « coup de balai » qui se tient les derniers jours dans la prison de Trikala sous le motif de la récente évasion de 11 prisonniers, les humanoïdes de l’EKAM [unité anti-terroriste, équivalente du GIGN], sont aussi entrés dans la cellule du compagnon Vaggelis K, tenant à la main une photo et son dossier. Ils ont commencé à lui donner des coups de pied et poing, surtout dans les côtes et à la tête. Sans rien pouvoir faire de plus, le compagnon a hurlé pour qu’ils arrêtent car il ne savait pas pour quel motif ils le tabassaient. Après 10 minutes, les mousquetaires, gonflés à bloc, ont réussi à finir leur besogne, ont arrêté et sont partis en criant des menaces et des invectives.

L’État, dans le cadre de la « tolérance zéro », se venge sur les hommes qui ont une position digne dans les lieux de supplice des prisons grecques. Il envoie dans le même temps un message aux autres que ceci est un avant-goût de ce que subira chacun qui pense, conteste, planifie et agit contre le système des prisons avec pour but la dignité mais aussi la liberté.

UN RÉTABLISSEMENT RAPIDE À VAGGELIS K. ET À TOUS CEUX QUI LUTTENT D’UNE MANIÈRE OU D’UNE AUTRE DANS LES PRISONS

Des compagnon-ne-s de Trikala

Traduit du grec par nos soins de Indymedia Athènes.


Compte-rendu sur la situation actuelle dans plusieurs prisons grecques

Après l’évasion magique de 11 taulards de la prison de Trikala, il semble qu’à la fois les flics et les matons veulent prendre leur revanche.

Cela fait trois jours que tous les prisonniers de la prison de Trikala sont enfermés sans avoir le droit de communiquer avec leurs proches. Leur programme quotidien est « mange-cellule-tabassage ». Un taulard a rapporté par téléphone qu’ils sont « tous bleus ». Tous les prisonniers sont tabassés depuis trois jours par les chiens de l’EKAM. Les prisonniers de la C2 (c’est l’aile dont les 11 se sont évadés) sont torturés et frappés avec l’aide « courageuse » des EKAM. De plus, dans l’aile A1, lors d’une descente soudaine des EKAM dans la cellule du prisonnier P. Blastos, les encagoulés de la police (afin qu’ils ne montrent pas leur visage et qu’ils protègent derrière leurs cagoules leur anonymat) ont attaché Blastos avec des menottes (passant un fermoir à la main et l’autre au pied) et l’ont attaqué avec des coups de pied et poing.

En parallèle, dans l’aile A de la prison de Larissa, la direction de la prison a menacé les taulards que s’ils n’arrêtent pas leur mobilisation (pour le nouveau ensemble de lois que le ministère de la justice veut faire passer, mobilisation qui se déroule depuis maintenant environ un an dans toutes les prisons en Grèce) et s’ils ne rentrent pas dans leurs cellules à midi, les MAT [unité anti-émeute de la police] vont entrer. La prison est ces derniers jours sous l’autorité du procureur et du chef de la police de Larissa [3].

Par ailleurs, dans la prison de Grévéna, le matin du 26 mars, des encagoulés portant des uniformes sont entrés l’arme à la main et ont fouillé les cellules, ayant au préalable fait mettre les prisonniers à genoux et les avoir menottés. Dans le même temps, l’aile C1 est restée fermé jusqu’à 14h00, sans ouvrir les cellules, même pour le repas.

Dans le même temps, le ministre de protection du citoyen [équivalent du ministre de l’intérieur] a fait passer le mot que l’EKAM contribuera/participera aux fouilles qui se dérouleront dans les cellules. Cela est une tentative claire de faire passer l’autorité des prisons à la police.

Il est clair qu’ils « construisent » une nouvelle prison à l’intérieur de la prison.

Tasos Theofilou

Traduit du grec par nos soins de Indymedia Athènes.


[1Dans la nuit du vendredi 22 mars, 11 prisonniers se sont évadés de la prison de Trikala. Deux flics ont été blessés pendant la fusillade avec des complices venus en aide à l’extérieur et armés de kalashnikovs. Deux taulards ont été repris et les autres sont toujours en cavale.

[2Le dimanche 24 février, P. Blastos, retenu dans la prison de Trikala, a tenté de s’évader en hélicoptère mais a échoué. Là aussi de nombreux coups de feu ont été tirés (plus de 500 balles) de part et d’autre.

[3C’est la première fois qu’une telle chose se passe en Grèce, les prisons n’étant pas sous l’autorité de la police.