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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Il a détruit la société tant qu’il a pu, comme il a pu

Panégyrique de Vittorio Pini

samedi 14 janvier 2012

Nous entrons en pleine période révolutionnaire ; il semble que les dernières catastrophes où doit fatalement s’engloutir une société basée sur la « Propriété », mère du vice, du crime et mensonge, soient imminentes. Tout se disloque à vue d’oeil. Cette situation a pour premier résultat de classer définitivement les hommes en partisans ou en ennemis de « l’Autorité », unique protectrice de la propriété.

Il cri résulte que les actes du compagnon Ravachol, les persécutions qui les ont suivis ont plus que triplé le nombre des anarchistes : en effet, tout ce qui était sincèrement révolutionnaire sans oser pousser jusqu’à l’anarchie a senti, comme moi, par exemple , que l’heure des hésitations était passée, qu’il fallait décidément adopter la théorie libertaire avec toutes ses conséquences. En outre, une foule de braves gens que l’apparente inertie des anarchistes paralysait, sont carrément venus à l’anarchie dès qu’ils l’ont vue agir.

Cette heure décisive, qui est peut-être la plus grave, la plus solennelle du siècle, les faux révolutionnaires l’ont tout naturellement choisie pour s’évader de la révolution : les grands pontifes du collectivisme, du marxisme et autres despotismes maquillés de vermillon, voyant la révolte se dresser debout menaçante, lui ont jeté l’anathème. Chaque moellon détérioré leur a arraché des larmes. Ils ont poussé des cris épouvantables en parlant « d’innocentes victimes », eux qui tous les ans, vont porter des couronnes au mur sanglant ! Jésuites de robe rouge et jésuites de robe noire ont fait chorus. Et nous avons encore dans l’oreille les paroles de M. Guesde confiant au plus réactionnaire des organes que « les anarchistes sont tous des fumistes, des fous ou des policiers ».

Dans ce concert de malédictions, le nom de Pini a été prononcé. Pour les braves révolutionnaires en chambre qui hurlent en petit comité leur pitoyable « Delenda Carthago » ; et qu’il faut détruire la société « par tous les moyens », Pini est un vulgaire voleur. Pourquoi ? Parce que, selon leurs recommandations, il a détruit la société tant qu’il a pu, comme il a pu !

Voleur ? Soit ! (…)

Le droit au vol, c’est tout simplement le droit à la vie, ce fameux droit à la vie proclamé par les plus modérés des socialistes, reconnu par tous les philosophes, même avant l’apparition du struggle for life.

De deux choses l’une : ou nous reconnaissons aux possesseurs de richesse le droit de nous tuer, nous, les gueux, ou nous leur dénions ce droit. Le possédant est l’employeur. I1 peut donner ou refuser du travail ; c’est-à-dire qu’il peut condamner à mort une foule de gens. Quelle mort ! La mort par la faim.

Si nous leur reconnaissons ce droit, il vaut mieux nous suicider tout de suite. Si nous ne le leur reconnaissons pas, nous devons proclamer la légitimité du vol.

Voyons : que voulez-vous que fasse un individu qui n’a pas d’ouvrage, qui a mis au Mont-de-Piété tout ce qu’il possédait, a vendu les reconnaissances, a épuisé son crédit partout et n’a pas d’ami qui veuille lui prêter dix sous ?

S’il se tue, c’est un imbécile : il faut pourtant qu’il vive. Donc, il faut qu’il vole. Devra-t-il se contenter de voler un pain pour donner raison au Claude Gueux de Hugo ? Mais alors il faudra donc qu’il recommence à risquer sa liberté à chaque repas ?

Ces messieurs des révolutions futures - toujours futures pour eux ! - disent bien qu’il faudra « exproprier », mais en masse. C’est, parbleu, qu’ils peuvent attendre. L’homme qui a faim ne peut pas attendre, lui !

Élevons un peu la question. On peut avoir besoin d’argent, tout en n’ayant pas faim - comme Pini. Devra-t-on, faute d’argent, ne rien entreprendre, renoncer à toute une oeuvre, abandonner une propagande nécessaire ?

Ah ! non, mille fois non ! Il n’y a qu’à imiter les bourgeois qui volent des millions et des milliards. Seulement les anarchistes y mettent plus de crânerie ; Ils n’ont pas le code pour eux !

Voilà ce que nous enseigne la vie de Pini.

Texte anonyme publié dans L’anarchie.