mercredi 17 mars 2010
Il y a ceux qui défendent leur identité de boutique, refusant de voir plus loin que le bout du nez de leur
organisation stérile.
Il y a ceux qui dénigrent telle ou telle action qui serait "ridicule" car pas assez spectaculaire, alors que la force
d’une attaque n’a à voir ni avec la légalité, ni avec la considération de l’Etat et des keufs.
Il y a ceux qui menacent de coups lorsque l’on parle, qui jouent les susceptibles pleins de muscles pour cacher
qu’ils n’ont rien à rétorquer à ce qu’on leur avance.
Il y a ceux qui jouent les flics, cherchant à savoir qui fait quoi, en livrant le menu de leurs enquêtes minables un
peu partout, qui réduisent des envies et des rages diffuses à des noms de groupes, journaux ou individus, fidèles
serviteurs du fichage.
Il y a ceux qui cherchent tant une sorte d’état de pureté qu’ils en viennent à s’enfermer dans leur bulle de
missionnaires, crachant sur ceux qui ne suivent pas absolument leur ligne, rejetant les indécis, ceux qui sont pas
au courant, ceux qui n’ont pas la force... ceux qui ne sont tout simplement pas d’accord.
Il y a ceux qui veulent être reconnus, qui s’efforcent de connaître "tout le monde" et de le faire savoir, qui
maintiennent des relations hypocrites et dénuées d’affinité pour être vus comme ceci ou cela... qui ont raté leur
carrière dans le show biz et tentent de s’incruster dans le Voici militant.
Il y a ceux au contraire, qui veulent "en être", au point d’oublier ce qu’ils sont et ce qu’ils désirent, eux, qui veulent
qu’on les reconnaisse en tant que membres d’une étiquette collective et anesthésiante.
Il y a ceux qui font dans la stratégie, réservant un discours pour les uns et un différent pour les autres, méprisant
tout le monde au final, démocrates un jour, insurrectionnalistes le lendemain, on ne sait trop quoi au final.
Il y a ceux qui font de leur corps un argumentaire, du tour de leurs biceps à la force de leurs pectoraux, qui
lâchent l’affaire pour le crew plus fort quelques années après, pour devenir fafs, "apolitiques" ou bikers...
Il y a ceux qui trainent autour des luttes pour vendre des bières et des t-shirts, tels des vendeurs de merguez du
1er mai, mais avec le crâne rasé de rigueur.
Il y a ceux dont le principal argument politique est : "et toi tu fais quoi ?", ou encore "c’est bien beau de chanter ça
mais après ils font quoi ?", reprenant les questions de la police sans y toucher.
Il y a ceux qui font, de fait, n’importe quoi, dealent avec des gens infâmes, sortent des communiqués abominables,
et qui se sentent une légitimité incroyable du fait qu’ils ont le bon tampon de leur organisation.
Il y a ceux qui sont collés au cul de la gauche, qui pensent comme elle, qui reprennent les blagues et concepts
minables des sociaux démocrates (de Carla Bruni au président "monarchique"), qui ont choisi l’anarchisme comme
ils embrasseraient autre chose. Ils ont fait leur choix sur l’étal des idées, et maintenant, en bons consommateurs,
ils exigent une marchandise acceptable.
Il y a ceux qui se plaisent à relayer les affrontements au quatre coins du monde, d’Algérie en Grèce, en passant
par l’Iran, et qui poussent des cries d’orfraies dès que les mêmes genres d’évènements se déroulent dans leur
propre pays d’Europe de l’Ouest.
Il y a ceux qui aiment dès que c’est "militant" et qui jonglent entre anarchisme, indépendantisme machintruc,
soutien à tous les réprimés mais jamais aux faits qui leur sont reprochés...
Il y a ceux qui glandent dans les "milieux" et qui sont principalement là pour vendre leur beuh, il y a aussi ceux
qui pensent que se droguer et / ou vendre de la drogue est une activité subversive, et c’est insupportable.
Il y a tout ceux là et d’autres, qui sont tellement tristes, et enlaidissent tout, alors qu’il y a des milliers d’espoirs à
saisir quand la nuit tombe et qu’on a au coeur un rêve pas prêt de s’envoler.
Extrait de Même pas Peur N°1.