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Italie : Grève de la faim dans les prisons [MAJ et fin]

dimanche 21 juillet 2019

Aujourd’hui mercredi 29 mai commence une grève de la faim contre les conditions de détention en général et plus particulièrement en solidarité aux détenu.es qui subissent des restrictions supplémentaires comme le 41 bis (régime spécial crée contre les chefs mafieux en 1986 puis élargi au « terrorisme ». Il implique l’isolement 23h par jour, une seule heure par semaine de parloir avec les proches, 4 livres maximum, lettres censurées…) ou le mitard.

Depuis plusieurs années, diverses opérations répressives sont menées par l’État italien contre celles et ceux qui luttent contre toute forme d’autorité avec les motifs de subversion et/ou terrorisme. Ces derniers mois, la répression ne frappe pas aux portes, elle les défonce.

Actuellement, de nombreux compas anarchistes se trouvent au mitard en prison ou sous contrôle judiciaire suite à ces opérations, accusé.es d’avoir commis des attaques contre des tribunaux, des centres d’identification et d’expulsion (équivalent des CRA en France, prisons pour sans papiers), des lignes ferroviaires, des écoles de police, etc.

C’est de là que viennent les dernières nouvelles sur les conditions de détention actuelles et les restrictions auxquelles sont soumises les détenues, en particulier dans la taule de l’Aquila. Les prisonnières elles-mêmes la décrivent comme une tombe.

Les compagnonnes se retrouvent en effet au mitard, dans les vieilles cellules utilisées pour le 41 bis féminin. Réveil à 7h du matin, contrôle au détecteur de métaux à chaque sortie de cellule, fouilles quotidiennes, aucune possibilité d’avoir accès à l’heure, lettres régulièrement bloquées et toujours censurées… Les communications avec l’extérieur, fondamentales pour briser les chaines de l’isolement, sont entravées tout comme les relations sociales entre les détenues.

L’isolement n’est que le reflet le plus laid de la prison ainsi que l’est la prison pour la société.

Quand on décide de ne plus courir derrière la carotte (avec l’insolence supplémentaire de tenter en plus de la voler ou de la détruire jusqu’à ses racines) , c’est le bâton qui se fait sentir de plein fouet.

Alors que l’État criminalise jusqu’à la réalisation d’une banderole ou l’écriture d’un tract, il ne peut y avoir comme réponse au contrôle généralisé qu’un refus de plus. Les attaques, au même titre que les révoltes, contre les personnes et les structures du pouvoir sont autant de possibilités de créer ses propres chemins vers un monde sans domination.

Dans le même temps, au Chili, environ 5000 détenu.es répondent en actes à l’appel lancé mi-mai par une poignée d’autres. Le décret-loi 321, sur les conditions d’accès à la liberté conditionnelle, a été modifié en janvier. Désormais, celle-ci n’est plus un « droit » mais une « récompense », une carotte de plus pour pacifier les cages de l’Etat. Dans différentes prisons, des sections entières font une grève de la faim, perturbent le cours normal de l’incarcération en refusant les visites, les ateliers, le travail, etc.

Les prisons en feu, les matons au milieu …

Quelques infos sur la répression visant les anarchistes en Italie

Alors que 5 compas ont été condamné.es à des peines de prison allant de 5 à 20 dans le cadre de l’opération Scripta Manent (accusés d’attaques incendiaires dans les années 2000 ainsi que de la création et de la participation à une organisation terroriste : la FAI/FRI), 3 compagnons sont toujours en détention provisoire depuis 2017 dans le cadre de l’Opération Panico (accusés notamment d’attaques incendiaires à Florence).

En février, ce sont ouvertes des enquêtes pour « association subversive contre l’ordre démocratique » et terrorisme (le dernier des deux chefs d’inculpation est depuis tombé). Expulsion de l’Asilo Occupato et 6 arrestations à Turin (opération Scintilla), plus d’une quarantaine de perquisitions et 7 arrestations à Trento (opération Renata). Après plusieurs mois de préventive, la plupart des compas sont sortis sous contrôle judiciaire à l’exception de 2 d’entre eux toujours incarcéré.es.

La semaine dernière, dans le cadre de l’opération Prometeo, 3 compas ont été arrêté.es, accusé.es d’attentats avec finalité terroriste contre des personnes, en l’occurrence de l’envoi de colis piégés à deux procureurs de Turin et au chef du département de l’administration pénitentiaire de Rome. Une compagnonne a été arrêtée sur le territoire contrôlé par l’État français et se trouve actuellement détenue à Bordeaux-Gradignan en attente d’une éventuelle extradition.

Quelques jours plus tard, c’est un compagnon en cavale depuis 3 ans qui est arrêté à Brescia pour purger une peine de 6 années. Il est par ailleurs sous le coup d’une enquête pour une attaque explosive contre le siège de la Lega Nord (le parti de Salvini) à Trévise.

Un autre compa a été arrêté avec comme motif d’avoir favorisé sa cavale : « complicité de soustraction à l’exécution d’une peine ».

[Repris d’Indymedia Nantes.]


Déclaration de Silvia et Anna sur le début de la grève de la faim à la prison de L’Aquila

Résultat de recherche d’images pour « dessin »oiseau en cage«  »Il y a quelques minutes, la première audience pour l’occupation de c.so Giulio 45 [l’Asilo, ndt] s’est tenue au tribunal de Turin. Derrière un écran, il y avait aussi Silvia, par vidéoconférence, qui a annoncé le début d’une grève de la faim pour elle et Anna, détenues à L’Aquila.

Cette lutte a pour objectif de contrecarrer les conditions auxquelles elles sont soumises, qui sont comparables au 41 bis, et la fermeture de la section dans laquelle elles sont détenues. Elles ont besoin de toute notre force. En attendant, le rassemblement devant le tribunal continu.

Voici le texte du communiqué lu dans la salle d’audience :

« Depuis près de deux mois, nous sommes enfermées dans la section féminine AS2 de L’Aquila, les conditions de détention, issues d’une réglementation à l’odeur d’un 41bis assoupli, sont désormais connues, ici et à l’extérieur.
Nous sommes convaincues qu’aucune amélioration puisse et ne doit être demandée, non seulement pour des questions objectives et structurelles de la section jaune (ex-41bis) : toute la prison est presque exclusivement destinée au régime 41bis, donc élargir un peu le maillage des règles de la section nous semble de mauvais goût et impraticable vu les circonstances encore plus lourdes vécues à quelques mètres, nous ne pouvons pas ne pas penser à tous ceux et celles qui se battent depuis des années cumulant des blâmes et procès. À cela s’ajoute la tentative maladroite de la DAP [département de l’administration pénitentiaire] pour rentrer dans leurs frais, en créant une section mixte anarchico-islamique, qui se concrétise par une nouvelle interdiction de rencontre dans la section elle-même, avec un isolement qui perdure.
Il y a des conditions d’emprisonnement, communes ou spéciales, encore pires que celles de L’Aquila. Ce n’est pas une bonne raison pour ne pas s’opposer à ce qu’ils imposent ici.
Nous ne mangerons plus de ce pain : le 29 mai, nous entamerons une grève de la faim pour demander le transfert de cette prison et la fermeture de cette section infâme ».

Silvia et Anna

Des mises à jours suivront…

[Traduit de l’italien de Round Robin par Cracher dans la soupe.]


Mises à jour sur la grève de la faim des prisonniers anarchistes pour la fermeture de la section AS2 de l’Aquila

La grève de la faim se poursuit pour la fermeture de la section AS2 de la prison de L’Aquila.

Les prisonniers anarchistes Salvatore Vespertino, Giovanni Ghezzi, Alfredo Cospito, Marco Bisesti, Luca Dolce se sont également joints à la grève.

Dans notre proximité, nous ne publierons ni ne donnerons la moindre place à la collecte de signatures [pétitions], de télégrammes, fax, de bombardements de mails ou autres moyens de pression civiques pour souligner la situation répressive en cours, nous considérons ces moyens non seulement inutiles mais nuisibles, contre-productifs et objectivement ennemis des idées et actions anti-autoritaires qui se développent dans un autre horizon bien lointain.

[Traduit de l’italien de Croce Nera Anarchica par Cracher dans la soupe.]


Déclaration de début de grève de la faim de Giovanni

Depuis le matin du 30 mai j’ai commencé une grève de la faim en solidarité avec les compagnonnes enfermées dans la section AS2 de la prison de l’Aquila, Silvia et Anna, qui depuis des mois vivent des conditions de détention particulièrement restrictives, à savoir une sorte de 41bis assoupli.

Pour le transfert des compagnonnes et la fermeture de la section AS2 de l’Aquila !
Contre le 41bis !

Pour un monde sans prisons !
Pour la liberté !

Giovanni Ghezzi
depuis la prison de Firenze-Sollicciano.

Note. Giovanni a été arrêté en août 2017, et libéré deux jours plus tard faute de preuves. Tout comme Paska, parce que le proc a ensuite demandé le réexamen de la procédure. Il est alors retourné en prison, en avril 2018, il est accusé de tentative de meurtre et association de malfaiteur dans le cadre de l’Opération Panico.

[Traduit de l’italien de Anarhija.info par Cracher dans la soupe.]


Mise à jour sur la situation des prisonnier.es en grève de la faim

Alfredo Cospito, en prison à Ferrare, a perdu 11 kg, plus ou moins, mais puisqu’il était en surpoids avant, il ne va pas mal, mais il perd beaucoup de poids.

Stecco (Luca Dolce) le compagnon détenu dans la même prison à Ferrare, a lui aussi perdu 9 kg.

L’avocat qui a vu Marco Bisesti à la prison d’Alessandria a fait savoir que le compagnon a perdu 9 kg, ce qui fait beaucoup au vu du poid qu’il faisait auparavant.

Ils n’ont pas l’intention de laisser tomber tant que les compagnonnes ne s’arrêtent pas.

La compagnonne Anna Beniamino, à la prison de l’Aquila a aussi perdu quelques kilos de plus depuis le dernier parloir de mercredi dernier.

Aucun des compagnons cités ne prend du sucre. Quant à Alfredo, il dit que ce n’est pas une question de principe, mais de santé, parce que les sucres pourraient lui faire mal, mais il fait savoir que quand il commencera à se sentir mal, il commencera à en prendre.

En revenche, c’est une nouvelle qui date d’il y a quelques jours, Ghespe au septième jour de la grève avait perdu jusqu’à six kilos (atteignant ainsi 61 kg), mais malgré la fatigue physique, il va bien et est déterminé à continuer.

La situation commence à être sérieuse.

Tous/toutes demandent des nouvelles sur les autres compagnons et compagnonnes en grève de la faim.

[Traduit de l’italien de Anarhija.info par [https://cracherdanslasoupe.noblogs.org/?p=8392].]

+ : Ghespe, a interrompu la grève de la faim, le lundi 10 juin, il pesait alors 59 kg. Qui a pu communiquer avec lui mercredi, fait savoir qu’il était déjà un peu mieux, qu’il a recommencé à s’entraîner, il envoie de la force [« forza » litt.] aux compagnons qui continuent la grève.


Mise à jour sur la grève de la faim d’Anna et Silvia

La directrice de la prison de L’Aquila est allée rencontrer les compagnonnes anarchistes en grève de la faim, Anna et Silvia, les informant qu’elle compte faire pression sur l’Administration Pénitentiaire afin qu’elles soient transférées.
On ne sait pas si il s’agit d’une tentative de les leurrer.
Mercredi prochain elles devraient la rencontrer de nouveau.


Prison de Ferrare (Italie) : Des nouvelles de la grève de la faim

Alfredo Cospito, en grève de la faim depuis le 29 mai, en solidarité avec ses compagnonnes Anna et Silvia, a maintenant perdu 15 kilos, mais dit qu’il va bien et qu’il a commencé à prendre du sucre.
Il réitère qu’il ne mettra pas fin à la grève tant que n’auront pas cessé ses deux compagnonnes dans la prison de L’Aquila.

En revanche, Stecco (Luca Dolce), également en grève de la faim depuis le 29 mai, l’a interrompu hier, le 17 juin, ayant perdu trop de kilos.

Tous les compagnons et compagnonnes demandent des nouvelles des autres prisonniers et prisonnières en grève de la faim.


Hier, le 24/06/2019, le prisonnier anarchiste Alfredo Cospito, en grève de la faim à la prison de Ferrare, depuis le 29 mai en solidarité avec ses compagnonnes Anna et Silvia, a mis fin à la grève.

Et toujours hier, 24/06/2019, on apprend qu’on ont été reconfirmés les mesures préventives de Robert et Giuseppe [également incarcérés sous le régime du 41bis (voir plus bas), dans le cadre de l’opération Prometeo, ndt], et qu’ils ont été respectivement transférés à la prison de Terni et d’Alexandrie.

D’autres mises à jour suivront.


Un coup de dés – Communiqué de fin de grève de la faim

Un poète a écrit que la vie est un jeu de dés contre le destin, nous savons que les anarchistes aiment jouer. Nous avons conclu un premier match. Un mois pour tâter le terrain et sentir les limites de la cage, un mois de grève de la faim pour faire comprendre que nous sommes un matériel difficile à mettre en boite.

Au trentième jour, nous la suspendons, avec l’intention de revenir avec plus de force. Le premier bilan positif se trouve dans la solidarité vivante, spontanée, et immédiate à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, qui a soulevé le problème de manière claire et forte.

De l’intérieur : Marco et Alfredo en AS2 [haute surveillance, ndt] à Alessandria et Ferrare ont fait un mois de grève également, auquel s’est ajoutée Natascia à son arrivée à Rebibbia et avec qui nous avons continué une fois arrivée ici, puis d’autres compagnons, Stecco, Ghespe, Giovanni, Madda, Paska et Leo.

De tout près : nous avons entendu les battitures [le battage des barreaux, ndt] dans sections 41bis hommes et femmes de L’Aquila, musique qui brise le silence de cette forteresse de montagne et à laquelle nous avons répondu et nous continuerons à répondre tant quelles dureront en solidarité avec celles et ceux qui subissent depuis années dans leur propre chair ce régime infâme.

De l’extérieur : des actions directes, des incursions informatives, des actes de désordres à travers l’Italie et dans le monde ont agi comme un mégaphone pour quelque chose qui n’est pas un jeu : différenciation carcérale, circuits punitifs, affinement des stratégies répressives, sur un plan anti-anarchiste mais pas seulement. Il n’y a rien que nous ne savions pas et on garde conscience qu’à l’intérieur et à l’extérieur les étincelles prêtes à se propager sont partout, cela nous donne force et détermination.

Ce n’est qu’un début qui, nous espérons que cela ai permis d’introduire de la confiance dans le potentiel et la force que nous portons avec nous, dedans comme dehors

L’Aquila, 28 juin 2019
Silvia, Natascia, Anna.