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Lecce (Italie) : Une université islamique en ville ?

lundi 27 avril 2015

L’ouverture des frontières, les flux d’immigration, la dite mondialisation ont transformé en quelques années notre vie quotidienne, en changeant profondément le visage de nos villes. Parmi de nombreux aspects positifs, inutile de le cacher, il faut compter aussi plusieurs aspects dus à une vie en commun parfois difficile entre civilisations différentes. Les diatribes qui surgissent chaque fois qu’est évoquée l’hypothèse de la construction d’une institution islamique dans la région en sont un exemple. Les polémiques qui ont déjà surgi ailleurs quant à la construction d’une mosquée se déchaînent maintenant à Lecce après la nouvelle qu’un entrepreneur local qui a des gros intérêts au Moyen Orient voudrait fonder une Université Islamique. Que faire ? Rejeter le projet au nom de la lutte contre le fondamentalisme religieux ou bien l’approuver au nom de l’universalité du savoir ?

De droite arrivent des mots de condamnation. L’université islamique est inacceptable, parce que, derrière le paravent de la culture, sont cachés des intérêts troubles. Elle va devenir un repaire de fanatisme, un avant-poste de l’intolérance, un foyer de haine, une école de soumission. En tant que telle, sa construction ne doit pas être encouragée, mais contestée, bloquée, boycottée, combattue. En dépit de notre hostilité pour le raffut réactionnaire, nous sommes ici obligés de le reconnaître : LA DROITE A RAISON !
De gauche arrivent des mots d’approbation. Un cours de licence islamique est un cours de licence, qui mérite d’être considéré comme tous les autres cours de licence. On ne peut pas faire des divisions odieuses entre des étudiants de série A (ceux qui croient seulement en l’État, ou aussi en Dieu) et des étudiants de série B (ceux qui croient et en Allah et en l’État), parce que cela serait une politique raciste. En dépit de notre hostilité envers la racaille progressiste, nous sommes ici obligés de le reconnaître : LA GAUCHE A RAISON !

Bref, sur ce problème qui divise les esprits à ce point, droite et gauche ont raison toutes les deux. Les universités islamiques sont en effet des lieux nuisibles pour le bonheur, la liberté et la dignité humaine, mais elles ne doivent pas être considérées différemment des universités catholiques ou laïques, publiques ou privées. Il y a donc une seule possibilité. TOUTES LES INSTITUTIONS CULTURELLES - ÉCOLES DE DOMESTICATION – QU’ELLES SOIENT SACRÉES OU PROFANES, DOIVENT ÊTRE FERMÉES.

Laïques, chrétiens, musulmans, juifs… ne doivent plus disposer de lieux publics ou privés où transmettre les germes de l’autoritarisme et de l’obéissance, qui au fil de l’histoire se sont révélés capables de légitimer l’exploitation matérielle et l’abrutissement spirituel, périodiquement renforcés par des épidémies de guerres saintes et croisades. La culture, si elle n’est pas synonyme de libre pensée, une conquête individuelle, une condition d’autonomie, est une soumission à une raison d’État ou à une foi en Dieu. Un être humain penché sur un banc d’école, en train d’apprendre comment occuper une place importante dans ce monde de marchandises et de lois, de prostitution sociale et de résignation, est une aberration qui ne doit pas nous blesser les yeux, nous brouiller l’esprit, nous souiller le cœur. Nous voulons donc affirmer ici notre refus de la construction de toute institution (politique, religieuse, culturelle…), tout en précisant que ce refus doit nécessairement s’accompagner de la démolition de celles qui existent déjà. C’est seulement de cette manière qu’on n’attisera pas d’obscurantismes cruels, seulement de cette manière qu’on ne tombera pas dans des discriminations racistes !

[Traduit de l’italien par nos soins de Brecce, n°2, avril 2015, Lecce, Italie.]