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« J’ai vu le futur, et ça fonctionne. » – Questions critiques pour les partisans de la révolution au Rojava

vendredi 3 avril 2015

L’histoire des luttes de classe foisonne d’une multitude d’impostures ; une des dernières en date, après l’imposture sandiniste au Nicaragua, étant celle qui sévit depuis une vingtaine d’années et qui agite le bocal du petit milieu gauchiste et altermondialiste en mal d’exotisme, nous voulons parler de l’imposture zapatiste au Chiapas. D’autres impostures très célèbres jalonnent notre histoire, impostures creusées dans notre chair, la chair de nos frères et sœurs révolutionnaires qui sont tombés sous les coups des exploiteurs et de leurs sbires, impostures édifiées sur la répression de nos mouvements de lutte, de nos tentatives d’abolition de l’état des choses existant, de l’ordre actuel, de l’ordre capitaliste.

Ils n’étaient en effet pas lourds dans les années 1920 à dénoncer l’imposture du « paradis socialiste », le mythe de la « patrie du prolétariat », le « mensonge déconcertant » du « socialisme dans un seul pays », de « l’avenir radieux » et de « la société harmonieuse » ; il y eut peu d’Otto Rühle et de KAPD pour dénoncer toute cette mascarade. C’est par convois entiers que d’imposantes délégations d’intellectuels, de journalistes, de cadres militants, de syndicalistes débarquèrent en URSS pour voir de leurs yeux vus toute cette « beauté », puis repartirent chanter les louanges de ce nouveau « régime révolutionnaire ».

Puis ce furent la Chine, l’Albanie, le Vietnam, Cuba… qui servirent de modèle à des générations d’idiots utiles qui crurent qu’un simple ravalement de façade en rouge suffirait à faire disparaître la misère et l’exploitation. Il n’y a pas de pire aveugle, de pire sourd que celui qui ne veut pas voir, ne pas entendre. Il n’y a pas de pire social-démocrate, et donc de partisan de l’ordre capitaliste, que celui qui considère de simples réformes (toutes « radicales » qu’elles puissent apparaître) comme l’essence d’un processus révolutionnaire qui devra en fait transformer la société et l’être humain de fond en comble sur les ruines du monde ancien, du monde de la valeur, de la marchandise, du travail salarié et de l’argent.

Si nous mettons l’accent sur toutes ces impostures qui ont vidé la substance subversive des mouvements réels de lutte de notre classe, nous tenons évidemment à ne pas amalgamer ces derniers avec les structurations idéologiques qui parlent en leur nom, qui prétendent les représenter, mais qui en dernière instance n’ont d’autre souci que de les encadrer, de les récupérer et donc de les liquider. Nous ne confondons pas le mouvement social connu sous le nom de la « Commune de Paris » et le gouvernement qui prit le même nom, nous ne confondons pas non plus le processus révolutionnaire qui se développa durant la vague de lutte des années 1917-21 en Russie, en Ukraine, en Allemagne, en Hongrie, etc. avec les différents partis et syndicats sociale-démocrates, libertaires, bolcheviks ou autres, bref tous ces partis bourgeois à destination du prolétariat, qui n’ont eu de cesse que de renforcer et d’élargir les limites et les faiblesses de nos luttes. De la même façon, et sans pour autant considérer toutes ces luttes de notre classe comme étant d’une importance égale et comparable, nous ne confondons pas l’EZLN avec la lutte des prolétaires agricoles au Mexique, ni le PKK/PYD avec la lutte au Kurdistan.

Nous présentons donc ici trois textes qui participent de ce processus de rupture d’avec la vision romantique de la « campagne de solidarité » envers la « Révolution au Rojava » :

  • « J’ai vu le futur, et ça fonctionne. » – Questions critiques pour les partisans de la révolution au Rojava : il s’agit d’un texte publié initialement sur le blog de Libcom, et qui aborde succinctement quelques questions essentielles comme la place des femmes, le rôle de la police, les rapports de travail salarié, la religion, les alliances stratégiques, la finalité révolutionnaire ;
  • PKK, Confédéralisme Démocratique et Absurdités – Juraj Katalenac : il s’agit d’un texte publié par des militants qui s’expriment essentiellement en croate et ont donné à leur structure le nom de Svjetska Revolucija (« Révolution mondiale ») – nous avons traduit ces deux textes en français et en tchèque ;
  • Kurdistan ? : ce texte co-écrit par Gilles Dauvé aborde également des questions essentielles telles que l’armement, le nationalisme, la vie quotidienne, la structure sociale, les milices et le rôle des femmes, l’enthousiasme des milieux libertaires, la critique de l’Etat, etc. – nous avons aussi assumé la traduction tchèque de ce texte.

[Repris de Třídní Válka.]