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La Spezia (Italie) : Mise à jour et lettre de Paska (prisonnier de l’op. Panico)

jeudi 31 janvier 2019

[La présente lettre a été écrit par Paska le 11/11, et censurée plusieurs fois, les compagnons ont pu la faire tourner seulement il y a peu. Paska a arrêté sa grève de la faim le 24/11 et se trouve toujours actuellement à la prison de la Spezia.]

« Je confirme ce qui a été dit, mais je veux un médecin adéquat pour ce qui m’est arrivé. Quand je suis sorti de la cellule, il est vrai que j’ai poussé l’agent qui était présent à l’étage. Puis je suis descendu à l’entrée et j’ai poussé l’autre agent qui m’attendait et faisait partie de l’escorte. Je déclare cependant que peu de temps après, j’ai été attaqué par plus de dix officiers, avec des gifles et des coups de poing ; ils m’ont jeté à terre et j’ai reçu des coups de poing et des gifles, des coups de pied dans la tête, dans le dos, sur le ventre, sur les jambes gauche et droite et sur la main gauche. Et quand je me suis levé, j’ai eu des gifles jusqu’à ce qu’ils me menottent. Pendant le temps où j’ai été battu, j’ai été offensé et fortement menacé ».

Compte tenu de ce qui se dégage des faits, et en particulier des certificats de santé OÙ IL N’APPARAÎT RIEN DE CE QU’À DÉCLARÉ LE DÉTENU, en tenant compte de la gravité de l’épisode, le collège applique la sanction de 15 jours d’exclusion des activités collectives.

C’est ce que j’ai déclaré au conseil de discipline qui s’est tenu le vendredi 9 novembre à la suite des incidents survenus en prison avant le procès du 8/11.

Mais il serait bon et approprié de raconter tout ce qui s’est passé depuis un mois et demi. Le 2 octobre au matin, je quitte la prison de Teramo pour Lecce et arrive vers 16 heures en prison. Le temps de la paperasserie, je peux prendre une douche rapidement et c’est déjà l’heure de fermeture. Le lendemain, en attendant d’aller en procès, je demande à aller en promenade, mais la réponse est non, car « tu es en isolement ». La raison ne s’expliquera que deux heures plus tard. Peu de temps après, je vais au procès et au retour, ils ne me font pas entrer dans la section pour récupérer mes affaires, car les gardes l’ont déjà fait. Je reste écroué et je dois préparer les sacs à dos pour l’avion si je veux aller en procès à Florence. De cette manière, lorsque les compagnonnes et compagnons seront là l’après-midi pour faire un rassemblement sous la prison de Lecce, je m’envolerai déjà pour Gênes.

À contrecœur, je dois laisser quelques objets comme des poêles-casseroles-livres-cd-brochures, car je ne peux pas emporter plus de deux sacs à dos, je privilégie donc les vêtements-draps-couvertures-documents et certains livres (plus le moka [la petite cafetière italienne, Ndt] et le réchaud), fondamentaux en prison 🙂

Donc le 3 octobre à 13 heures, je vais de Lecce à Brindisi, où je prends deux avions (Brindisi-Rome et Rome-Gênes), puis vais de Gênes à La Spezia avec des véhicules blindés. À 21h, j’arrive à La Spezia et je m’endors, habillé, je n’amène même pas mes vêtements à l’intérieur et je décide de tout prendre le lendemain, car trop fatigué.

4 octobre, 8h du matin : perquisition dans ma chambre ; entre autres le 2 au soir à Lecce sous le matelas, j’ai trouvé une lame artisanale que j’ai fait disparaitre et, heureusement, puisque le lendemain, les gardes me faisaient mon sac… coïncidence ? Dans tous les cas, mieux vaut prévenir que guérir.

Le 6 octobre, ils m’ont laissé monter dans la section, me plaçant en cellule avec un gars avec qui, visiblement, je pourrais tout de suite avoir des problèmes, mais en réalité, nous n’avons pas donné satisfaction aux gardes et nous nous sommes adaptés aux exigences carcérales.

Le 9, je vais au procès, premiers griefs et insultes réciproques avec l’escorte qui a les moyens de faire un peu les beaufs à gros cylindre au volant. Je laisse passer. A partir du 10 ou 11, je ne me souviens plus du jour exact, des problèmes commencent à se faire sentir : les gardes doivent avertir le premier étage avant de me laisser passer parce que le directeur et le commandant, sur des “ordres d’en haut », nous donne l’interdiction de se rencontrer à moi et un autre détenu à La Spezia.

Je commence à ne presque plus supporter la situation, mais la goutte qui fait déborder la vase tombe le 18 : je retourne de nouveau en procès et, en plus de devoir m’asseoir à 300 km, menotté, l’escorte commence à « imiter » les personnages de Fast & Furious. Dès leur arrivée à La Spezia, au retour du procès, ils commencent à allumer des sirènes, à bruler les feux de circulation, à tirer des freins à main, à insulter et à menacer les automobilistes pour passer risquant des accidents, et à faire des dérapages… et à traverser un passage souterrain à 80 l’heure, et à l’arrivée, parce que cela a été d’une traite, je me cogne la tête, je fais tomber mes lunettes et frappe très fort avec les menottes sur le côté, ce qui me fait encore mal.

Je monte en section très en colère, le lendemain je demande une consultation mais évidemment on ne rend compte de rien, je dis que je dois parler à la directrice et au commandant, et que cela accélère les procédures d’envoi de la demande de transfert (officiellement lancé le 23) ; ils savent déjà très bien que si je dois partir de La Spezia pour le prochain procès, je ne leur faciliterai pas la tâche, mais ils ne donnent pas d’importance à mes propos.

Le 26 octobre, une feuille arrive du DAP [services administratifs de la pénitentiaire, Ndt] que je recevrai le 30 où en substance ils déclarent qu’ils me refusent le transfert : réponse logiquement déjà toute prête, sans même avoir lu la demande, puisqu’un rejet en si peu de jours est un record ! Situation de nervosité, insultes mutuelles avec les gardes, et même si je sais que cela ne va peut-être pas aider, je déclare l’incompatibilité avec le corps de la police pénitentiaire de La Spezia.

Je voulais déjà entamer la grève de la faim le 31/10 mais j’attends le lundi 5 novembre, car pendant les vacances ça ne sert pas à grand chose, je demande à parler à la directrice, on me dit que demain matin, elle m’appellera. La mâtiné suivante, rien, je refuse donc de retourner en cellule de 12 à 13 h, puis je vais en promenade et même là, je refuse de rentrer. Au bout d’une demi-heure (vers 14h30), la directrice et le commandant m’appellent. Je répète toutes les problématiques qui m’empêchent d’aller au procès avec l’escorte de La Spezia, l’incompatibilité avec les gardes à plus de 500 km de la famille et à 150 km du procès et qu’ils savent très bien que si je ne pars pas le 8, il se passera quelque chose. Ils répondent qu’ils reçoivent et exécutent les ordres du DAP et que j’assumerai toutes les responsabilités de ce que je vais faire. Je réponds que j’accepterai sûrement tout, mais il suffit qu’ils viennent sur moi un à un et non 10 contre 1.

Bien : le 8/11 il se passe ce que j’ai écrit au début du texte ; après m’avoir menotté et continué à me frapper, ils appellent le médecin pour lui demander si je pouvais aller en procès et lui aussi, effrayé de voir la situation, voit les bosses et les ecchymoses (mais ne les écrira pas) et me demande « Voulez-vous y aller ? » ». Et je dis oui, également parce que j’avais préparé une déclaration à lire dans la salle d’audience, que j’aurais alors changée en ajoutant qu’ils m’avaient battue en prison avant le procès ; déclaration assez soft sur laquelle je voulais mettre l’accent pour demander le transfert.

Au tribunal, le juge ne m’a pas laissé lire cet écrit indiquant que le siège n’était pas adéquat, mais je réussis à faire passer aux autres dans la salle que les gardes m’ont tabassée et que je fais une grève de la faim depuis 4 jours. Alors ils me chassent de la salle d’audience et un gardien zélé, qui m’a giflé jusqu’à la fin, me met les menottes très serrées jusqu’à ce que mes poignets deviennent violets et que je manque de peu de m’évanouir. Ils me conduisent dans les cellules et au bout d’un moment, ils me font revenir, même si nous ne sommes que les trois accusés, ainsi que des avocats, des juges et des policiers, et je dis aux deux autres que je resterais pour montrer à l’avocat les signes sur le corps retourner le plus tard possible à La Spezia, prévoyant une autre raclée au retour. Ce n’a pas été le cas, même s’il y avait 5 ou 6 gros gardes pour m’emmenaient en consultation pour la grève de la faim. J’essaie de faire noter les signes évidents [des violences, Ndt], mais rien n’est indiqué. Pour les deux prochains jours, je vais essayer à nouveau de les signaler mais « je ne peux pas écrire des choses qui ne se voient pas » [déclare le médecin, Ndt]. Après la consultation, ils m’ont replacé dans la cellule 1 du rez-de-chaussée, la même que celle où j’ai dormi la première nuit ici à La Spezia. Le régime est fermé, mes affaires sont déjà préparées par les gardes. Le lendemain, au moins, ils me font récupérer le reste de mes affaires et me font un conseil de discipline me donnant 15 jours d’isolement.

C’est ce qui m’a poussé à pousser les gardes c’est mon vécu à La Spezia : rien d’anormal, les gardes qui vous provoquent en faisant leur travail et qui te défoncent au sol à coups de pied et de poing dans la tête et dos, la directrice qui couvre les coups grâce à la complicité de médecins (sur 4 visites avec 3 médecins différents, une peut-être la deuxième fois qu’il m’a vu écrire les endroits qui me font mal), et les gardes qui vous menacent de vous dénoncer pour diffamation , avec le juge qui ne vous laisse pas faire de déclaration et vous chasse hors de la salle d’audience.

Tout cela dans la norme. C’est pour cela que je ne me trouve pas dans la normalité de la société qui justifie l’autorité, abus sur abus, et les couvre. C’est la raison pour laquelle je poursuivrai la grève de la faim aussi longtemps que je le pourrai, tout en continuant de demander le transfert dans une autre prison, étant donné que si pour De Andrè [chanteur Italien, Ndt] le même air que celui d’un gardien de prison, ne peut pas se respirer à l’heure de la liberté, je veux vraiment éviter de le partager avec les gardes qui m’ont battu ici, avec les médecins aveugles et complices, le commandant qui justifie ses hommes en disant que j’invente tout et la directrice qui cache la merde sous un tapis de faussetés.

TOUJOURS LA TÊTE HAUTE

Paska.

PS. Grève de la faim : poids initial 5/11 : 108,4 kg ; poids 11/11 jour : 101,8 kg.

NB. Écrit le 11/11 et envoyé au moins deux fois. Réécrit le 30/12.

[Traduit de l’italien de Round Robin par Cracher dans la soupe.]