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Lettre de Gabriel Pombo Da Silva depuis la prison d’Aachen à propos de la mort de Mauri...

L’offensive n’oublie pas...

lundi 14 décembre 2009

La lecture du livre qui vient de sortir au Chili : Mauri ... l’offensive ne t’oublie pas, m’a plongé en moi-même et dans une réflexion sur les idées, les sentiments et l’existence de ce compagnon tombé au combat le 22 mai dernier, ainsi que de celles et ceux qui l’ont connu personnellement. Les prétendues « contradictions » qui émanent de sa pensée et de son existence ne sont que la conséquence et le reflet de son évolution individuelle, de son envie et de sa soif d’apprendre et de trouver des réponses. Cette recherche lui a permis de s’interpréter, de même que ce qui l’entourait (au niveau politique, social, philosophique, historique) et de se doter d’outils théoriques pour combattre le système de domination et la société spectaculaire...


Dans la bande dessinée qu’il a esquissée il y a des années, on voit son « Acratin » lire Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Proudhon, Reclus et tenter de nous expliquer « quelque peu » l’Anarchie ... Citant Elisée Reclus, il écrit : « l’Anarchie, ce n’est pas le désordre, mais la plus haute expression de l’ordre » ... Je suppose que c’était la phase, l’époque où il croyait au collectivisme et au communisme libertaire ... Ensuite, il est entré en contact avec les idées de Ted Kaczynsky, Max Stirner, Severino etc, etc ... et il s’est défini comme « individualiste » ....

Nous découvrons (et déchiffrons) en somme un « esprit curieux » et en quête permanente ... Un esprit « éclectique » au sens positif du terme, c’est à dire d’une richesse intérieure qui débouche forcément sur une hétérodoxie difficile à qualifier ... Ce processus de maturation se reflète dans son parcours ; dans ses paroles de chanson, ses lettres, ses ébauches de textes, ses conversations et, bien sûr, dans toute sa vie... Il n’a probablement pas eu l’occasion de connaître Ricardo Mella - un anarchiste galicien que « l’Eglise Orthodoxe Anarchiste » appelle « individualiste », alors qu’il préférait se dire « anarchiste tout court » - , mais je suis sûr qu’il l’aurait aimé, particulièrement parce que cet anarchiste sans qualificatif a dit : « ce n’est pas en parlant, que l’on convaint les huîtres » ...

Nous sommes nombreux, les anarchistes, à penser que l’exemple de ce que nous voulons et désirons se trouve d’abord en nous-mêmes ... Que le seul lien qui ne soit pas mystifié se nomme « affinité » et que l’organisation informelle est la meilleure manière de nous renforcer et de nous développer en tant qu’individualités - et par extension collectivement
- , de manière libre et égalitaire. Car c’est précisément ce dont il s’agit : de liberté et d’égalité, d’horizontalité et de solidarité. La démocratie nous permet d’être « libres » (des consommateurs libres, des électeurs libres, libres selon ses valeurs), mais pas égaux. Les nomenclatures, elles, nous permettent d’être « égaux » (égaux dans la pauvreté, égaux en obligations, égaux ...), mais sans liberté ... A moins que ce ne soit le contraire ? A moins que ce ne revienne au même ... En tous cas, dictature capitaliste ou capitalisme d’Etat, ces systèmes reposent sur la délégation des responsabilités et sur l’autorité qui organise la société de haut en bas ...

La rébellion, comme la révolution, ne demande d’autorisation à personne ; c’est un choix conscient qui s’exerce quand l’existant qui nous opprime de tant de manières nous écœure jusqu’à la nausée... Et elle respecte encore moins les lois et les petits scribouillards législateurs qui ont pour fonction de favoriser ceux qui ont les moyens. Parler de rébellion amène implicitement à la question de la répression ... Parler de répression comme s’il s’agissait d’un « fait divers », revient en quelque sorte à considérer la révolte et la résistance comme une erreur, un accident ou pire, comme une « tare »...

Pourtant, c’est ce désir ardent, cette aspiration vers la liberté et l’égalité qui guide nos pas et rend notre imagination féconde, traversant océans et continents... Le compagnon Axel Osorio a raison, quand il écrit : « N’importe quel engin peut être désactivé, mais pas notre volonté. Les câbles qui déclenchent notre haine, notre action, notre amour de la liberté, ces conducteurs, ils ne parviendront jamais à les couper. Notre mépris du pouvoir ne peut être ni réformé, ni corrigé ». Si les oppresseurs craignent quelque chose, ce n’est certainement pas nos engins artisanaux (en fin de compte, ils nous surpassent sur ce terrain), mais les idées qui nous déterminent à rompre avec le statu quo, l’amour qui nous pousse à dépasser n’importe quel obstacle et danger, nous rendant téméraires... Ils craignent que les peurs qu’ils nous vendent cessent d’être effectives et réelles et que commencent alors nos attaques pour déconstruire leur Système de merde...

Enfin... la lecture de ce livre en mémoire de Mauri a éveillé en moi de nombreuses idées, réflexions et sentiments... Et j’aimerais contribuer à continuer à le rappeler avec quelques journées de lutte internationale, dans la mesure de nos possibilités... sans oublier la situation des compagnons chiliens en Argentine... Étant donnée la dispersion géographique et carcérale, une grève de la faim symbolique est la seule manière de nous rencontrer entre prisonniers et compagnons anti-autoritaires... Espérons que l’offensive contre l’Etat, le Capital et leurs sbires soit contagieuse et virulente ...

Une accolade aux compagnes et compagnons enfermés à Alessandria (et dans le reste de l’Italie), en Argentine, au Chili, en Grèce et partout dans le monde... A Marco Camenisch en Suisse (avec le désir que nous unissions nos efforts pour sa libération immédiate). Et bien sûr aux individualités et groupes d’affinités qui nous apportent tant de tendresse et de solidarité par leur présence inébranlable.

Pour l’Anarchie !

Gabriel Pombo Da Silva.