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Lettre ouverte aux manifestants « pro-palestiniens »

mercredi 30 juillet 2014

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Certains d’entre vous sont des habitués, des gauchistes aguerris, politiciens en herbe ou expérimentés, surfant sur une vague qui finira forcément par vous dépasser, qui vous dépasse déjà largement à vrai dire, comme cela arrive toujours aux idiots utiles. D’autres étaient là par hasard ou presque, par le bouche à oreille, avec une cause tellement instrumentalisée par les divers leaders d’opinions que vous vous seriez sentis coupables de ne pas faire votre BA pour les « victimes » comme d’autres donnent quelques euros à la Croix-Rouge, au curé, au rabbin ou à l’imam. Des manifs pleines de drapeaux nationaux, de slogans nationalistes, racistes, aux cris d’Allahu akbar, avec des dieudonnistes armés de leurs ananas et des fous de dieu prêts à tous vous sacrifier dès que leur dieu leur ordonnera.


Chauffés à blanc par les provocations des petits nervis de l’extrême-droite juive de la LDJ, vous êtes allés manifester, drapeaux palestiniens et pancartes à la main, à Barbes, à Sarcelles et ailleurs, contre la nouvelle offensive israélienne à Gaza. Vous êtes contre « l’injustice » et pour les « victimes ». Mais où étiez-vous lorsqu’à Barbes toujours, la police raflait en masse des sans-papiers pour en expulser quelques-uns et apprendre la peur à tous ? Où étiez-vous lorsque la France bombardait Cote d’Ivoire, Libye ou Centrafrique ? Vous dites que vous n’aimez pas que l’on assassine des enfants, car les enfants sont innocents, alors où étiez-vous lorsque l’État qui VOUS gouverne assassinait les enfants de ces pays ? Y a-t-il selon vous des enfants qui ont plus de valeur que d’autres ? La vie d’un enfant palestinien vaut-elle pour vous plus que celle d’un afghan, d’un congolais, d’un birman, ou d’un israélien ? On ne vous a pas vu vous révolter contre la gentrification dans votre quartier, qui petit à petit est en train de nous foutre à la porte, avec le sourire, on ne vous a pas vu vous révolter lorsque la police nationale française (elle aussi force d’occupation) assassinait ou harcelait au quotidien, on ne vous a pas vu lutter contre les prisons et les centres de rétention qui servent à se débarrasser des pauvres, contre les patrons qui vous exploitent, contre le terrorisme d’État. C’est moins exotique, pour sûr, ça n’a jamais été à la mode et on connaît tout ça déjà trop bien. Mais si c’est l’exotisme que vous recherchez, allez au cinéma, ou prenez un billet pour le Caire et passez la frontière. Si c’est votre révolte que vous désirez exprimer, alors exprimez la au moins contre vos oppresseurs directs, ici et maintenant.

Si vous manifestez si nombreux pour le « peuple » palestinien (un peuple et une nationalité inventée en même temps que le « peuple » israélien et son État), c’est peut-être en tant qu’arabes ? Mais en quoi un arabe de France est-il plus concerné par la situation gazaouie à l’autre bout du monde que par les assassinats de la police française au coin de sa rue ? Ou alors en tant que musulmans ? Mais quel rapport entre votre religion et le conflit territorial et nationaliste israélo-palestinien ? Peut-être est-ce par internationalisme ? Alors cessez de défendre une nation et un « peuple ». Peut-être réagissez-vous en tant qu’êtres humains, ou au nom de la « justice universelle » ? C’est probablement moins pire, mais alors, pourquoi ne réagissez-vous pas lorsque l’on massacre des prisonniers à quelques centaines de mètres de chez vous, lorsque des roms sont expulsés violemment et que le feu est mis à leur campement de fortune avec la complicité directe du pouvoir, lorsque l’on massacre des femmes au Nigeria, lorsqu’une ethnie en massacre une autre au Rwanda ou en Birmanie, lorsque les milices patronales tirent sur les foules de grévistes en Afrique du Sud ou au Bangladesh ? Pourquoi les centaines de milliers de morts, les inconcevables cruautés perpétrées au Darfour ne vous jettent-elles pas dans les rues de Barbes, de Sarcelles et d’ailleurs ? Plus simplement, pourquoi ne réagissez-vous pas lorsque les flics, les patrons et les politiciens de toute origine vous exploitent, vous volent et vous répriment, ici et maintenant ? Et pourquoi êtes-vous prêts, sous prétexte d’une cause commune, à manifester avec vos ennemis : les politiciens, les religieux et les petits patrons, l’offensive israélienne vous a-t-elle fait oublier que vous étiez des pauvres à qui les riches faisaient la guerre, à coup d’agents immobiliers, de flics et de juges ?

Imaginons un instant que cesse le colonialisme israélien et que la guerre israélo-palestinienne se solde finalement par une victoire des autorités palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie. Les palestiniens pourraient enfin avoir leur siège à l’ONU, leur propre État souverain, avec ses flics palestiniens, ses juges palestiniens, ses prisons palestiniennes, ses diplomates palestiniens, ses patrons palestiniens etc. (et c’est déjà en partie le cas), cela vous rendrait-il plus heureux, plus libres ? Cela rendrait-il les palestiniens plus heureux et plus libres ? Ce monde de matons, de flics et de fric vous apparaîtrait-il enfin vivable ?

La plupart des palestiniens et israéliens que nous avons rencontrés au proche-orient ne désirent qu’une chose, vivre en paix, loin des bombes et des militaires, et ils haïssent « leurs » gouvernements. Ils vivent dans le rêve de pouvoir vivre sans la terreur d’une frappe « chirurgicale » ou d’une roquette au dessus de leurs têtes et de celles de ceux qu’ils aiment. La plupart des palestiniens et israéliens que nous avons rencontrés au proche-orient sont résignés à vivre ainsi, puisque cela fait plus de 50 ans que ça dure. La plupart des palestiniens et israéliens que nous avons rencontrés au proche-orient aimeraient bien que vous les laissiez tranquille, vous aussi, qui prenez ce conflit que vous ne comprenez pas en otage pour servir des buts politiciens et religieux à l’autre bout du monde, ou tout simplement pour vous amuser un peu en manifestant. Mais est-ce vraiment là la meilleure occasion pour s’amuser, alors que des racistes et des fanatiques s’en donnent à cœur joie pour vous récupérer et servir leurs propres agendas politiques sur votre dos ?

Et les quelques sarcellois qui se sont réveillés un matin du lundi 21 juillet, qu’avaient-ils fait pour que leurs boutiques soient brûlées ? Ils étaient juifs ? La belle affaire… Quelle responsabilité, quel rapport entre eux et la politique israélienne ? La plupart d’entre eux, comme vous, ne connaissent rien à ce conflit et n’ont aucun rapport avec ces deux États. Si vous vous attaquez aux religieux ou aux nationalistes, alors attaquez vous à tous et brûlez tous les drapeaux, ou aucun. Mais nous en avons assez du racisme qui s’exprime dans vos rangs, et de la confusion que vous contribuez à renforcer au service du pouvoir. Que les pauvres se fassent la guerre entre eux, cela l’arrange bien. Que les pauvres se préoccupent de leurs petites identités fragmentées, de leurs petits drapeaux, leurs petits bouts de trottoirs, leurs communautés-prisons, cela arrange tout autant le pouvoir.

Alors, chers camarades, entre guerre civile et guerre sociale, il vous faudra choisir votre camp. Et celui de la guerre sociale ne s’intéresse pas à votre couleur de peau ou à votre identité imaginaire et préfabriquée. Si nous sommes tous révoltés par cette guerre qui semble ne jamais pouvoir s’arrêter, il faut nous poser la question de ce que nous pourrions faire pour l’empêcher, de là où nous sommes, avec nos faibles moyens. Brûler une épicerie cacher, et laisser les profiteurs jouir du racisme entre pauvres et de nos divisions, ou alors attaquer l’État et ses tentacules, tous les États, pour que plus jamais ils ne puissent se faire la guerre entre eux en se servant de nous comme chair à canon ?

Ni Israël, ni Palestine, ni France !
Pour un monde sans États, ni drapeaux, ni frontières, ni patries ni nations.

Des anarchistes.

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Lettre ouverte aux manifestants « pro-palestiniens »