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Marchands d’hommes

Par André Prudhommeaux (décembre 1935)

mardi 22 mai 2018

Lorsqu’on a motorisé les transports, les chevaux ont été envoyés à l’équarrisseur. C’est exactement de la même façon qu’on "utilise" les chômeurs rejetés de l’industrie capitaliste.


En France existent des milliers de réfugiés allemands et sarrois. Nous avons signalé en son temps l’initiative du nommé Max Braun, ex-führer du Parti Socialiste Sarrois et du Front de la Liberté. Ayant juré solennellement de partager le sort de ses compatriotes et de mourir à son poste de combat, il s’est enfui 48 heures après, et a commencé à recruter parmi les réfugiés de la viande de boucherie pour la Légion Étrangère, au moyen d’une officine subventionnée par le gouvernement français. Cette officine se nomme "Légion de la Liberté". On y achète des hommes pour les chevillards du grand État-major français.

En Belgique, une intense propagande pour l’armée du Négus est faite avec l’appui des pouvoirs publics, parmi les mineurs borains, les chômeurs, les jeunes gens sans ressources. Des milliers de volontaires ont déjà été expédiés par les marchands d’hommes en direction de Djibouti, et on espère bien ne plus jamais les revoir en Europe.

En Italie, c’est toute la fleur d’une génération qui est racolée de gré ou de force pour les charniers d’Abyssinie. Et là aussi, on est à peu près sûr de ne plus avoir à payer de secours ou d’allocations de chômage à ceux qui mettent le pied sur les bateaux en partance. Le climat, la guerre, la fatigue, la soif et les épidémies auront vite raison des "excédents" de la population italienne.

Cette méthode n’est d’ailleurs pas nouvelle. Les marchands carthaginois s’en servirent pour se débarrasser, sans les payer, de leur armée de mercenaires. Qu’on relise dans "Salammbô", de Flaubert, les scènes atroces du "Défilé de la Hache", où cette armée africaine fut murée vivante par les soins de ses propres chefs, et on aura une image approximative de la situation faite par Mussolini à ses hommes, qu’il s’agisse de soldats mobilisés ou de travailleurs auxiliaires.

Un journal fasciste qui parait à Asmara, Il Quotidiano Eritreo, publiait le 28 juillet la lettre d’un chef de groupe du chantier Moncullo (sic), dont l’exemple, disait le journal, "serait suffisant pour démontrer au monde entier que l’ouvrier italien sait souffrir et mourir".

Ce chantier, dénommé "Vallée de la mort", écrivait ledit chef de groupe, est dirigé par des chefs qui "font tout pour rendre moins désastreuses les conditions de vie des ouvriers."

Cela n’empêche pas les hommes d’y crever comme des mouches par une température de 45°.

A tout régime de compression sociale, il faut une soupape de sûreté. La France a le Maroc ; le Japon a la Mandchourie ; la Russie, les steppes Sibériennes. Pourquoi l’Italie n’aurait-elle pas, elle aussi, sa colonie de dépeuplement ?

André Prudhommeaux.
In Terre Libre n°20, décembre 1935.