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Notre-Dame-des-Landes : Bref retour sur la ZAD

mardi 13 février 2018

ce samedi 10 février avait lieu une manifestation à la zad de Notre-Dame-des-Landes, sur fond de fête de la victoire. Entre-temps, des tensions existantes depuis le début de cette lutte entre des tendances ne partageant pas les mêmes intérêts et les mêmes positions ont ressurgi. L’enjeu pour moi était d’aller là-bas me rendre compte de la situation, particulièrement par rapport à la normalisation qui semble être portée par les composantes les plus institutionnelles (ACIPA, Copains, naturalistes en lutte etc) ainsi que par une frange des occupants et occupantes de la zone, notamment autour du CMDO (Comité pour le Maintien Des Occupations) qui est largement tenu par des appelistes.


Dès 11h, un rencart était filé par les gens pour discuter autour de cette situation, qualifiée de logiques de prise de pouvoir. Un "infokiosque des perdants" accueille les gens, tandis qu’un chantier pour reconstruire la cabane du Lama fâché démontée par une partie du mouvement pour libérer la fameuse route des chicanes se met en place. A 14h30, une discussion rassemblant environ 200 personnes dont une quinzaine d’occupants et d’occupantes a eu lieu ensuite à la wardine, autour des logiques de composition et de prises de pouvoir - ces logiques qui polluent sans cesse nos luttes.

Au niveau de la situation, la prise de pouvoir des tendances les plus institutionnelles et de certains occupants et certaines occupantes ne fait aucun doute. Les chefferies se mettent d’accord à côté des assemblées et viennent imposer leurs décisions dans ces espaces, qu’une partie des occupants et occupantes ont quitté depuis un moment, écœuré par ces logiques. Il faut ajouter que les moins à l’aise dans ce genre d’espaces ont parfois subi les quolibets, les poussant à les abandonner… En outre, les assemblées montrent ici toutes leurs limites en tant que lieux de décision. Les occupants et occupantes les plus radicaux sont minoritaires dans ces espaces.

A ce verrouillage des prises de décisions collectives du mouvement, il faut ajouter que dernièrement la liste mail des comités locaux a été elle aussi verrouillée, de même que le site zad nadir tend de plus en plus à l’être. Clairement, les tendances anarchistes, antispécistes, et les plus autonomes face à l’Etat et aux organisations politiques et syndicales sont écartées, isolées. Un italien évoquait d’ailleurs que cela lui rappelait ce qui s’était passé en Val Susa… Les chefferies évoquées plus haut concentrent par ailleurs beaucoup plus de moyens matériels, ont davantage de relais extérieurs, d’où l’enjeu de faire connaître la situation.

Quant aux logiques de normalisation que la libération de la route semble annoncer, elle s’affiche clairement. La prise de parole officielle du mouvement est claire : continuer les occupations en collaboration avec l’Etat… Il s’agit pour certains et certaines de se partager le gâteau. La critique de la propriété n’est plus d’actualité. Il y a des terres à prendre. Quant à la lutte, les slogans "on lâche rien" et "maintien des occupations" masquent mal la réalité. Que les franges les plus citoyennes s’arrêtent après l’annonce que l’aéroport ne se fera pas n’est pas une surprise, que d’autres s’y engouffrent volontiers est un peu plus surprenant (encore que…).

Il y a à mon avis plusieurs choses importantes qui se jouent, pas seulement pour cette lutte. Les logiques de composition se sont renforcées ces dernières années un peu partout, souvent justifiées et calquées par ce qui se passait à la zad. Notons au passage que l’appétit de composition a bien changé entre la première période d’occupation à la zad, jusqu’en 2012 environ, et la seconde période. Les drapeaux d’organisation étaient interdits dans les manifs, il n’y avait pas de banderoles citoyennes, au contraire, les journalistes n’étaient pas les bienvenus etc. Changement d’ambiance après 2012. Or, les limites de la composition explosent en ce moment. Il n’y a pas d’unité dans les luttes. Il y toujours des conflits internes, à assumer plutôt qu’à masquer comme cela a été fait là-bas pendant quelques années. Il y a donc quelque chose à en dire…

Des textes et brochures commencent à sortir sur cette situation et ses enjeux [1]qui expliqueront bien mieux que moi ce qui se joue là-bas. Il serait bon de les faire connaître, non seulement pour appuyer les tendances qui se font écarter en ce moment de la zad et qui ne veulent pas lâcher la lutte ouverte là-bas et les expérimentations en cours, mais aussi pour appuyer les positions antiautoritaires et rupturistes plus globalement.

Vive l’anarchie.

Un apache de passage en zone humide.

[Reçu par mail.]

titre documents joints

Notes

[1NdNF : voir par exemple et .