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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Petites chroniques bellevilloises

samedi 10 mars 2012

Politiciens, commerçants et promoteurs immobiliers rêvent depuis longtemps d’un Belleville « propre ». Propre c’est-à-dire nettoyé de ces pauvres trop visibles qui empêchent son plein essor économique, tout en gardant le cliché vendeur d’une ville cosmopolite. D’où, logiquement, l’augmentation de la présence policière. Il s’agit d’écrabouiller tout ce qui pourrait contredire l’image rassurante qu’il faut donner du quartier pour attirer de nouveaux habitants. L’installation des caméras de vidéosurveillance promises l’hiver dernier tombe à point nommé. Ce dispositif vient compléter l’occupation militaire de la zone : flics à pied (BST) en plus des bacs et patrouilles « traditionnelles », médiateurs, vigiles privés (GPIS).

Dans ce grand ravalement de façade, on doit faire face à la destruction d’immeubles, à la disparition des lieux vides et de la possibilité de squatter, aux rénovations et à l’augmentation du prix des loyers qui devraient achever de faire décamper les derniers récalcitrants. Et permettre l’implantation d’une nouvelle clientèle, plus tendance, friquée et désirable. La suite, on la voit déjà poindre, comme dans d’autres villes et anciens quartiers prolos : l’arrivée des bobos, avec leurs bars branchouilles, leurs galeries d’artistes et magasins attitrés, trop chers pour les autres, un Belleville relooké à l’image de la rue Sainte Marthe, façon « Plus belle la vie ». Les commerçants s’en frottent déjà les mains. Beurk.

Il n’y a rien de nouveau dans tout ça. Si les villes étaient pensées autrement qu’en terme d’économie ou de contrôle de la population, ça se saurait. Pas question d’attachement à un territoire « à préserver », quand c’est l’aseptisation, la domestication de tous les espaces qui nous fait gerber. Foin de la nostalgie d’une époque révolue ! Le Belleville d’hier était sans doute traversé par les mêmes rapports de dominations (économique, patriarcal, sans compter les indics dans les classes les plus pauvres…).

N’empêche qu’à un moment, on aimerait bien choisir de quoi sont faites nos vies, bon sang de bois, et ne pas être trimbalés comme des poupées de chiffon pour les besoins d’une économie qui nous broie à petit feu. Et c’est pas de changer de maître à l’occasion d’une énième élection qui nous rendra plus heureux. Tous les marchands d’illusions politiciennes sont nuisibles. Puisqu’ils veulent nous dégager, dégageons ces vautours qui viennent, pleins de promesses, racoler dans le quartier (et ailleurs). Ça ne les empêchera sans doute pas de continuer leur bouffonnerie plus loin (hélas), mais ça sera au moins l’occasion de se demander, sans spécialistes ni fausses solutions, quels moyens nous semblent les plus pertinents pour ne plus laisser qui que ce soit nous gouverner, ou décider à notre place…


Démocratie participative
Mi-février, un conseil de quartier sert de tribune au commissaire du 19ème pour annoncer l’amplification de la traque aux travailleuses du sexe, notamment chinoises, dans le bas Belleville. À ses côtés : deux représentants d’associations [1] qui avaient coorganisées la manif pour plus de sécurité en 2010 [2] et autres crapules politiques et humanitaires. Bien sûr, le problème pour eux n’est pas l’existence de l’Etat qui ouvre / ferme les frontières, crée les sans-papiers, ce n’est pas le fric ni la nécessité d’avoir un minimum de thunes pour survivre dans ce monde de merde.
Côté public, les riverains, « excédés » par ce voisinage immoral, n’ont absolument rien à carrer de ce qui pourra bien arriver aux femmes concernées. À défaut de pouvoir l’empêcher totalement, cette fois-ci, la réunion a été perturbée par des empêcheuses de tourner en rond !

Locataires en colère…
Depuis quelques semaines les balcons de la résidence qui fait l’angle des rues Pradier/Fessart, dans le 19ème, sont couvertes de banderoles « non à la spéculation », « cassez les prix pas les locataires », « locataires en colère »… [3]
Alors que la situation profite à certains qui projettent déjà de racheter leur logement, que d’autres s’en remettent aux habituels recours juridiques, et attrape-citoyens (pétitions, lettre aux élus, etc), certains n’ont pas attendu l’accord de l’assemblée pour exprimer leur colère. De petites mains ont fracassé une des portes d’entrée et dégradé le parking de la résidence. La moquette cache-misère posée par la Gecina a été bousillée « à l ’aide d’un liquide odorant et corrosif » sur six étages. Tout dernièrement, des tags « Gecina crève », « pas de quartiers pour les spéculateurs » et « grève des loyers » sont venus décorer les murs trop blancs de la résidence. Bien fait !

Crever les yeux du pouvoir
Rue Piat, la caméra est restée visiblement hors service jusqu’à janvier 2012 et pendant plusieurs mois (dôme cassé, fils pendant dans le vide) avant que le pouvoir finisse par installer un deuxième dôme.
Le 22 février, la destruction au marteau de la toute nouvelle caméra de vidéosurveillance rue Rébeval donne lieu à quatre arrestations, dans le 19ème. Selon le Parisien, voix officielle des keufs, l’ arrestation a été effectuée par des « vidéopatrouilleurs » après que le commissariat ait signalé la présence d’une « dizaine d’individus suspects » autour du mât. Bien entendu, cela n’empêchera pas ces beaux gestes de se multiplier, et peut-être avec plus de rapidité encore.

Coups pour coups
Les vitres bleublancrouge d’un commissariat, rue Ramponneau, et de la Maison de la justice et du droit, rue du Buisson Saint-Louis ont toutes été défoncées (et gardent depuis plusieurs semaines la trace des coups reçus)… Il faut croire que tout le monde ne se résigne pas à vivre sous la pression des keufs et la menace permanente de l’enfermement…


Trouvé le 8 mars 2012 au métro Belleville, et rescanné avec PDF :

Tract A4

[1Association de commerçants chinois de belleville, et asso communautaire.

[2Manif du 22 juin 2010 suite à laquelle la BST avait été créée.

[3La Gecina, proprio de la résidence depuis quelques années, a décidé de vendre à la découpe.