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Pour en finir avec la politique et ses méthodes

vendredi 11 mars 2016

Une opinion répandue veut que, depuis belle lurette, la politique ne soit pas en bonne santé. Ses électeurs n’ont plus confiance en elle, et elle semble être arrivée dans une impasse. Un processus qui va apparemment encore s’approfondir. Cependant, s’il est vrai que la politique ne possède plus le charme d’antan, démasquée qu’elle est, avec ses acteurs, par des couches toujours plus larges de population, il en reste néanmoins qui, sans répit, n’arrêtent pas d’en éviter la souhaitable destruction. Qu’on pense aux hommes et femmes d’État, ou plus en général aux puissants, des gens pour lesquels en bref la survie de la politique est d’une importance fondamentale pour qu’ils puissent conserver leur place dans la machine sociale actuelle. Au fond, ça serait absurde pour le président du Medef de se prononcer pour la destruction de la politique, étant donné que celle-ci est la condition de son privilège. Cela ne nous surprend donc pas de voir les détenteurs du pouvoir s’ériger en défense de ce qui leur permet de continuer à l’exercer. Ce qui est drôle, c’est que parmi ceux qu’on pourrait appeler les « amis de la politique », il y a des individus qui ne devraient en avoir rien à faire de l’autorité et de la marchandise : les révolutionnaires – à supposer que cette définition ait encore un sens.


On se retrouve souvent à écouter les discours pompeux de certains qui, exhibant leur carte de bon militant, compostée à maintes reprises lors de manifestations ou rassemblements, maintiennent fièrement qu’ils « font de la politique ». Pas comme ces fainéants, les hypercritiques qui ne font rien, qui désertent les manifestations prévisibles et contrôlables par des yeux plus ou moins institutionnels. Désolés, nous laissons cette habitude de faire acte de présence à ceux qui ont une belle mine à exhiber à la une des journaux si détestés (?), sur les photos au poste ou face aux gens. Est-ce que ces militants fardés se trompent peut-être dans leur choix linguistique en appelant « politique » ce qui, en réalité ne l’est pas ? Nous ne pensons pas. Au contraire, nous pensons qu’ils sont bien conscients de ce qu’ils disent, ou du moins nous voulons leur accorder une telle considération. S’ils parlent ainsi c’est parce que leur vision de la lutte ne vise pas à éliminer la politique, mais à l’utiliser, pendant le « processus révolutionnaire » et dans la société pour laquelle ils luttent. Du coup, ils ne se trompent pas. Ils ont choisi.
Ils pourraient objecter qu’on ne peut pas se passer de la politique, qu’il y a une grosse différence entre la politique des patrons et la leur – étant donné que les intérêts de classe sont différents – que la politique a, banalement, à voir avec les relations sociales. Nous ne partageons pas ces objections, et le pourquoi est vite dit.

La politique a comme but celui de déconnecter la pensée et l’action, par l’institution de « lieux appropriés », que ce soit le parlement, le conseil communal, le comité de quartier, l’assemblée. De cette façon, elle vise à la scission de la conscience des subversifs, en atténuant leur fougue de révolte.
La politique n’est en rien l’expression du désir et de la spontanéité humaine, mais bien une activité de calcul, de planification rationnelle de l’action selon un programme. Elle a donc pour résultat de réduire les personnes au respect de décisions prises dans des contextes régis par des délires organisationnels où la bureaucratie règne en souverain. Ici la liberté individuelle disparaît, laissant place à l’autorité de la décision prise par une majorité. Au fond, tout ce qui est « politique », dans le meilleur des cas, pue la démocratie, bourgeoise, prolétarienne ou toute directe qu’elle soit.
De plus, la politique n’existe pas sans la représentation, sans la nécessité de « couronner » des fonctionnaires et des délégués. Son ennemie mortelle est l’action directe, à travers laquelle les esprits en révolte désirent faire exploser l’aplatissement de la médiation et de la délégation dans la lutte contre l’ennemi.

De surcroît, il y a aussi ceux que l’on appelle les politicards du mouvement, c’est-à-dire ceux qui veulent donner leur valeur à des actions et des mots sur la base de l’opportunité et qui sont toujours prêts à reprocher aux compagnons l’intempestivité d’affirmations et de gestes perçus comme non adaptés à certaines circonstances. Certains parmi eux mesurent habituellement leurs actions dans la lutte sur la base du Code pénal, dans la crainte qu’une pratique cohérente puisse amener un niveau de répression exagéré, difficile à supporter et à gérer. On entend souvent dire que « les compagnons sont plus utiles dehors que dedans ». C’est vrai – et nous souhaitons que l’imprévisibilité de l’attaque sache toujours avoir le dessus sur le contrôle policier – sauf si une telle affirmation n’est qu’une excuse pour l’immobilisme et le renforcement indirect de la pacification sociale.
D’autres politicards, dans le cas de la naissance d’un mouvement populaire, appellent les compagnons, et pas que, à se « salir les mains » parmi les gens, parce qu’il est fondamental de marcher unis, qu’il est essentiel de ne laisser personne derrière. Du coup, ils se préoccupent soigneusement d’informer la population sur les effet d’une nuisance donnée sur la vie, de participer aux assemblées des comités, d’organiser des pétitions, d’exalter uniquement, en leur donnant un relief particulier, les sabotages qui peuvent compter sur les applaudissements citoyens, etc. En faisant cela, ils montrent clairement leur visage politique, voué au compromis et à la recherche du consensus, dans l’effort constant de transformer les masses en quelque chose qu’elles ne sont pas.

La politique est cet « art » qui fait passer l’efficacité avant l’éthique, c’est pourquoi si un certain moyen peut amener à l’objectif souhaité, il est donc considéré comme inévitablement juste, indépendamment de sa nature. Par exemple, des méthodes comme la réunion entre révolutionnaires et citoyennistes – de même que l’utilisation de l’autorité dans la lutte – sont acceptés par certains sans mot dire, s’ils ont pour but la préparation de la révolution ou de l’insurrection. « Le fin justifie les moyens » n’est pas une expression de Machiavel, mais l’essence des révolutions totalitaires du XXe siècle et de leur terrorisme d’État, comme de toute mentalité politique.

Pour toutes ces raisons, nous voulons en finir avec toute manifestation de la politique, quelle qu’elle soit, de celle libérale à celle marxiste, jusqu’à celle anarchiste. Que l’individu reprenne possession des facultés de son être, pour passer à l’attaque de sa propre condition et de ce monde. La politique, justement parce qu’elle enferme l’esprit et le cœur des subversifs, est contre-révolutionnaire, tout comme ceux qui s’obstinent à en favoriser la reproduction. Détruisons-là ! Et mettons le feu à la société toute entière, qui ne peut pas exister sans elle.

[Traduit de l’italien dans Des Ruines, revue anarchiste apériodique, n°2, de Stramonio, apériodique anarchiste de critique radicale, n°0, (mars 2015), Padoue.]

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