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Prison et médocs : Faut pas toucher à cette merde !

Témoignage d’Alexia (mars 2018)

mardi 19 juin 2018

Quelques mois après l’incarcération j’ai commencé à subir de fulgurantes accélérations cardiaques auxquelles s’ajoutaient des crises (passions) musculaires. Une semaine plus tard je me retrouve au mitard pour une banale histoire de téléphone et loin de se calmer mes crises s’étendent. J’étais prise d’étouffement et ne parvenais plus à m’alimenter. Lorsque je mangeais, je raclais ma gorge je recrachai ma nourriture. J’en venais même à m’étouffer avec de l’eau. Je restais donc assise sur le lit face aux toilettes. Un néon branché nuit et jour éclairait la cellule. J’avais la sensation d’être un putain de cobaye en laboratoire, un insignifiant insecte dans un vivarium. J’étais crispé, affamé. Mon cœur ne cessait de tambouriner dans ma poitrine et mon souffle n’était plus que secousses violentes et bruyantes. Je ne savais pas si j’allais mourir d’une crise d’asthme ou d’une crise cardiaque, mais c’était une certitude, j’allais mourir. Je ne savais alors pas qu’il s’agissait de crises d’angoisse.


Après le mitard, je fus réintégrée en cellule avec d’autres prisonnières ; elles ne comprenaient pas ce qui ne tournait pas rond chez moi. Elles me proposaient de prendre des anxiolytiques. Je préférais encore mastiquer des biscottes et subir ce corps qui ne m’appartenait plus. Cela dura une année et demie. Alors, bien sûr, plus les jours passaient et plus je prenais le dessus, mais le terrain gagné sur mon corps était fait d’infimes morceaux de parcelles.

Durant tous ces mois, j’écrivais aux médecins en leurs expliquant mes crises. Chaque fois que j’obtenais un RDV, ils essayaient de me prescrire des anxiolytiques. La psychologue m’avouera même plus tard qu’un internement psychiatrique avait été envisagé et programmé. Donc une obligation de soin, soit un gavage médicamenteux en règle. « Faiblissez et vous périrez ». Personne ne m’a tendue la main, ne serait-ce que pour m’expliquer ce qu’était une crise d’angoisse. Que ce soit par ignorance ou par « indifférence du professionnalisme », tous se sont contentés de me pousser vers un traitement psychiatrique. Ce n’est pas un hasard si les infermières en charge de la distribution des médicaments étaient appelées « les dealeuses ». L’incitation à la consommation était tellement explicite et répétée.

Il est nécessaire de s’interroger sur les conséquences de telles pratiques. Il y a, tout d’abord, ceux qui avant l’incarcération n’avaient jamais touché à aucune drogue, légale ou non, et qui en sortant de prison seront dépendant aux médicaments. Il y a aussi ceux qui rentrent en prison avec une ou plusieurs addictions dont les médicaments viendront allonger la liste. Dans tous les cas une prise régulière et/ou abusive de médicaments entraine des séquelles, certaines irréversibles. Il arrive même que la prescription amène un changement comportemental pathologique chez les personnes qui ne présentaient aucun problème psychique à leur rentrée en prison. J’ai vu à de nombreuses reprises des filles faire n’importe quoi sous l’emprise de somnifères et ne se souvenir de rien au petit matin. Il n’est pas nécessaire de débattre sur la dangerosité que représentent les trous noirs. L’esprit n’est pas la seule victime de la camisole chimique et le corps est aux premières loges : vomissements, nausées, vertiges, tremblements et même crises d’épilepsie ou évanouissement. Le plus dramatique est la gratuité et l’extrême facilité d’accès à ces produits. Aucune restriction. Il est aisé de demander et d’obtenir n’importe quelle prescription. De toutes les façons si vous n’en faite pas la demande, les médecins vous y inciteront.

Tous fermaient les yeux sur ces pratiques des plus exhibées. Tous faisaient semblant car la camisole chimique est efficace pour maintenir l’ordre dans une prison où étaient parqués des centaines de détenus, les uns sur les autres, dans des conditions de détention bestiales, et encore j’y mettrais pas mon chien ! Pauvre bête…

Faut pas toucher à cette merde.

Force et courage,
Alexia.

[Extrait de l’émission de l’Envolée du 30/03/2018.]