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Quelle stratégie contre la machine à expulser ?

jeudi 29 novembre 2018

Depuis plusieurs semaines, un appel circulait sur différents sites (Paris-Luttes, Démosphère) et via Facebook à manifester le vendredi 23 novembre devant le centre de rétention de Vincennes, la prison spéciale pour les étrangers et étrangères décrété·e·s en situation irrégulière. Il était indiqué, je cite : « La marche partira du ministère de l’Intérieur, direction de l’immigration dans le 20e arrondissement et une fois arrivée aux portes du Centre de Rétention de Vincennes, un parloir sauvage se fera avec des détenu·e·s de Vincennes mais aussi du CRA du Mesnil-Amelot parce qu’il n’y a pas de nous sans eux ni elles. »

Quittant mon travail à 17h30, je suis directement allée devant le centre de rétention, point d’arrivée, annoncé de la manifestation. Sur place j’ai retrouvé une autre personne, un camarade s’étant comme moi rendu directement sur place. Sur place justement aucun signe d’activité inhabituelle des flics : les rondes de routines des flics à chien, le balai des voitures entrant et sortant, emmenant de nouveaux prisonniers à l’intérieur ou vers les aéroports pour être monté de force dans un avion ou pour je ne sais où.

Au bout d’un petit moment dans le froid, l’un de nous décida de joindre une amie qu’il pensait être à la manifestation. Quelle ne fut pas notre stupeur d’apprendre alors que lors d’une AG qui s’était tenue quelques jours auparavant à l’initiative de La Chapelle debout, l’objectif de la manif avait été changé et qu’il avait été décidé d’occuper le musée de l’immigration ! L’objectif de manifester devant le centre de rétention avait apparemment été laissé publiquement pour faire figure de leurre pour les pandores. Manque de « chance » (enfin d’intelligence devrais-je dire), le nouvel objectif ayant été discuté et annoncé publiquement, personne n’a évidemment pu entrer dans le musée de l’immigration et bien sur aucun renfort de police n’avait été placé devant la prison, l’État étant parfaitement au courant que cet objectif
annoncé ne serait même pas approché.

Plusieurs questions se posent face à cela :

  • La pertinence d’aller occuper le musée de l’immigration dans une lutte qui affirme que les centres de rétentions doivent fermer
  • L’irresponsabilité de gens qui n’hésitent pas à donner des rendez-vous publics sachant qu’ils ne seront pas honorés (on imagine qu’au moins une ou deux personnes auraient pu aller sur place pour informer les égaré.e.s dont j’ai fait partie).

Mais aussi et surtout la question de savoir comment on peut instrumentaliser la question de l’enfermement des personnes dites sans papiers pour mener une action symbolique devant un endroit qui ne représente rien pour la majorité de celles et ceux qui risquent de se retrouver enfermé·e·s dans un centre de rétention ? En effet, comment peut-on imaginer que c’est en occupant des lieux culturels que l’on construira un rapport de force menant à la destruction (par voie légale ou par une autre voie) de ces prisons ? Comment envisager que cette lutte se mène sans considérer les premiers et premières concerné·e·s, les personnes enfermé·e·s donc, comme des acteurs et actrices à part entière des luttes et pas seulement comme des victimes ?

En 2007-2008 une lutte importante s’est déroulée dans les centres de rétention, lutte qui a été illuminée par la destruction totale ou partielle de plusieurs centres par les enfermé·e·s eux/elles-mêmes. Lors de cette période des liens très forts existaient entre l’intérieur et l’extérieur et très régulièrement des manifestations se déroulaient devant les centres. Les flics essayaient par tous les moyens d’empêcher les manifestant·e·s d’approcher des prisons et de mener notamment des parloirs sauvages car ils savaient que cela attisait la révolte à l’intérieur. (Cette lutte a été racontée dans un livre en libre accès sur internet).

En janvier la rétention va passer à 90 jours, trois mois d’enfermement donc pour le fait d’être décrété·e et maintenu·e en situation dite « irrégulière » par l’État français, et des lois de plus en plus répressives se mettent en place pour empêcher la libre circulation et installation des personnes décrétées indésirables parce que nées trop pauvres ou nées dans un pays où un·e voyageur·euse dont les ressortissant·e·s ne constituent pas des cibles pour les agences touristiques. Il va donc falloir se poser collectivement des questions sur ce qu’on peut faire ou pas pour éviter que les « Il n’y a pas de nous sans eux ni elles » et « Les CRA sont des prisons, ils doivent fermer ! (citations des appels à manifester du 23 novembre par La Chapelle debout) ne soient pas juste des mots d’ordre politiciens pour des personnes pour lesquelles la question de la liberté de circulation et d’installation et des centres de rétention sont un moyen d’exister politiquement.

Une pour la liberté totale de circulation et d’installation.

[Repris du blog d’un écrivain.]