mardi 15 juin 2010
À LA FIN D’APRÈS-MIDI DU 25 NOVEMBRE 2007, Lakhamy et Moushin - deux
adolescents - se font shooter par une voiture de la police. Un meurtre
de plus. Deux nuits d’émeutes.
Sur les lieux, le commissaire fraîchement arrivé, se fait lyncher.
Destructions des bâtiments institutionnels, affrontements directs
contre la police, tirs à la chevrotine,
barricades, guet-apens tendu contre les flics, attaque et incendie du
commissariat... Du 25 au 27 novembre, Villiers-le-bel se soulève et ne
se résigne pas.
CES MOMENTS D’AFFRONTEMENTS ET D’ÉMEUTES NE SONT PAS ISOLÉS. En octobre 2007, à Saint-Dizier, flics et pompiers sont caillassés, puis la MJC incendiée. 8 personnes passent en procès actuellement, avec des réquisitions reposant sur des témoignages sous X. A plusieurs reprises, depuis 2005, à Grigny les flics se sont fait tirer dessus à la chevrotine. En novembre 2005, la révolte s ?était étendue un peu partout. Depuis rien n’a changé.
À partir du 21 juin a lieu le procès de 4 personnes inculpées d’avoir
tiré à la chevrotine sur les flics durant les émeutes. On sait bien,
il suffit de l’avoir expérimenté ou d’y être confronté une fois, ce
qu’est un tribunal. Mise en scène bien huilée, quelques chacals
habillés en noir jonglent avec les peines et la vie de celles et ceux
qui sont du mauvais côté de la barre. C’est pas une mesure
exceptionnelle du type accordée une clémence ou faire sauter un haut
responsable, qui changeront quelque chose. La Justice est
nécessairement du côté de l’État et des plus riches. Pour le procès
des émeutiers de Saint-Dizier, le procureur a déclaré que « rien ne
justifie ce comportement antisocial de ces quelques barbares
aigris et paresseux ».
Nous n’attendons plus rien de l ?État, de sa Justice et de
ses institutions.
LES PERQUISITIONS ET ARRESTATIONS DU 18 FÉVRIER 2008, ont été surtout
une démonstration de force et un acte de communication
du gouvernement. Les journalistes présents ne couvraient pas un
évènement, ils en faisaient partie. À partir de
là chacun va essayer de tirer les marrons du feu. L’État réaffirme son
monopole de la violence. La Justice devra suivre, entérinant cette
réalité, en assenant de lourdes peines.
Le PS a joué sa carte en prenant un « grand frère » sur ses listes
électorales. L’ambitieuse Sylvie Noachovitch, avocate d’un des
inculpés et élue UMP, s’est mise sur les rangs. On peut imaginer que
Villiers-le-bel en a vu passer quelques-uns, de tous les bords
politiques. De Luc Besson aux derniers gauchistes... Pas sûr que tous
ces rackets politiques profitent aux inculpés...
LES HÉLICOPTÈRES, LES SNIPERS (DU RAID), les menaces réitérées d’envoyer l’armée, le couvre-feu en 2005, Vigipirate et ses militaires dans les gares... On a pu l’observer depuis une paire de décennies, le rôle et les moyens de la police et de l’armée tendent sinon à fusionner, au moins à s’entremêler. Au Kosovo, l’essentiel de la mission de l’armée française a été le maintien de l’ordre. Symptomatique d’une époque où l’État n’a plus rien à proposer. Sinon le maintien du statu quo.
LORSQUE LA RÉVOLTE ÉCLATE, l’évènement qui la déclenche est souvent la
goutte d ?eau qui fait déborder le vase. Autrement dit, pour qu’une
étincelle mette le feu à la plaine, il faut que la plaine soit prête à
flamber.
Bien sûr, la seule présence policière peut être une raison suffisante
pour avoir les nerfs. Au-delà de ça, ces émeutes sont aussi une preuve
de lucidité. À savoir que l’on a bien compris qu’ici nous n’avons et
nous n’aurons que la survie. Que cette survie a le goût de la
soumission, de l’ennui et de la fatigue.
Que l’État et les politiciens n ?ont rien d ?autre à proposer. Que ces
politiciens bataillent en communication en vue d ?élection, mais ont de
toute façon sensiblement la même gestion une fois arrivés aux affaires.
Que notre situation de survie est nécessaire au capitalisme et à son
développement.
Le plan d’austérité en Grèce et de rigueur ici en est la dernière
illustration.
Que face à la police dans la rue, face à une assistante sociale dans son bureau, face à un patron sur le marché du travail : nous sommes toujours le dindon de la farce. À nous d’inverser ce rapport.
Le procès des inculpés de villiers-le-bel débute le 21 juin au tribunal de pontoise
Solidarité !