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Sous la plage les pavés - Un site anarchiste de Nice et du Sud-Est

dimanche 14 mai 2017

A compter de la fin du XIXème siècle, nous pensons que ce sont les anarchistes qui ont le mieux formulé, vécu et mis en pratique le projet visant à en finir avec la domination. Ernest Cœurderoy, Joseph Déjacque, Bakounine et les anti-antoritaires de la Première Internationale, en particulier espagnols et italiens, posent les bases du projet de destruction de l’État et du Capitalisme, et les moyens pour parvenir à un monde sans autorité, qui permette aux humains de se réaliser dans la liberté et sans contrainte.


Si les anarchistes ont notre sympathie, c’est parce qu’ils font rapidement apparaître la nécessité, dans leurs combats, d’accorder les fins et les moyens, et que l’anarchisme ne constitue pas une doctrine, un tout inchangeable qui permette de répondre en tous lieux et en toutes situations aux questions posées par les luttes concrètes.

Parmi les apports essentiels des anarchistes figurent selon nous la mise en avant de l’action directe comme base fondamentale pour mettre fin à l’exploitation et à la domination, et transformer la totalité des rapports sociaux.
Leur insistance sur la volonté humaine comme facteur décisif de changement nous semble aussi fondamentale, car elle s’oppose à toute vision déterministe de la vie.

Après la Commune de Paris (1871) , les anarchistes ont été de la plupart des combats, au-delà des divergences qui ont existé entre les courants, groupes, et personnes au sujet de l’organisation, des méthodes, etc.

Si nous nous sentons proches de ces compagnons qui se lancèrent dans la lutte avec fougue et passion, nous n’avons pas d’héritage à revendiquer, et n’adhérons pas aux démarches qui visent à s’approprier l’histoire ou ses acteurs.

Si nous acceptons le terme d’« anarchiste », c’est parce qu’il est évocateur de ces combats, et non pour nous une identité ou une identification avec un prétendu « Anarchisme », comme ensemble d’idées et de pratiques bien définies, hors du temps, de l’histoire et des contextes concrets dans lesquels nous survivons et luttons.

Nous apprécions les anarchistes « historiques » pour leur capacité de mise en pratique, leurs tentatives de mettre en accord leur vie, leurs combats et leurs idées, et leur volonté de briser les séparations.
Nous pensons toutefois que l’anarchisme (pris dans sa globalité), s’il a souvent été le plus loin, en théorie et en pratique, dans la cohérence de la critique de ce monde, est resté en partie tributaire de certains contextes nationaux comme de leurs idéologies. Il reste donc marqué, à des degrés divers, par le positivisme, la foi dans la science et dans le Progrès (technique comme « social »).
En France, sa rupture avec l’idéologie issue des Lumières n’a pas été totale.
Les anarchistes ont ainsi longtemps entretenu des illusions sur l’industrie, le travail ou la science, concepts issus du monde de la domination, situés dans le temps et dans l’espace, et propres aux sociétés hiérarchisées dans lesquelles les activités des hommes sont séparées, spécialisées. Ils ont eu tendance, comme d’autres, à naturaliser les rapports sociaux et à valider des catégories propres à l’économie, au lieu de s’en être débarrassés.

Dès la fin des années 60, de nouveaux révolutionnaires anti-autoritaires, sans parti et parfois sans appellation, ainsi que de nouveaux anarchistes ont pris le relais des anarchistes « historiques » (et des quelques marxistes les moins déterministes) et sont venus apporter de nouveaux éclairages, des actualisations essentielles à la critique de la domination : situationnistes, groupes « autonomes », jeunesse révoltée de la génération issue de 1968, etc.

L’ère des grandes révoltes des années 60 et 70, qui a fait trembler la domination à l’échelle mondiale, a apporté un nouveau souffle, une nouvelle énergie.
C’est lorsque celles et ceux qui luttent se débarrassent de leurs illusions, lorsqu’ils identifient les contradictions de leur époque comme des époques et des combats précédents, et qu’ils cherchent à les dépasser, que naissent de nouveaux espoirs, que s’ouvrent des perspectives d’émancipation.

Nous nous sentons proche de celles et ceux qui décident de vivre et d’agir ici et maintenant, sans illusions sur la possibilité de nous réaliser pleinement dans les conditions actuelles, mais sachant que nous commençons à le faire dans nos combats, dans la mise en tension de nos vies, dans la construction de nos relations au-delà des rôles, des assignations et des séparations qui nous divisent.
Il nous appartient donc de lutter contre la reproduction des rapports hiérarchiques de cette société, contre notre aliénation et contre ce système, sur la base de rapports sains et non-politiques (sans manipulation, sans utilisation des autres).

A partir des années 80, le processus de séparation par l’État et le Capital s’est grandement amplifié. L’aliénation et la domestication consécutives aux destructions des grandes communautés de lutte (celles qui nous importent) ont fait de tels progrès, qu’il est nécessaire de mettre en avant les critiques les plus lucides et les plus passionnantes formulées dans le passé, comme celles qui sont diffusées aujourd’hui. Cette démarche est à l’opposé de l’éclectisme et de la confusion qui règnent dans les milieux anti-antoritaires, désormais largement compromis avec la politique et ses méthodes, et perméables à toutes les tendances à la mode, qu’elles soient issues de l’Université ou du militantisme (progressiste, de gauche, universitaire, etc.)

Le repli sur soi actuel des groupes, milieux et individus anti-autoritaires, dans des courants en « -ismes » qui ne cessent de se composer et de se recomposer depuis plusieurs années est une autre manifestation de ce recul. Chaque nouvelle pseudo-découverte dans la critique a tendance à constituer la base d’un nouveau « -isme ». Et ce sont des tendances, de nouveaux rôles à jouer, de nouveaux milieux qui se forment à partir d’aspects de la domination pris pour des « tout », au détriment d’une critique qui aie pour objectif le combat contre toute forme d’idéologie, et qui ne perde pas de vue la totalité, en phase avec nos vies et nos combats.

Sans dénier à quiconque sa clarté dans tel ou tel combat, nous pensons que toute forme d’idéologie est néfaste à la critique ici et maintenant de ce qui nous opprime en tant qu’individus, pour nous-mêmes, et avec celles et ceux dans lesquels nous nous reconnaissons dans la vie, la lutte et la critique.

Sous la plage les pavés
souslaplagelespaves(a)riseup.net
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