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Vague de révolte et de pillages au Mexique

mardi 10 janvier 2017

La hausse des prix du pétrole décidée en début d’année par le gouvernement mexicain a provoqué émeutes et pillages spontanés dans tout le pays à partir du début de la semaine dernière.


Des centaines de commerces, dont les plus grandes chaînes commerciales, ont été attaqués dans les principales villes du pays, des autoroutes ont été bloquées ainsi que de nombreux dépôts, centres de traitement et de distribution, qui menaçaient dans la semaine l’approvisionnement dans 3 États du Nord (Durango, Chihuahua et la Basse-Californie, les plus vastes du pays) et l’État de Morelos (sud).
On a aussi vu des des blocages de voies ferroviaires, des attaques de camions citernes, des occupations de stations-service, et des batailles avec les flics, qui ont été repoussés à Ixmiquilpán (État d’Hidalgo, centre) le jeudi 5. Voir à ce sujet la vidéo suivante :

Les blocages de routes et les actions contre les infrastructures pétrolières et stations-service ont eu lieu simultanément le premier jour. Ce sont les pillages qui se sont étendu peu à peu sur plusieurs jours à travers le pays, malgré les bruits qui courraient (dans les médias et dans la rue) de pillages organisés par les sbires du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). L’armée a été déployée dans la ville de Tapachula (Chiapas) après deux jours de pillages.
La police n’a pas hésité à tirer à balles réelles, comme le dimanche 8 à Nogales, contre l’occupation d’un bâtiment officiel par les manifestants.
Un flic a été tué après avoir été renversé lors d’une intervention contre des pillages à Mexico le 4.

À Rosarito, dans l’État de Basse-Californie, un pick-up s’est lancé à fond contre une ligne d’anti-émeutes (granaderos), en blessant 7. Voir vidéo :

Des travailleurs (chauffeurs de bus et camionneurs) ont participé au blocage des routes, des ouvriers ont manifesté, comme ceux du port de Lázaro Cárdenas (État de Michoacán, centre), les chauffeurs d’autobus de Guadalajara (État de Jalisco), la deuxième ville du pays, se sont mis en grève, comme les chauffeurs et camionneurs de l’État de Veracruz qui ont déclaré une grève illimitée dans leur État.
Des manifestations et assemblées ont été organisées par divers syndicats, groupes politiques et organisations sociales à partir du dimanche 8, ce qui fait craindre une récupération autour de l’argument populiste du pétrole qui appartient à tous les mexicains, dans un des principaux pays producteurs de pétrole, où un travailleur doit travailler plus de dix jours pour se payer un plein.

On a déjà vu de bons citoyens manifestant pacifiquement jouer les flics et remettre à la police (la vraie) des manifestants venus exprimer leur rage contre le Palais National de la ville de Monterrey (nord-est).


Le Mexique connaît actuellement une forte inflation, sa monnaie, le peso, est à des taux historiquement bas.
Les gazolinazos (augmentation du prix de l’essence) sont fréquents depuis l’an 2000, mais n’ont pas provoqué ce type de réactions auparavant.
Le pétrole n’est officiellement plus monopole d’État depuis 2013. Le taux d’exploitation des travailleurs est sans cesse à la hausse, comme celui de l’exploitation des ressources naturelles.

Si le Mexique est traversé par des luttes sociales dans tout le pays, en particulier dans les communautés indiennes, un mouvement de cette ampleur, et largement spontané, est plutôt surprenant, dans la mesure où les mouvements à l’échelle nationale sont plutôt rares.
Les grandes villes des États du Nord ont été secouées par d’importants pillages, alors que ces États, où la présence et le contrôle du narco-traffic sont les plus forts, sont plus calmes du point de vue de la lutte des classes.

Le 7 janvier, la presse faisait état de 1500 arrestations et de 6 morts.

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Afin d’approfondir l’analyse de ce mouvement d’ampleur au Mexique, une discussion publique aura lieu à Paris, le 20 janvier 2017 (voir le programme ici).