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Venezuela : Ni dictature ni démocratie, notre proposition c’est le conflit

Deux textes sur la situation au Venezuela

vendredi 8 février 2019

I - Nous ouvrons aujourd’hui un nouveau chapitre du cycle historique ouvert par l’insurrection des foules à la fin du siècle dernier et celui-ci débute contre l’offensive de la société militaro-spectaculaire dans les territoires contrôlés par l’État vénézuélien. Ce point de convergence des contradictions et des conflits devait inaugurer - avec le Caracazo - un cycle de conflits sociaux et politiques croissants que l’opposition bourgeoise et le Chavisme souhaitent tous deux clore - avec des variantes et des rythmes différents - au profit d’une restructuration de la société capitaliste.

II

Dans ce chapitre du complot historique, on trouve d’un côté le gouvernement et l’État Chaviste, fer de lance des gouvernements progressistes d’Amérique latine, aujourd’hui tiraillés entre le retrait organisé et la débandade, qui ont déjà rempli leur rôle consistant à discipliner et à domestiquer les foules avec la hausse du prix des matières premières tout en s’adaptant aux exigences du pillage capitaliste. Pour ensuite instaurer le formatage et la répression que les gouvernements néolibéraux n’ont pas pu mettre en place.
Ainsi, le gouvernement dirigé par Nicolás Maduro et la canaille militaire sur laquelle est basé son pouvoir sont responsables de plus de 250 meurtres aux mains de l’appareil répressif lors des manifestations ayant eu lieu depuis 2013, (dont plus de 35 meurtres dans les 10 derniers jours), de centaines d’exécutions extrajudiciaires dans les rues, les quartiers et les prisons au cours des dernières décennies, de persécutions, poursuites et meurtres de militant.e.s, du taux élevé de féminicides et d’assassinats de personnes transgenres avec la complicité du pouvoir judiciaire, ainsi que des milliers de cas de malnutrition et de décès dans les hôpitaux.
Le même gouvernement a cédé 15% du territoire au capital extractiviste pour l’extraction d’or, de bauxite, de coltan, etc. dans des mines à ciel ouvert, avec l’Arc Minier Orinoco-AMO, adaptant ainsi le territoire et les foules aux demandes capital et la construction d’infrastructures permettant le pillage, tout en renforçant la subordination et l’ingérence dans le territoire des États russe et chinois par le biais de prêts, de dettes et de concessions.

III

D’un autre côté, l’opposition bourgeoise,championne de la reconfiguration, et l’offensive actuelle d’un capitalisme militaro-spectaculaire qui s’étend sur le territoire latino-américain, émanations de la vieille oligarchie vénézuélienne et de son programme néolibéral décrit dans son « Plan pour le pays » où, par exemple, l’esprit d’entreprise et sa logique totalitaire du profit dessineraient la reconstruction nationale pour qu’elle finisse aux mains du FMI et du capital mondialisé.
La même opposition implore maintenant une partie de l’armée insatisfaite par la répartition du pouvoir, s’appuyant ainsi sur le tristement célèbre Oncle Sam et les puissances latino-américaines et mondiales afin de promouvoir une sortie de crise et une intervention en leur faveur dans le conflit pour la gestion de l’ordre politique et social en postulant une transition éventuelle venant du pouvoir militaire et impérial. Ainsi, le capital militaro-spectaculaire basé aux États-Unis et dans ses États satellites est l’arme utilisée par l’opposition bourgeoise pour débloquer le conflit et créer un précédent sous la forme d’une intervention du capital mondial sur le territoire latino-américain - une forme d’intervention qui fait écho au siècle dernier - et pour construire et consolider une offensive des États et du capital en Amérique latine, clôturant ainsi le cycle historique ouvert par le Caracazo.

IV

Notre proposition : le conflit. Dans ce cadre, rien ne mérite d’être défendu ou sauvé, que ce soit la démocratie, les droits, la révolution, les libertés démocratiques, le socialisme. On ne nettoie pas une maison qui s’effondre. La résistance défensive n’a pas le moindre sens ; au lieu de cela, nous appelons à une offensive auto-organisée sur des bases autonomes et horizontales, accentuant le conflit social - que l’opposition bourgeoise que le chavisme craignent tant - dans les rues, les quartiers, les campagnes, les usines, les lycées, les universités, etc.
Aucun gouvernement ou autorité quelconque ne résoudra les problèmes des masses, car un de ces problème est l’autorité sous toutes ses formes. Ainsi, seule la force auto-organisée, le développement d’organisations et de méthodes combatives au cœur du conflit social et son aggravation par l’action directe, en plus de la nécessaire coordination des actions et du développement de la solidarité comme arme entre les gens, serait le chemin qui créerait une brèche aux potentialités différentes des tempêtes déchaînées par le pouvoir et planant au-dessus de nos têtes. Ce qui revient à dire : l’émancipation des masses sera l’œuvre des masses elles-mêmes.

Ni maduro, ni guaido !
Ni dicature, ni démocratie !
Aucun état ou empire ne nous donnera la liberté !
L’émancipation de la multitude est l’œuvre de la multitude elle-même !

Groupe des affinités libertaires,
Février 2019.

[Traduit de l’espagnol d’un article publié sur Indymedia Venezuela sur PLI.]


Voici un autre article, par la rédaction du jounral El Libertario traduit par Monica Jornet des Editions du Monde Libertaire :

Venezuela : face aux mensonges frauduleux

Alfredo González de la FAI ibérique a demandé à la rédaction de El Libertario un article sur la situation actuelle. Il va être publié dans le prochain Tierra y Libertad. Alfredo me le transmet aujourd’hui, au cours d’un échange sur nos Éditions fédérales respectives, au cas où cela nous intéresserait pour le ML. Trop tard pour le ML de février, le voici pour le ML en ligne.

Nos lecteurs sont certainement familiarisés avec les approches de la situation vénézuélienne que les camps étatiques en lice ont promues et c’est justement eux et leur fond de commerce mensonger que nous visons ici, en essayant de rendre clair un panorama que l’on a fait tant d’efforts opiniâtres pour brouiller. D’un côté, les tenants du capitalisme libéral et leurs bouffonneries politiques de démocratie représentative électoraliste, présentent le désastre vénézuélien comme le résultat inévitable de toute recherche d’alternatives à leurs recettes économiques et politiques, de l’autre côté, l’on trouve les chantres du capitalisme d’État et leur socialisme autoritaire caricatural. Les deux camps cherchent à tout prix aussi bien à se reconnaître mutuellement comme les seules options valables de lecture et des feuilles de route pour la société vénézuélienne qu’à dissimuler leurs similitudes frappantes lorsqu’il s’agit de définir et de mettre en oeuvre les stratégies d’oppression et d’exploitation au service de l’État et du Capital imposées à la collectivité.

Relever l’identité fondamentale de vues entre ces deux interprétations dont l’une se dit « démocratique » et l’autre « de gauche socialiste » déplaira à ceux qui adhèrent à l’une ou à l’autre mais, au journal El Libertario, nous n’avons eu de cesse de présenter des preuves catégoriques qui le démontrent, et ce depuis de nombreuses années. Ainsi, par exemple, les uns et les autres jacassent sur l’anticapitalisme comme étant à la base de la définition du régime bolivarien : il suffit de rappeler que les gouvernements de Chavez et de Maduro ont répondu à des invitations répétées et conclu des accords avec le capital international pour l’associer au développement du modèle d’exploitation et d’extraction des ressources naturelles du Venezuela, une politique qui mène, avec la proposition officielle d’exploitation de l’Arc Minier de l’Orénoque, à la soumission et la reddition écocide totale, avec le soutien muet de cette opposition parlementaire qui crie haut et fort sur d’autres sujets mais qui, de part son approbation tacite, laisse entendre clairement que si elle arrivait au pouvoir, elle ne modifierait pas ce modèle de pillage et de spoliation.

Un autre terrain de convergence consiste à passer sous silence la nature militariste du régime chaviste, une caractéristique de la première heure qui s’est renforcée au fil des ans. Maintenant, en particulier, alors que l’on négocie avec les militaires l’abandon de leur soutien à Maduro, on leur offre une impunité (sous couvert « d’amnistie ») pour toute l’étendue de leur responsabilité dans les abus et la corruption caractéristiques d’un régime dont ils ont été le soutien déterminant. Les deux interprétations dominantes de la crise nationale se donnent beaucoup de mal pour contourner le fait que, depuis son accession à la présidence, Chavez a donné la priorité à la présence militaire dans les divers exercices du gouvernement, du jamais vu au Venezuela depuis la dictature militaire des années 50. Cette domination de l’armée n’a fait que s’accentuer le long de son mandat et s’est même renforcée à partir de 2013 avec Nicolas Maduro, atteignant une telle prééminence qu’elle a été l’un des traits dictatoriaux les plus marqués de ce régime. Avec la « transition » qui a été proclamée, on devine que l’état d’esprit de la claque politique prête à occuper le pouvoir étatique, est à laisser l’élite militaire la part la plus juteuse du butin dont ils ont profité ces dernières décennies : « socialistes » aussi bien que « démocrates » cèdent donc face à la funeste réalité du chantage militariste qui s’impose et grandit au Venezuela en ce XXI siècle.

Ingérence de pouvoirs externes : vu, pas vu.

Les porte-drapeaux de l’un et l’autre camp râleront arguant que nous sommes en train de laisser de côté un aspect essentiel de l’affrontement acharné qui les oppose, leur dénonciation tonitruante de la bande rivale comme valet des intérêts étrangers. Pour l’opposition de droite et social-démocrate, la méchante ombre étrangère est en premier lieu la dictature cubaine, qui n’a pas seulement été un parasite du revenu pétrolier vénézuélien jusqu’à il y a peu florissant mais aussi un facteur décisif pour imposer un modèle autoritaire qui essaye de marcher dans les pas de celui de La Havane ; puis on nomme la Chine, qui gravite de plus en plus en tant que financier et créancier du gouvernement vénézuélien, et la Russie, avec un poids économique moindre mais un soutien politico-militaire conséquent ; on cite aussi la présence, désormais en déclin comme les recette pétrolières qui l’alimentaient, de gouvernements qui profitaient au plan économique et politique de leurs relations avec l’État vénézuélien, ce qui est également vrai pour des groupes paraétatiques comme la guérilla colombienne, auparavant les FARC et à présent l’ELN. Pour les chavistes, la « Bête Noire » extérieure, par excellence, est l’impérialisme des États-Unis, qui sous la houlette de l’abominable Trump, joue ce rôle à merveille selon les canons de la propagande de la gauche marxiste. Après on trouverait toute la troupe de laquais, valets et associés de moindre importance des yankees.

Il est curieux de constater que, pour une bonne part, les deux angles de vue se nourrissent de faits avérés et vérifiables, face auxquels le camp adverse déploie de gros efforts pour faire la sourde oreille, de sorte, par exemple, que la présence, impossible à dissimuler voire ostentatoire, de fonctionnaires cubains dans des installations militaires et de sécurité de l’État, semble une donnée invisible pour les uns, les autres ayant une attitude similaire quand ils ne voient pas les accord de type usurier que le Gouvernement de Maduro a conclu avec la banque internationale, volonté d’ignorance pour laquelle, par ailleurs et une nouvelle fois, trouve un accord discret avec leurs « ennemis jurés »

Rédaction d’El Libertario.