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bonjour les enfants !

lundi 26 décembre 2016

Un truc drôle est arrivé dans la Vallée du Jourdain, vraiment ?
Le 17 novembre 2016 parait sur Paris-luttes.info un article traduit d’un autoproclamé clown anarchiste, Amitai Ben-Abba, traitant donc d’une « chose drôle » survenue dans la vallée du Jourdain trois semaines plus tôt. Conscient de l’ironie qui peut se loger dans le titre, mais ravi de l’éventualité qu’il m’est donnée de pouvoir rire sincèrement d’un événement advenu dans une (énième) région du monde où les populations ne rigolent sans doute pas tous les jours, je clique avec empressement, car en plus d’ être drôle l’histoire est aussi « incroyable ».


Pour commencer et sans ironie, c’est décevant. Résumant brièvement, un activiste « anarchiste » solidaire de villageois palestiniens tente d’empêcher un bulldozer israélien de détruire une route, privant par là les villageois de la seule possibilité de se faire approvisionner en eau. Le bulldozer attend les renforts, qui écartent finalement l’activiste. Fin de l’histoire. Je n’ai pas ri, pas même souri.

Pour continuer, et démarrer véritablement ce billet, il faut avouer que j’ai même grimacé. Salement. Cet article n’est pas drôle. Même l’élément de fiction proposé vers la fin (on nous fait croire pendant un temps que le soldat israélien dans le bulldozer est conquis par la rhétorique désobéissante jusqu’à en retourner sa chemise), qui sans doute doit faire la blague, ne fonctionne pas. On a cherché à m’appâter mais pour quoi donc ? Certainement pour m’abreuver de poncifs antisémites (il m’a fallu 5 secondes de profonde réflexion -article lu- pour en arriver à cette conclusion).

Décryptage en 4 points

1-Vous avez dit « nettoyage ethnique » ?

L’expression est employée dans l’article pour décrire qu’ « entre 200 et 300 000 palestiniens ont été déplacés de la vallée du Jourdain depuis 67. »

Plus loin sur son blog (https://radicalmonkeyclown.wordpress.com/) on trouve employé ou assumé le terme de « génocide », associé directement aux politiques sionistes :

« As I insinuated elsewhere, is it not the protective use of force to pelt an occupying army with stones and Molotov cocktails ? And isn’t the lack of decisive action in the face of genocidal injustice inherently violent in and of itself ? »

ou états-uniennes :

« It is no coincidence that the film was funded by the United States Institute of Peace, an Orwellian-named Reagan-era institution with close ties to American intelligence services and whose administrators championed counterintelligence and outright genocidal programs in Central America, Iran, and elsewhere. »

Dans l’introduction à une interview (http://subversiones.org/archivos/117902)

« Este mes se cumplió un año del brutal genocidio israelí en Gaza y Rafah cuyo saldo fue de 1,500 civiles palestinos asesinados (539 niños y niñas), miles de heridos, 1.8 millones de palestinos desplazados además de los más de 370 mil niños y niñas afectados psicológicamente. »

C’est dit. Israël est coupable de nettoyage ethnique et de génocide. La conséquence de ce genre de sentences s’affranchissant (maladroitement ?) de l’histoire, de la politique, et des réalités : longue vie au négationnisme et à ses promoteurs rigolos.

2- Le chat et la souris

Dans son récit Amitai le clown, décidément prêt à toutes les facéties pour amuser ses lecteurs, use d’une image très particulière pour raconter ce qu’il fit dans le but d’empêcher le bulldozer et son chauffeur de réaliser leur projet. Il s’y opposa physiquement et transpose tous les personnages de l’événement dans une allégorie du jeu du chat et de la souris. Et, contre toute attente Amitai se fait chat et le bulldozer souris. C’est surprenant ! On ferait bien plutôt l’inverse, mettre la grosse bête de fer dans la peau du vilain matou et le pauvre petit humain en petite souris.

Mais voilà, dans l’histoire telle qu’elle est contée

« On a finit par jouer à un jeu de chat à la souris bizarre, avec le bulldozer jouant le rôle de la souris. La souris doit atteindre le fromage -le chemin de gravier- de l’autre côté du chat. Si le chat se tient droit devant elle, elle doit s’arrêter, faire marche arrière, et essayer un autre itinéraire. Le problème c’est que dans cette version, si le bulldozer s’arrête trop tard, le chat se transforme en chair humaine. Rachel Corrie est morte ainsi. L’opérateur du bulldozer était en train de jouer avec un grand sourire au visage, testant les limites dangereusement. »

si c’est le bulldozer qui est souris au début, c’est bien son conducteur qui endosse finalement le rôle du rongeur. C’est lui qui convoite le fromage, ce troisième personnage qui aurait du rester dans la bouche du corbeau mais qui s’invite, rendant logique (quoi d’autre le pourrait) cette drôle de transposition contraire au sens commun.

Alors d’accord, va pour la souris avide (de fromage) et souriante, joueuse à tuer, capable de transformer son adversaire en chair humaine. N’y voyez aucune autre image confuse et pouvant confondre avec le point 1 de cet article, ou le 4 d’ailleurs.

3- De chair et d’os

Couplés avec la chair qu’on vient de citer, arrivent les os :

« un nouveau groupe de soldats arrive et pousse mes os hors du chemin pour qu’il achève de transformer Al Hadidiyye en un véritable ghetto »

Le vocable du charnier encore, du tas de chair, du tas d’os, avec lui toujours et encore ce souci d’être au plus juste des réalités, de ne pas générer de confusion. Et le bulldozer pas loin.

Le ghetto ?, c’est rien, juste la cerise. Quand bien même ça ne fait pas sens d’employer le terme pour illustrer une zone géographique qu’on tente de vider de ses habitants, au moins le mot est lâché, et c’est bien souvent ce qui compte dans ce genre de rhétorique vicelarde.

4- Malades on vous dit

« Quelques bureaucrates malades se sont assis et ont pointé sur la carte toutes les citernes d’eau qu’utilisaient Abu Saqr et les autres villageois palestiniens dans la région de Jiftlik-Tubas-Tamun, afin de toutes les détruire systématiquement. Ce que ce guerrier fou a compris dans son esprit malade c’est que si tu prives des gens d’eau et de moyens de subsistance, tu peux les déplacer tranquillement pour faire en sorte d’invisibiliser cette horreur aux médias internationaux. »

Malades, fou, esprit malade.

Si vous imagniez quelques froids, ou intéressés (la soif de richesse ou de pouvoir n’est pas incompatible avec l’idéologie) ou simplement obéissants politiques, bureaucrates ou soldats, détrompez-vous vite….

Alors allons-y, forçons les images. L’État israélien, par le biais de ses bureaucrates et de ses soldats, armée de souris avides et doublement malades (les rongeurs ne sont-ils pas souvent porteurs de maladies variées) puisqu’ ils sont cinglés maintenant, hors de la raison, détruisant systématiquement des citernes (un autre génocide sans doute, aussi invisibilisé que le reste).

Bref

Voilà le message que ce triste clown nous envoie, pas si funny funny que ça en définitive, relayé par Paris-Luttes-Infos en grande forme :

les israéliens, les rats malades, tout ça, c’est des nazis-juifs !

Amitai Ben-Abba est présenté ainsi :

« Radicalmonkeyclown da Jerusalem is an ex-worker anarcha-clownist and involuntary recipient of Jewish privilege. » (https://radicalmonkeyclown.wordpress.com/tag/amitai-ben-abba/)

Le privilège, et juif encore, thème (s’il en est) très cher à Houria Boutelja, autre antisémite patentée, et ses « juifs, chouchous de la République », c’est quoi au juste ? De sombrer dans la connerie et l’horreur ? Ce n’est par contre assurément pas un apanage, tant se vautrent ces temps-ci avec complaisance d’innombrables autres clowns à la mode, qui ne font rire personne, ou presque.

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[Repris de nonsstops.]