Dans les annales de l’histoire réelle, l’acte de naissance de la technoscience restera l’atomisation d’Hiroshima, symbole même de la puissance monstrueuse que la domination a, depuis lors, acquise. Pour la première fois, elle disposait en effet de moyens de destruction sans commune mesure avec ceux utilisés dans le passé, qui lui donnaient la possibilité d’anéantir toutes les formes de vie planétaire. Bien que l’holocauste par la bombe n’ait pas eu lieu, pour des motifs qui relèvent de la raison d’État, le pouvoir de la technoscience n’a cessé de croître, à la mesure de l’empreinte indélébile qu’elle laisse sur tous les terrains qu’elle laboure. En quelques décennies, elle a accéléré la transformation de l’État en appareil de gestion, qui administre les individus comme des choses, et elle a eu des conséquences néfastes beaucoup plus profondes, plus globales et plus durables sur la vie humaine et non humaine que n’en ont eu des formes d’activité antérieures.
Ils ne nous convaincront jamais, ces fanatiques de la démocratie, que la vie équivaut à la survie, que le travail libère, que nous devons être des esclaves dociles dans les rouages dentés d’une machine globalement basée sur l’exploitation et l’oppression.
Par B. Traven
7 févrierParfois, quand son esprit était disponible, le sergent Karl Veek se rappelait un rêve qu’il avait fait dans le passé. Il ne pouvait se souvenir qu’avec difficulté des détails de ce songe enchanteur. Il y était ingénieur civil vivant une vie d’oisiveté somptueuse, dans une maison magnifiquement aménagée qu’il possédait en ville. Il était marié à une épouse à la fois séduisante et cultivée, il avait une petite fille ravissante. Et il goûtait l’existence d’un homme consciencieux, paisible et totalement satisfait.
Les 25, 26 et 27 janvier 2010 les dix inculpés de la révolte de Vincennes passeront en procès au Tribunal de Grande Instance de Paris, à 13h30, 16e Chambre, métro Cité. Une semaine de solidarité sera organisée du 16 au 24 janvier pour entre autres exiger leur relaxe, en espérant que le maximum de personnes, où qu’elles soient, s’approprient cette histoire et ce procès et y fassent écho, tant cela résonne avec les révoltes dans les centres de rétention partout en Europe et ailleurs. Cette chronologie est mise à jour grâce aux mails reçus ainsi qu’en glanant sur les différents médias.
De la lutte anti-esclavagiste dans le Salento
5 févrierLe 10 février prochain, un mois après les émeutes à Rosarno qui ont montré au monde entier les conditions dans lesquelles vivent les étrangers pauvres en Italie (exploités, persécutés, rejetés, déportés), se conclura à Lecce le procès en appel contre quelques anarchistes qui, il y a quelques années, se sont battus contre les négriers modernes. (pour rappel)
Nous vivons dans un monde qui nous a enlevé progressivement toutes les possibilités de vivre, voire de survivre, hors de son cadre. Au cours des 150 dernières années, la domination et le capitalisme industrialisé se sont répandus, peu à peu, sur toute la planète et même au-delà. Face à l’expropriation progressive des possibilités d’une vie autre, s’est développé un courant qui avance de manière générale la réappropriation comme perspective de lutte. Cette réappropriation opère sur différents niveaux comme par exemple les savoir-faire de jadis, les espaces, l’entraide dans un contexte de collectivité. La théorie de la réappropriation est certainement évolutive et pas rupturiste, dans le sens où elle considère les réappropriations d’aujourd’hui comme les germes de la société future. La réappropriation reste alors en général dans le cadre du quantitatif, c’est à dire de l’extension progressive de l’autogestion vers sa généralisation totale. Ses protagonistes estiment qu’acquis ou non par une « lutte », il existe encore des interstices physiques ou mentaux où l’on pourrait expérimenter plus ou moins librement la construction d’autres rapports sociaux. Dans ce sens, on pourrait tracer une ligne de pensée qui se concentre autour de concepts tels que la réappropriation, l’autogestion et l’autonomie face au monde dans lequel on vit.
La prison a encore exigé une vie humaine…
4 févrierLe 17 janvier 2010, Alexandre Varga a été retrouvé mort dans une cellule d’isolement à la prison d’Andenne. La veille, il avait essayé de s’évader. À l’aide d’un couteau, il a pris en otage un maton et a obligé les autres matons à ouvrir toutes les portes de la prison. Une fois dehors, il a relâché le maton, s’est mis à courir mais a été rattrapé par une horde de matons. Ensuite, ils l’ont mis au cachot. Il ne faut pas être une lumière pour comprendre que, par rancune, les matons se sont vengés sur Alexandre. Quelques heures plus tard, Alexandre était mort.
Aujourd’hui lundi 1er février au TGI de paris se tenait la 4ème audience du procès des 10 sans-papiers accusés d’avoir participé à la révolte collective qui, le 22 juin 2008, a abouti à la destruction du centre de rétention de Vincennes. Ce qui théoriquement devait être une audience de fixation de dates pour la suite du procès s’est en fait révélé être la suite pure et simple de la tartufferie initiée la semaine précédente (voir ici).
Par Le Rétif (9 mars 1911)
2 févrierAprès l’illusion religieuse, après l’illusion réformiste, l’illusion révolutionnaire. C’est au fond l’éternel recommencement de la même aventure : le rêve primant l’action, le rêve remplaçant la révolte, et aujourd’hui gâché pour demain.
Le Mercredi 27 janvier au TGI de Paris se tenait la 3ème audience du procès de 10 personnes dites sans-papiers accusées d’avoir participé à la révolte qui a abouti à la destruction du centre de rétention de Vincennes. Dès le début de l’audience on apprend que la demande de récusation de la présidente, qui avait déjà jugé l’un des prévenu, est refusée et que, pour avoir osé formuler cette demande provocatrice de récusation, il en coûtera 750 € d’amende.
Pour retrouver des perspectives offensives
28 janvierIl pourrait sembler banal pour des révolutionnaires de revenir une fois de plus sur la question des prisons, entendues au sens strict. Notre expérience et nos réflexions sont ainsi peuplées des récits de celles et ceux qui y ont lutté par le passé ou des compagnons qui y séjournent régulièrement. A travers nos engagements, nous savons aussi que son ombre est une menace permanente contre celles et ceux qui luttent contre le pouvoir sous toutes ses formes. Cependant, au-delà de ces aspects qui nous touchent de près, les tranformations récentes de la prison nous poussent une fois de plus à revenir brièvement sur l’argument.
La juge Dutartre ayant refusé de se dessaisir elle-même (rappelons qu’elle a déjà été juge d’instruction dans une affaire d’un des inculpés et qu’elle l’avait déjà envoyé en prison), les avocats ont alors fait une demande officielle de récusation auprès du président du tribunal.
Aujourd’hui lundi 25 janvier a débuté le procès des dix sans-papiers accusés d’avoir participé à la révolte collective qui en juin 2008 a abouti à la destruction du centre de rétention de Vincennes. En réalité ce procès n’a pas vraiment commencé et demain nous saurons si la juge madame Dutartre peut continuer à présider les audiences à venir et si Nadir Autmani, en détention depuis 8 mois, sera remis en liberté. Voici un compte rendu succinct de ce qu’il s’est passé au tribunal aujourd’hui.
Dans le pays où nous sommes nés, il n’y a rien de libéré ni de libre. En Italie comme un peu partout, on est en train d’assister à un « tournant autoritaire » sans précédent qui va impliquer tous les aspects de notre vie. On se trouve face à un appareil de contrôle et de propagande totalitaire et totalisant, un système qui nous écrase et nous paralyse, qui nous rend sourds et aveugles à notre souffrance et à celle des autres, résignés et habitués à la « captivité ». Dans la tragédie, il y aurait paradoxalement encore quelque réconfort à pouvoir affirmer que le cynisme a pris le dessus, mais la réalité est bien pire : ce qui a cours est un processus de déshumanisation des individus, c’est l’antichambre de la barbarie.
Une vieille enquête sur des sabotages SNCF pendant le mouvement anti-CPE passe en antiterrorisme ; un réquisitoire vise une personne déjà mise en cause par l’Etat dans l’affaire de la dépanneuse lors des émeutes qui ont suivies les élections présidentielles de mai 2007. Plus d’infos dans ce texte.
Les centres de rétention administrative (CRA) sont des prisons spéciales où les étrangers sans-papiers sont enfermés jusqu’à 32 jours avant d’être expulsés. Créés par la gauche en 1984 et développés ensuite par tous les gouvernements successifs, ils n’ont cessé de se multiplier à travers tout le territoire, tandis que la durée d’enfermement et le nombre d’expulsions (29 000 en 2009 et plus de 100 000 « mesures d’éloignement » prononcées) augmentent aussi. Il n’est donc pas surprenant que partout où se trouvent des centres de rétention éclatent des révoltes, aient lieu des départs de feux, des évasions, des grèves de la faim, des mutineries, des destructions. Ce fut le cas en France (Vincennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse où ils ont brûlé) et dans de nombreux pays d’Europe (Italie, Belgique, Pays-Bas, Angleterre), ou dans des pays où le contrôle aux frontières est externalisé comme la Turquie et la Libye.
Par Max Stirner (1845)
23 janvierCe que l’on nomme État est comme un tissage et un tressage fait de dépendances et d’adhésion, une appartenance commune, où tous ceux qui font cause commune s’accommodent les uns des autres, dépendent les uns des autres. Il est l’ordonnancement de cette dépendance mutuelle. Vienne à disparaître le roi, qui confère l’autorité à tous, de haut en bas, jusqu’au valet du bourreau, l’ordre n’en serait pas moins maintenu, contre le désordre des instincts bestiaux, par tous ceux qui ont le sens de l’ordre bien ancré dans leur conscience. Que l’emporte le désordre, ce serait la fin de l’État.
Sur la grève de la faim des prisonniers anarchistes
21 janvierNous désirons que l’on comprenne l’organisation informelle comme moyen de communication et de mise en commun des pratiques entre anarchistes et autres réfractaires, pour porter en avant les actions qui tendent à détruire l’actuel état des choses, qui tendent vers la révolution, sans nécessiter des réunions hebdomadaires ni de grands documents rédigés en commun sous un consentement toujours destructeur de l’individualité, qui reste à nos yeux le moteur principal de la volonté dans la lutte pour la liberté.
Contre la construction d’un nouveau centre fermé et tout ce qui cherche à nous imposer une vie pleine de frontières et de grillages
20 janvierMai 2009. A Steenokkerzeel, les premiers travaux commencent sur le chantier de ce qui devrait devenir un nouveau centre fermé. Car l’Etat cherche à faire passer une immigration choisie ; une immigration adaptée aux besoins de l’économie. Et ceux qui ne rentrent pas dans les critères devront désormais être expulsés encore plus efficacement. Cette nouvelle prison (avec un régime de cellules individuelles) vise surtout à isoler ceux qui dirigent leur rage contre leurs matons (avec ou sans uniforme). Dans cette rage, nous voyons un point de reconnaissance et une invitation. En route pour une lutte contre ce nouveau centre fermé, contre toutes les frontières, contre toute autorité.
Le stupide et le superficiel, le faible et l’incertain, ceux désireux de l’uniformité à n’importe quel prix, se rallieront sous n’importe quel drapeau, y compris le drapeau révolutionnaire. À mes côtés, sous le même drapeau, je les ai entendus haleter dans des situations trop fortes pour leur goût de l’humanitaire, et indépendamment du déguisement mensonger de lion. J’en ai même vu qui cachaient leurs faiblesses derrière des attitudes dignes de juges écraseurs de montagne. Nous avons presque tous besoin d’un appui, je ne dis pas que je ne m’y inclus pas. Je prends un somnifère quand je ne peux pas dormir, je mange trop quand je suis nerveux, et d’autres choses du même genre. Nous ne parlons pas de nos faiblesses, mais de nos attitudes envers ce que nous envisageons être les faiblesses des autres.
Enfermer un être humain dans quelques mètres carrés pendant des mois et des années. Le contrôler, l’épier, l’humilier, le priver de ses affects. La prison est sans conteste une forme de torture.
Et pourtant, malgré l’abomination de la torture, la société ne peut se passer de prison. Mieux, on pourrait dire que la prison n’est pas une simple émanation de l’Etat qui vise à réprimer et/ou isoler des êtres humains « déviants », non conformes, superflus ou indésirables. C’est au contraire une pièce organique de la société. A bien regarder l’évolution des choses, on pourrait défendre que la prison n’est pas une extension de la société, mais que la société est une extension de la prison. Autrement dit, la société toute entière est une prison dans laquelle les pénitenciers ne sont que l‘aspect le plus évident et brutal d’un système qui nous rend tous complices et victimes, tous enfermés.
Ce texte se veut un bref voyage à l’intérieur des « quartiers et des sections » de notre monde, un voyage qui n’a pas la prétention d’épuiser le sujet mais veut pointer les responsabilités, parce que, comme on l’a déjà dit plusieurs fois : l’injustice a un nom, un visage et une adresse.
Spartacus est de retour !
16 janvierLe 9 et le 10 janvier, des centaines d’immigrés se sont insurgés à Rosarno, une petite ville dans le sud de l’Italie. Après que quelques immigrés se soient faits tirer dessus avec une carabine à air comprimé, les insurgés, armés de bâtons et de pierres, ont bloqué les axes routiers en dressant des barricades. Dans le centre de Rosarno, des vitres de magasins et de commerces ont été fracassées, des barricades ont été incendiées et il y eut de durs affrontements avec la police... et une partie de la population locale qui exigeait que « tous les noirs soient expulsés de Rosarno ». Certains citoyens ont utilisé leur voiture pour renverser des immigrés, d’autres se sont armés de bâtons, de haches et de fusils pour mater la révolte. Le soir du 10 janvier, la police et les citoyens ont réussi à chasser les immigrés de la ville. Plus de mille immigrés ont été transférés vers des centres de rétention en attente de leur expulsion, des centaines d’autres ont fui Rosarno à pied, en voiture ou par train. Tous les quatre mille immigrés ont été chassés de Rosarno.
Tentative de bilan de trois ans d’agitation dans et autour des prisons belges
16 janvierAu printemps 2006, quelques prisonniers commencent à s’agiter à Ittre, une prison construite quelques années auparavant. Une équipe de gardiens connus pour leurs passages-à-tabac prend une déculottée quand plusieurs détenus rendent les coups. Plus important encore, ces derniers sont soutenus en cela par d’autres taulards. Un détenu écrit alors un tract contre les tortures à Ittre et dans d’autres prisons belges. Quelques compagnons décident de le diffuser devant les portes de plusieurs taules, partant du point de vue que si la prison sert à mettre à l’écart du « monde extérieur », une première solidarité consiste à briser cet isolement, à passer ces murs. Plus tard, suit une occupation du préau à Ittre, première amorce d’une certaine dynamique de lutte entre le dedans et le dehors qui continuera à se développer les années suivantes… Dans les villages autour de la prison, des tags apparaissent avec les noms des gardiens malfamés, de la direction etc.