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Grèce : Déclaration d’Andreas-Dimitris Bourzoukos au procès de Velvento

mardi 13 janvier 2015

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Pour commencer, je veux clarifier la raison pour laquelle je me trouve ici, aujourd’hui, en exploitant le déroulement des plaidoiries. Ce qui suivra n’aura donc en aucun cas le caractère d’une plaidoirie, mes pratiques et mes choix s’incluant dans la lutte anarchiste globale, dans la lutte pour la vie et la liberté. Par conséquent, ce sont des pratiques que je soutiens de tout mon être et je continuerai à le faire aussi longtemps que ce monde restera tel qu’il est.

Je ne plaide donc pas, je n’ai rien à dire ni à analyser sur le plan procédurier quant à mes pratiques. Je réfute les accusations justement parce que je réfute la légalité bourgeoise. Je refuse de légitimer votre rôle ainsi que votre justice téléguidée par vos donneurs d’ordres gouvernementaux.

Ainsi, je n’escompte pas d’indulgence de votre part, je ne plierais pas face à la menace de vos lois et à l’emprisonnement qui m’attend pour de nombreuses années, même dans les pires conditions que votre État réserve pour tous ceux qui refusent de baisser la tête. Les nouvelles prisons surnommées “prisons de type C”. Je suis ici pour mettre en valeur les traits politiques de mes choix et exacerber le conflit qui fait rage entre nous. Vous, élément du pouvoir judiciaire, et moi, part de la lutte anarchiste. Et quand je dis “vous”, je ne me limite pas à vous en particulier mais à l’ensemble des personnes qui détiennent des postes de pouvoir. C’est un conflit qui sort du cadre limité de l’affrontement interpersonnel, c’est une guerre de classe, sociale, qui s’étend dans le continuum de l’espace-temps et tire ses racines dans les formes primitives du capitalisme et les relations d’exploitation et de pouvoir qui définissent depuis maintenant des siècles le genre humain.

Bien que je sois anarchiste et ne reconnaisse à aucun tribunal la compétence de juger mes choix, je ne peux ignorer le pouvoir de ce mécanisme et ne pas démontrer de quelle manière la loi et la justice sont conçues et interprétées. Je ne peux me taire face à ce peloton d’exécution camouflé et baisser la tête devant la peur de voir mon tour arriver.
Je pense que la réfutation révolutionnaire est ainsi une obligation qui m’incombe face au monolithisme du pouvoir judiciaire, face au silence que vous voulez imposer.
En prenant donc les choses dans l’ordre, je me trouve dans une cour spéciale, celle d’un tribunal spécial, je suis jugé selon une loi spéciale et le futur prévoit des conditions spéciales de détention pour moi, mes compagnons et tous les perturbateurs qui troublent le fonctionnement bien réglé de ce système dans son ensemble. Des catégories spéciales d’individus au sein d’une masse de citoyens uniformes, dociles et asservis, voilà qui serait une lecture - peut-être la plus aisée - de toute cette différentiation intentionnelle. Mais, d’un autre côté, il suffit de voir le rôle et l’utilité des lois et de la justice pour expliquer de manière exhaustive les raisons de cette intention.
Ainsi, le droit est par défaut une forme de contrôle social, un moyen pour que subsistent dans l’ensemble du corps social l’obéissance et la soumission à travers un système de règles qui définissent ce qui est possible ou non, ce qui s’inscrit dans les cadres systémiques de l’admissible et ce qui s’éloigne de cette norme.

L’État de droit que vous invoquez impose les conditions de soumission à un système d’exploitation et de misère. Le “droit” existe donc juste parce qu’il y en a qui obéissent. Mais que se passe-t-il avec ceux qui refusent de se conformer, ceux qui dévient et se soustraient aux comportement sociaux prédéfinis ?
“Loi et Ordre”, le dogme qui recouvre ce vide et assure le maintien de la légalité bourgeoise avec des lois plus strictes, des peines qui visent à l’extermination et une répression implacable.
Ainsi, l’Etat enrôle le pouvoir judiciaire afin de réprimer tout comportement déviant et de maintenir d’une certaine manière la stabilité sociale et politique. Exprimant soi-disant les intérêts de la société, ils contraignent les citoyens à respecter les lois et octroient ainsi indirectement le monopole de la violence au mécanisme étatique.
Celui qui essuie la violence étatique ne peut pas et est même dans l’impossibilité de répondre par la contre-violence adéquate et doit juste accepter docilement l’autorité de l’Etat, l’imposition des lois pour le “bien de tous”.
Un pré-requis à la stabilité capitaliste - politique - est la légitimation du système et de la violence qu’il produit, ses gardiens ne pouvant naturellement être d’autres que ceux du pouvoir judiciaire, lequel est appelé à “couvrir” tout les déséquilibres structurels du système afin qu’il ne s’effondre pas socialement et économiquement.
Bien entendu, en exécutant toujours les ordres du gouvernement et en jugeant en faveur des intérêts étatiques de manière partiale, en règle générale. La possibilité d’interpréter la loi de multiples façons pour les juges est la porte de derrière toujours ouverte à la classe au pouvoir pour intervenir et guider le pouvoir judiciaire. Leur (votre) rôle n’est autre que la sauvegarde de l’élite économique et politique, les critères sur lesquelles est rendue la justice sont profondément liés à la classe et c’est pourquoi votre violence se dirige contre les hors-la-loi, les pauvres diables, les immigrés et bien sûr contre tous ceux qui remettent activement en question votre pouvoir. D’un autre côté, la flexibilité de vos lois se volatilise dans les cas des grands criminels “légitimes”, comme dans le fait récent du maire de Thessalonique Papageorgopoulos, lequel, et alors qu’il avait condamné en première instance à perpétuité pour détournement de fond d’un montant de 17,9 millions d’euros, a finalement “cassé” la condamnation à perpétuité un an après et a été condamné à 12 ans ferme. Même si les 17,9 millions que ce monsieur s’est mis dans les poches sur le dos des citoyens de ce pays est un crime de moindre gravité comparé aux immigrés qui, pour des vols, sont condamnés à 14 ou 15 années de prison ferme. Et je ne peux qu’apporter ici un exemple de plus pour montrer combien votre justice est téléguidé et liée à la classe. Je parle bien sûr de la décision du Tribunal Mixte de Patras qui a innocenté deux des quatre accusés dans l’affaire des tirs à Manolada, là où 35 immigrés se sont fait tirer dessus parce qu’ils exigeaient leurs salaires.
En vérité, à quelle société aspirez-vous et quel bien commun protégez-vous ? Quel bénéfice social et quelles valeurs proposez-vous ?
Vous aspirez à une société dans les ténèbres, effrayée, où elle endurera passivement la violence de l’Etat et du capital et vous en êtes responsable.
Qui a été condamné pour les millions d’euros que vole l’autorité politique des fonds publics toutes ces années ?
Qui a été condamné pour les milliers de gens poussés au suicide par la crise économique ?
Qui a été condamné pour les dizaines de meurtres d’immigrés à Farmakonisi et les faits similaires qui se sont déroulés dans tant d’autres lieux avec des personnes qui sont simplement superflues pour le système capitaliste ?
Qui a été condamné pour les innombrables cas de torture (soi-disant “isolés”) dans les commissariats ?
PERSONNE !
Bien entendu, je ne dis pas que vous ne faites pas votre travail correctement, bien au contraire ! Voilà ce qu’est exactement votre tâche, couvrir les crimes quotidiens de l’Etat. Ici encore, au sein de cette cour, nous avons vu un certain nombre de policiers qui, de manière grossière et avec un culot monstre, ont couvert leurs collègues du commissariat de Veria pour les tortures qui y ont eu lieu. La contradiction dans cette affaire n’est néanmoins pas la dissimulation faite par l’autorité, mais la manière dont la torture est présentée comme suite normale de l’application de celle-ci (l’autorité). De plus, la publication de nos photos a précisément desservit ce but : d’un côté, la légitimation morale de la torture et de l’autre, la diffusion de la peur en faisant un exemple pour tous ceux qui choisissent d’attaquer le système et ses structures. On parle ici d’une “dévitalisation” de la société dans son intégralité, une tentative d’éradiquer et d’assimiler ces réflexes qui lui sont restés.
De manière aujourd’hui flagrante, l’Etat et le gouvernement aménagent les conditions de leur imposition au moyen de sévères projets de loi fascisants et de décrets-lois spéciaux.
Avec pour exemple récent le projet de loi pour les prisons de type C, c’est-à-dire la légitimation des conditions spéciales de détention, une torture permanente dictée par le capitalisme international et national, l’organisation terroriste la plus vaste et la mieux organisée, qui restructure le système pénitentiaire sur le modèle de la répression généralisée.
En guise de résumé, l’intention qui est la vôtre de rendre la justice se tarit dans le maintien de la stabilité politique et des divisions de classe auquel le système capitaliste donne naissance de manière déterministe.

Mais, puisque nous avons parlé de terrorisme, passons donc aux accusations que votre cour m’attribue.
Tout d’abord, l’organisation terroriste, article 187A du code pénal, ou encore : « la mise en pratique d’infractions définies de manière à, ou par extension, ou sous des conditions où il est possible d’offenser gravement une nation ou un organisme international et avec pour but d’intimider gravement une population, contraindre illégalement une autorité publique ou un organisme international d’exécuter tout acte ou de s’en abstenir, d’endommager gravement ou de détruire les politiques constitutionnelles fondamentales ou les structures économiques d’une nation ou d’un organisme international ».
Il est important de s’intéresser à cette qualification législative et surtout à ce que vise cette loi dans son ensemble.
Tout d’abord, l’article 187A est en substance une loi spéciale, une mise à jour de l’article 187 sur l’organisation criminelle. La nature de la loi comprend une dualité assez importante, non pas tant d’un point de vue législatif techniquement parlant - ce qui ne me préoccupe de toute façon pas - mais sur le plan de son opportunité politique.
Donc, tandis que cette législation reconnaît en partie les motivations politiques d’un acte avec le passage d’organisation criminelle à terroriste, elle assimile en parallèle l’infraction politique avec celle pénale quant à la façon d’y faire face.
C’est-à-dire que, alors que les poursuites judiciaires sous l’article 187A sont mises à niveau, du fait des motivations politiques de l’infraction, le terroriste est un criminel du droit pénal.
En peu de mots, l’autorité judiciaire, en excellente collaboration avec le gouvernement et l’Etat, suit le dogme rigoureux néolibéraliste d’inspiration tatchérienne selon lequel « il n’existe désormais plus de classes mais seulement des individus ». Il n’y a ainsi plus de lutte des classes, et donc plus d’infraction politique, puisque l’Etat et la classe dominante limitent les manières et les conditions de la confrontation politique dans le cadre de la légalité. L’autorité ne peut donc être remise en question.
Car bien sûr cette relégation, ou plus exactement ce nivellement de l’infraction politique au niveau de crime de droit commun, a pour conséquence la criminalisation de toute forme de résistance, a fortiori quand celle-ci s’accompagne de l’usage de la violence.
On a donc une loi spéciale qui, au-delà d’enlever tout leur sens aux caractéristiques politiques de chaque pratique, vise aussi à l’élimination de toute forme de résistance. Une loi “parapluie” dont la finalité est constamment repoussée jusqu’à voir récemment un village entier être poursuivi sous l’article 187A aux Skouries, inaugurant ainsi la tactique des poursuites massives dans le cadre de l’organisation terroriste, ces personnes ayant simplement résisté à la manie d’expansion du capitalisme.
C’est un enchaînement naturel de la crise économique systémique que l’autorité transmette la peur au pan de la société qui résiste en caractérisant toujours plus de pratiques comme terroristes et en espérant ainsi maintenir l’équilibre fragile du système capitaliste.

Nous assistons en parallèle à une remise à niveau de la politique répressive ces cinq dernières années. Les autorités judiciaires grecques, suivant le dogme Marini et ayant à faire face à un milieu anarchiste en constante augmentation, lancent une série de poursuites en 2009 sous le motif de la découverte de bombes dans une maison à Halandri. Ainsi, une seule maison est rebaptisée planque et un “nouveau” stock de poursuites est créé. Tous les anarchistes qui avaient leurs empreintes dans cette maison étaient (et restent peut-être) des terroristes potentiels, une théorie que le procureur a poussé encore plus loin au procès des compagnons Sarafoudis et Naksakis en statuant qu’il suffit d’être anarchiste pour être membre de la Conspiration des Cellules de Feu. En utilisant donc cette méthode de poursuites, les autorités judiciaires nous mettent sur le dos des dossiers d’accusations et visent à notre enfermement pour de nombreuses années et notre châtiment à valeur d’exemple.

Quel beau conte de fées que voilà, mais les seuls terroristes sont l’Etat et le Capital. Historiquement, dès la première apparition du terrorisme comme analyse politique, cette première a été identifiée avec le terrorisme étatique.
Le terrorisme est ainsi la domination à travers la violence et la terreur. Et ceux qui se dépêchent de condamner la violence d’où qu’elle vienne ne peuvent fatalement pas comprendre (ou en tout cas cela ne les arrange pas de comprendre) la différence intrinsèque entre violence primaire et secondaire.
Ne nous y trompons pas, la violence définit le système et est quotidiennement inhérente à l’ensemble du tissu social. Tant qu’il existera des individus qui vivent dans des cartons et d’autres dans des villas luxueuses, la violence existera. Tant que certains se tueront dans des accidents du travail pour en enrichir quelques-uns, la violence existera. Tant que perdura l’exploitation de l’homme par l’homme, la violence existera.
La violence est depuis toujours un élément fondamental du système capitaliste, elle est quotidiennement reproduite de diverses manières et envers de nombreux destinataires.
C’est néanmoins un fait qu’il existe une violence primaire exercée par l’autorité. Elle s’exprime de la manière la plus dure et de manière systématique par le biais de l’extorsion économique du plus large pan de la société afin de nourrir avec des milliards le système bancaire qui s’effondre ; à travers le travail qui, au lieu d’être le moyen pour tout un chacun d’exprimer sa créativité et de subvenir à ses besoins, a plus la forme d’une sanction, où les gens sont contraints de travailler comme des esclaves dans les galères contemporaines du capitalisme ; par le biais de la répression féroce contre la partie combative de la société ; à travers les 1,5 millions de chômeurs condamnés indirectement à une forme de mort lente.
Des centaines d’expressions de cette violence - le terrorisme étatique -, des centaines d’exemples existent et il n’est pas utile que je m’exprime davantage sur ce fait. La question est comment de ce terrorisme étatique - qui revendique le monopole de la violence - résulte la seule violence juste, la contre-violence révolutionnaire. Car même si le monde pour lequel nous luttons est celui de la non-violence, de la solidarité et de la liberté, nous savons trop bien que les nantis ne renonceront pas volontairement à leur pouvoir sans l’usage de la violence.
Nous opposons la violence à la violence, la force à la force, quel qu’en soit le prix. Même si le coût sera notre liberté ou nos vies. Nous devons être prêts à perdre la vie pour la sauver. La violence révolutionnaire n’a ainsi rien à voir avec l’utilisation de la terreur. La terreur a été, est et sera l’outil de la classe dominante pour s’imposer.
La différence intrinsèque entre contre-violence révolutionnaire et terrorisme étatique se résume dans les mots de Malatesta : « Si, pour vaincre, on devait élever des potences sur les places publiques, je préférerais être vaincu ».
Bien que nous fassions parti de ce monde corrompu et pillé et qu’inévitablement nous le portions en nous, nous portons parallèlement en nous le besoin d’une révolution. Nous luttons pour un futur libre en bien ou en mal, nous ne pouvons voir qu’à travers le prisme du présent. Et pour armer notre lutte dans le moment présent, l’expropriation est un besoin révolutionnaire.
Pour tout d’abord libérer du temps dans nos vies, pour ne pas s’enfermer dans les filets de l’esclavage salarié.
Mais surtout pour enrichir la lutte anarchiste large dans tous ses aspects. Et la lutte anarchiste est un cheminement vers l’émancipation complète de l’homme. Un cheminement vers la destruction de toute institution qui opprime l’existence humaine.
L’expropriation de banques a été et restera un choix historique des mouvements révolutionnaires, une pratique insurrectionnelle contre le bastion économique du capitalisme. Naturellement, nous ne nous faisons aucune illusion sur le fait qu’un braquage puisse porter préjudice à la banque, encore plus au système bancaire dans son ensemble. Quoi qu’il en soit, c’est une pratique révolutionnaire, une brèche dans la toute-puissance de l’Etat et du Capital. Bien sûr, elle n’est pas par définition révolutionnaire, mais toujours en lien avec le sujet qui définit les caractéristiques particulières de cette pratique.
Vous, vous parlez de braquage dans le cadre d’une organisation terroriste, je veux donc clarifier que je n’ai jamais été membre d’aucune organisation mais toujours anarchiste.
C’est en tant qu’anarchiste que j’ai fait ce braquage et c’était par conséquent un acte de résistance conscient, un moyen indispensable pour autofinancer ma vie et la lutte. Un choix que je ferai à nouveau et que je soutiens toujours, puisque les raisons et les motifs qui m’y ont conduit sont la nature même du capitalisme, les relations d’exploitation et d’oppression.
Naturellement, quand nous parlons de braquage dans le cadre de la lutte anarchiste, nous parlons de ciblage et de caractéristiques précises dans son déroulement. Par exemple, notre cible ne pourra jamais être parmi les 44,3 % de la population de ce pays qui ont des dettes envers les banques et qui sont conduits à des liquidations forcées afin de survivre et de ne pas mettre aux enchères leurs maisons.
Contrairement au mécanisme étatique, nous ne “taxons” pas les classes sociales les plus pauvres et les chômeurs, ceux qui ne possèdent rien. Nous, nous exproprions les endroits où est sur-accumulée la richesse étatique (et pas que), nous prenons pour cible ceux qui volent 37,7 milliards à la société pour “sauver” le système bancaire. Nous prenons pour cible ces 5 %, les grandes familles grecques, qui oppriment depuis des années les couches sociales les plus basses du pays.
Quand nous choisissons le braquage, nous choisissons par là un moyen révolutionnaire, une pratique de lutte et comme tout acte révolutionnaire, il s’organise et s’exécute sur la base de l’éthique du sujet. Une éthique complètement différente de celle que le système impose. Une éthique comprise dans le cadre des perspectives anarchistes.
Ainsi, c’est exactement parce que notre objectif est précis, tout comme nos buts, que nous choisissons de nous armer et de défendre notre liberté, de faire face aux gardiens armés et sans scrupules du capital, les représentants de l’ordre et de la sécurité.
Naturellement, en tant qu’anarchistes, nous sommes totalement opposés à la conception étatique des “dommages collatéraux”. C’est un terme utilisé par la domination pour couvrir le crime le plus affreux et répugnant qui est le sien. Pour nous, les armes utilisées lors d’un braquage ne sont pas dirigées contre tous, elles servent à l’expropriation de la richesse et à la contrainte nécessaire que requiert notre pratique. Malgré tout, cela ne vaut pas pour tous ceux qui ont pour but de nous priver de notre liberté.
Bien sûr dans le cas présent, nous nous sommes retrouvés dans une situation particulière lors de notre traque. Notre choix de voler la voiture d’un conducteur au hasard qui se trouvait sur notre chemin a rajouté un facteur hors de notre contrôle. Nous avons choisi d’empêcher le conducteur de prévenir la police du vol de sa voiture et le seul moyen était de le prendre avec nous pour le temps que demandait la fuite de nos compagnons.
Nous avons répondu au dilemme dans lequel nous nous sommes retrouvés lorsqu’a commencé la course-poursuite uniquement sur le critère non d’un humanisme inconsidéré, mais selon notre code moral personnel. Il n’y eut donc aucun désarmement de la part de la police, je ne vais pas leur donner la joie de valoriser le travail de la police une fois de plus. Ce qui s’est passé était clairement notre choix, une décision de désengagement basée sur nos critères propres et en considérant tous les facteurs qui avaient surgi.
Vous pensez donc qu’un tribunal est compétent pour juger ces choix, les évaluer ou même se poser objectivement face à eux ? Bien sûr que non, exactement parce que ce sont des choix qui font la synthèse d’un lutte plus large à laquelle nous sommes confrontés. Et je parle de l’ensemble des choix, pas seulement du moment de la course-poursuite.
Beaucoup de choses différentes ont été entendues pendant le procès et à plusieurs reprises vous avez tenté de présenter un visage plus “démocratique” qui laisserait de la place au pluralisme des idées et de montrer que soi-disant vous comprendriez jusqu’à un certain point ce que nous défendons et promouvons. Ou bien encore que vous n’exécutez pas d’ordres, que vous n’êtes pas les bourreaux mandatés du système. Que les rendus ne sont pas pris d’avance et que votre travail est d’appliquer “la loi à la lettre”. Mais, en vérité, comment appliqueriez-vous exactement “la loi à la lettre” dès l’instant où toute loi n’a pas un seul sens unique et manifeste ?
Dans le fond, il n’y a donc quasiment aucune chance pour que l’autorité judiciaire dévie de la politique étatique. Même dans les cas où le facteur humain prévaut ou dans le cas d’un activisme judiciaire, l’initiative sera soit assimilée par le système, soit le but de l’activisme judiciaire sera le changement de politique gouvernementale et non son opposition au mécanisme étatique. Par ailleurs, votre implication directe et consciente dans ce dernier vous engage aussi sur le plan politique. Chose qui bien sûr n’est pas cachée et refait surface quand sont menacées la stabilité et le visage humain du système. Comme par exemple le dévouement exemplaire de “monsieur le président [de la cour]” à dicter systématiquement les réponses aux flics afin de les tirer de cette position difficile qui est de compromettre leurs collègues.
Vous êtes donc complices des innombrables crimes du terrorisme étatique, co-responsables de la situation désespérée que nous vivons quotidiennement. Défenseurs dévoués d’un système d’exploitation et de misère. Assassins aux mains couvertes du sang de tous ces moments libres et insoumis. Des branches de l’“arbre” du pouvoir et de la corruption, obligés de nettoyer le sang pour alléger votre conscience. Mais, la vanité de votre existence exige toujours plus de sang afin de nettoyer le précédent. Et naturellement, une soi-disant indulgence ne viendrait pas s’opposer à votre rôle repoussant. Nos condamnations certaines et les quelques dossiers de mise en examen qui nous sont collés vous laissent de la marge pour les “sensibilités” démocratiques.

L’état d’urgence que nous vivons se base sur l’hypnose de la société et continuera d’exister tant que la peur prévaudra sur la combativité. L’État et le Capital ont besoin de la passivité, le seul moyen de survivre sans devenir la cible de la répression féroce étant de simplement fermer les yeux et de laisser sa vie s’échapper, l’Histoire s’écrire sans l’affecter d’un iota.
Une hibernation dans un “hiver” profond et sans fin. L’“hiver” du pouvoir et de l’exploitation. L’“hiver” de la terreur, de la violence, de l’État, des forces de répression, des lois, des magistrats, du capitalisme.
Et néanmoins, il existe dans cet “hiver” quelques individus qui défient les ténèbres de nos temps et la supériorité militaire incontestable du système et se battent pour le “printemps” de demain. Ils portent en eux l’opiniâtreté du printemps qui toujours gagne la bataille contre l’hiver. Tous ces individus ont un critère en commun, ils n’ont jamais été satisfaits de ce qui leur a été prétendument donné généreusement.
Ils s’unissent face aux impératifs éthiques de nos temps et vont de l’avant, vers l’impossible. Un pas vers l’inconnu, mais qui est dans le même temps captivant justement parce qu’il est inconnu.
Ils se sont jetés dans la lutte tout d’abord pour changer leurs êtres, mais avec l’espoir de sa diffusion à l’ensemble de la société.
C’est toutes ces personnes qui ont refusé l’imposition de l’autorité et de l’exploitation qui, au cours des années, ont lutté en donnant jusqu’à leurs vies pour le rêve de révolution.
Des individus tombés amoureux de l’Idée de subversion et du besoin de destruction de la civilisation de la misère fortifiée. Retranchée derrière les moments d’oppression, derrière la peur diffuse et les “assassinats” continus des désirs insoumis.
Un voyage a débuté voilà des siècles, un chemin qu’ont emprunté des centaines de personnes au fil de l’Histoire.
Un parcours vers l’émancipation totale de l’homme. Un parcours vers l’Utopie, vers la liberté, l’anarchie.
Et chaque pas dans cette direction, petit ou grand, porte le poids de l’histoire de toutes ces personnes. Chaque pas est un moment de lutte dans le chemin pour la révolution.
À notre tour, nous faisons nous aussi la promesse de ne jamais trahir la lutte, de ne jamais oublier la beauté de ce voyage.

Je me déclare donc anarchiste impénitent, une partie de la lutte qui porte les traits propres de chaque personne en lutte, une lutte multi-tendances mais au but commun, la révolution.
Et s’il y a quelque chose de sûr, c’est que rien n’est fini, aujourd’hui plus que jamais nous devons continuer et intensifier notre lutte, former la perspective révolutionnaire pour le dépassement définitif du capitalisme.

TOUT POUR LA LIBERTÉ, JUSQU’À LA RÉVOLUTION ET L’ANARCHIE

Andreas-Dimitris Bourzoukos

[Traduit du grec par nos soins.]

Solidarité avec les compagnons arrêtés suite aux braquages de Velvento/Kozani !