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Grèce : Pour les chiens errants de Volos

samedi 7 mai 2016

En grec, pour parler des chiens errants, on dit adéspotos, ce qui veut dire « sans-maîtres ».


Le mot adéspotos ne peut être utilisé que de façon positive. L’adéspotos est celui qui vit par lui-même et pour lui-même, qui ne suit pas les normes sociales, qui ne reconnaît pas de modèles et qui est indifférent envers tout ce qui se place au-dessus de lui. Il s’agit d’un privilège que nous avons tous perdu afin de pouvoir survivre dans une société bien organisée et immergée dans la normalité. Un privilège que seuls quelques animaux « indomptables » ont réussi à conserver, chose dont les laquais de la démocratie ont décidé de les priver à nouveau.

Suite à une décision du nouveau maire de Volos, le dimanche 19 octobre 2014, un plan de propreté de la ville sur les chiens errants dangereux a été instauré. Il s’agit une fois de plus d’une tactique connue des dirigeants et de leurs acolytes, celle de capturer tout ce qui détruit l’image d’une société immergée dans la purge permanente, qui enferme tout ce qu’elle n’arrive pas à stériliser. Il s’agit d’une manœuvre qui cherche à promouvoir le côté « sensible » d’un État-providence, à travers la création de centres « d’hospitalité » pour entasser ceux qui ne cadrent pas avec son image, une pratique de l’État utilisée continuellement contre différents groupes sociaux, comme les migrants, les femmes séropositives [1], les anarchistes, etc.

Comme à chaque fois, nous ne nous berçons pas d’illusions. Nous ne pensons pas que les chiens capturés, ou en passe de l’être, auront une vie heureuse, mais c’est tout le contraire. Comment le pourraient-ils s’ils ne sont plus libres ? Au contraire, ils vivront dans des cages, et personne ne pourra nous garantir que les plus rebelles et gênants d’entre eux, ou ceux pour qui il n’y aura plus de place dans la fourrière, ne seront pas abattus.

Bien que la mentalité de l’enfermement est profondément enracinée dans vos esprits malades, comprenez bien que l’on ne peux pas enfermer les adéspotos, qu’ils ne se capturent pas.

Les chiens retourneront dans leurs parcs et leurs places, ils vagabonderont librement dans leur ville !

Des défenseurs de la dysnomie [2]

[Affiche traduite du grec dans Des Ruines, revue anarchiste apériodique, n°2, Automne 2015, et collée sur les murs de Volos par les compagnons du squat Diskordia.]

Notes

[1Avril-mai 2012, en pleine période électorale, de nombreuses femmes prostituées ont été arrêtées. 32 d’entre-elles ont été détenues dans des conditions déplorables au quartier général de la police d’Athènes après avoir été forcée à faire des tests VIH. Elles ont été inculpées pour « coups et blessures graves avec préméditation », accusées d’avoir propagé le SIDA et d’être des « bombes hygiéniques » par le pouvoir et les médias, qui ont même publiés leurs photos signalétiques. Suite au scandale soulevé, elles ont toutes été acquittées. (Ndt.)

[2Dysnomie (en grec ancien Δυσνομία / Dusnomía, « l’Anarchie ») est une déesse grecque mineure. Elle est une fille d’Éris (Discordia chez les romains) et la personnification de l’Anarchie. Elle est généralement accompagnée d’Adicie (l’Injustice), d’Até (la Fatalité) et d’Hybris (la Démesure). Son opposée est Eunomie (l’Ordre civil). (Ndt.)