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Hors-jeu ?

lundi 16 octobre 2017

« Réputé avoir toujours entretenu des rapports cordiaux avec la classe politique, d’Anne Hidalgo au Front National en passant par Ange Mancini ou Bernard Squarcini, il semblerait que M. Campion ait décidé aujourd’hui de hausser le ton et de prendre le gouvernement frontalement. Nous reproduisons en exclusivité sa tribune ainsi que l’affiche qui est en train d’envahir tous les manèges de France. Gageons que cela annonce une diversification toujours plus grande des cortèges de têtes qui s’apprêtent à défier notre nouveau président. »
« La Catalogne seule ne pourra jamais se retrouver. La république catalane peut naître seulement fraternisant avec les républiques des autres peuples qui vivent dans cette péninsule.Votons, donc, pour briser le régime de 1978, héritier du franquisme. Votons parce que voter dans ces moments constitue un défi à l’État, et ce défi nous rendra un petit peu plus libres. »

12 septembre et 1er octobre, « Lundi Matin ».

C’est une parfaite histoire d’amour qui se déroule sous nos yeux, qui va vite et tout de suite très fort. Quelques semaines se sont à peine écoulées depuis le coup de foudre dont s’était fait écho l’appel à l’union des bons français et des anarchistes lancé sur l’Organe de Presse du Cortège de Tête (ou bien est-ce la Tête du cortège d’Organes ?) et pourtant nous avons déjà dépassé les premiers rendez-vous, laissé derrière nous les premières baises et les premières disputes. Sous nos yeux qui n’en reviennent pas, on en est déjà de l’autre côté des Pyrénées à planifier la procréation d’une merveilleuse série d’enfant auquel ne manquera comme il se doit ni son papa Insurgé ni sa maman Policière. La première née (« République de Catalogne ») risque fort d’être morte-née, mais qu’on se rassure : si ce n’est pas pour cette fois ce sera pour la suivante, et en attendant les aspirants enfanteurs auront tout le loisir de se repaître du cadavre. Il y en auras pour tout les goûts au grand banquet de la charogne patriotique ! A moi la tête cassée à coups de matraques ! A moi les bonnes viscères bien pourries ! Par ici le membre fleuri à croquer ! Le nationalisme est une sauce puissante, à même de faire descendre n’importe quel aliment dans le gosier des cannibales de la question sociale.

SAUTE MOUTON
Que se passe-t-il au juste ? L’air de rien tout un pan du « milieu radical » rejoins le camps nationaliste, dans un mouvement accéléré qui voit les amis de l’insurrection sauter par dessus les épaules des patriotes ombrageux type Mélanchon pour atterrir directement dans ce marais répugnant de la pègre néo-poujadiste décomposée où évoluent des monstres politiques comme Marcel Campion… et de l’autre côté des Pyrénées des anarcho-syndicalistes main dans la main avec le patronat monter sur une étrange barricade où on applaudit des flics. Il faut voir la manœuvre, il faut la dénoncer pour ce qu’elle est : assurance sur l’avenir, dissociation préventive.

OÙ LE ZOMBIE STALINIEN REVIENS PAR LA FENÊTRE
Dans un moment de confusion générale et d’extrême répression policière on s’inocule soi-même la peste de peur de se retrouver isolé puisque qu’il semblerait qu’elle soit amenée à contaminer presque tout le monde, ou encore : on se place du bon côté du fusil, du côté de ce qui grouille et rêve d’en finir une bonne foi pour toute avec ce qui reste d’internationalisme et de réflexes anti-autoritaires dans les milieux oppositionnels. Et sous le k-way noir éventuellement orné d’une badge aux couleurs nationales on répète inlassablement la nouvelle mantra, les trois maitres mots de l’insoumission dans le vent « Activisme ! Opportunisme ! Nationalisme !

Activisme  : L’atmosphère est saturée d’appel à agir « quand même », à mettre de côté les scrupules d’un autre temps, les répugnances pavloviennes héritées de l’ancien mouvement révolutionnaire : un jour il s’agit de fêter la venue des forains et de leur drapeaux tricolores, le lendemain de se placer à la tête du défilé mélanchoniste, et le sur-lendemain de prendre part à un référendum nationaliste. Comme à chaque fois par le passé, il semblerait que le culte de l’action-pour-l’action, cette mystique de l’insurrection sans contenu, soit la parfaite courte-échelle vers la décomposition ultra-chauvine façon Mussolini.

Opportunisme  : À Insurrections imaginaires opportunisme très réel. De manière caractéristique il s’agit de donner des gages tous azimuts : on donnera une franche accolades aux patriotes au même moment où on se fera l’écho de la propagande du PKK, en même temps qu’on se laissera aller à une petite rechute d’exaltation nihiliste du meurtre de civils (« We bomb NY »). On retrouve là tous les symptômes classiques de la maladie opportuniste, qui se développe sur le cadavre de guerre sociale et s’épanouit dans une orgie de « en même temps, d’un côté-de l’autre, oui-mais, quoique-cependant, plus ou moins ».

Nationalisme  : Le déplaisant spectacle de gauchistes pavoisant leur petite boutique de drapeaux nationaux n’a certes pas grand chose de nouveau, et sans remonter à l’union sacrée en 1914 ou aux anarchistes de gouvernement pendant la Révolution espagnole il n’est qu’à regarder feu le « mouvement altermondialiste » (qui vient à peine de cesser de respirer) et qui, avec sa vision binaire du monde opposant les gentilles dictatures sous-développées aux méchante dictature privilégiées ou sa dénonciation mécanique des multinationale démoniaques, aura constitué une sorte d’avant-dernière mutation de la France stalinienne. Le côté répétition burlesque de la situation ne doit pas pour autant nous pousser à sous-estimer la gravité de ce qui se passe. Ce n’est jamais parce qu’un coup vient de loin qu’il porte moins violemment et fait moins de dégâts ! On a pu voir lors des derniers troubles en France contre la loi Travail la vitesse à laquelle s’est diffusée (et notamment dans les secteurs mobilisés les plus jeunes) une vision identitaire de la lutte qui mêlait acceptation de l’idée de « race » et modes opératoires de hooligans. De ce point de vue le tapage fait autour de l’invitation de Marcel Campion dans le « cortège de tête » par ses promoteurs n’aura pas été sans utilité pour transformer l’explosion sociale de la rentrée en pétard mouillé.

NOS AMIS NON PLUS N’ONT PAS D’AVENIR
Libre à nous d’essayer d’être autre chose que les spectateurs de cette sinistre farce. Il est prudent de se garder des coups qui viennent et vont venir d’à-côté de nous, de nos compagnons forcés de nasses policières, mais l’ennemi le plus redoutable n’est pas là. Il est devant nous, et qui nous regarde de plus haut : le parti organisé des propriétaires de ce monde. C’est un ennemi puissant qui ne recule et ne reculera devant aucune extrémité pour imposer au bétail humain dont il a la garde les sacrifices qu’il juge nécessaires à la poursuite chaotique de ses affaires. On a trop répété par le passé que la situation était révolutionnaire pour que pareille affirmation puisse ne pas être lestée d’un pesant ridicule. Mais à défaut de pouvoir être facilement caractérisée (révolutionnaire ? catastrophique ? les deux à la fois ?), la situation présente qui voit aux prises dans une obscure mêlée gouvernements plus ou moins discrédités, appareils policiers en roue libre et nationalistes de toutes les variantes sur fond de précarisation généralisée, d’attentats à répétition et de menace nucléaire universelle est assurément profondément confuse et troublée…

Confuse et troublée ? Voilà en vérité deux caractères contradictoires pour un moment historique. Le parti zigzagant de ceux qui aspirent fondamentalement à ce que rien ne change l’a bien compris, qui pèse de tout son poids pour que se développe la confusion, afin qu’elle masque et étouffe petit à petit les éléments de troubles, les échos encore lointains de la liquidation sociale. Serons nous en mesure de comprendre, et de faire quelque chose de cette compréhension, que l’action de ceux qui veulent à l’inverse que tout change doit être… exactement l’inverse ? Refuser de jouer le jeu opportuniste de l’unité et des mobilisation nationalistes, refuser une bonne foi pour toute les règles et tous les gouvernements.

Être hors-jeu ne veut pas dire : être dans le tombeau, mais veut dire : être disponible pour jouer le seul jeu réellement passionnant, la guerre sociale pour que chacun reprenne le contrôle de sa vie.

Des divergents.

[Tract reçu par mail.]

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