forumarticles Section Audio La Fanzinotheque brochures journaux nouscontacter Acceuil
Accueil > Articles > Sur le monde carcéral > Le 9 septembre prochain aura lieu une grève nationale d’ampleur dans les (...)

Le 9 septembre prochain aura lieu une grève nationale d’ampleur dans les prisons américaines - Solidarité !

samedi 13 août 2016

Des prisonniers à travers les USA vont démarrer une gréve. Certains vont refuser de travailler, certains de se nourrir, d’autres arrêterons d’obéir aux ordres. Ils vont prendre d’énormes risques, pas seulement pour leur liberté, mais pour un monde sans esclavage ni coercition. Assurons la solidarité à l’extérieur pendant qu’ils se révoltent à l’intérieur.


Du 26 au 28 août 2016 auront lieu à Colombus (Ohio) des ateliers de préparation à la gréve et une manifestation de solidarité.


Appel à l’arrêt du travail des prisonnier/es aux USA

Depuis différents états des USA, des prisonnier.e.s viennent de lancer cet appel à un arrêt du travail des prisonnier.e.s contre l’esclavage carcéral. Cet arrêt du travail aura lieu le 9 septembre 2016 et sera coordonné à l’échelle nationale.

Ceci est un appel à l’action contre l’esclavage aux USA.

D’une seule voix, qui s’élève des cellules des quartiers d’isolement, et qui résonne dans les dortoirs et les quartiers des prisons depuis la Virginie jusqu’à l’Oregon, nous, prisonnier.e.s dans diverses régions des USA, faisons le serment d’enfin éradiquer l’esclavage en 2016.

Le 9 Septembre 1971, les prisonniers ont pris le contrôle et fait fermer Attica, la plus célèbre prison de l’état de New York. Le 9 septembre 2016, nous allons entamer un mouvement pour faire fermer les prisons à travers tout le pays. Nous n’allons pas seulement exiger la fin de l’esclavage carcéral, nous allons cesser d’être nous-mêmes des esclaves.

Dans les années 1970, le système pénitentiaire états-unien tremblait. À Walpole, San Quentin, Soledad, Angola et dans beaucoup d’autres prisons, les gens étaient debout, luttaient et reprenaient possession de leurs vie et de leur corps. Durant les six dernières années, nous nous sommes remémoré.e.s ces luttes et nous les avons renouvelées. Pendant cette période, le nombre de prisonnier.e.s a explosé et les technologies de contrôle et d’isolement se sont développées pour atteindre un niveau de sophistication et de répression sans précédent dans l’histoire mondiale. Le maintien de la stabilité dans les prisons dépend de plus en plus de l’esclavage et de la torture.

Les prisonnier.e.s sont forcé.e.s de travailler pour un salaire misérable, voire sans salaire du tout. C’est de l’esclavage. Le 13e amendement à la Constitution des États-Unis permet le maintien légal de l’esclavage dans les prisons états-uniennes. Il déclare qu’il n’y aura « ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est à titre de peine d’un crime dont l’individu aurait été dûment déclaré coupable ».

Les contremaitres veillent sur tous nos mouvements, et si nous ne réalisons pas le travail à leur convenance, nous sommes puni.e.s. Ils ont remplacé le fouet par des sprays anti-agression, mais beaucoup d’autres souffrances demeurent : l’isolement, les moyens de contention, les mises à nu et les fouilles au corps comme si nous étions des animaux.

L’esclavage est bien vivant dans le système carcéral, mais d’ici la fin de cette année, ce ne sera plus le cas. Ceci est un appel pour mettre fin à l’esclavage aux USA. Cet appel s’adresse directement aux esclaves. Nous n’allons pas présenter des exigences ou des revendications à nos ravisseurs, nous souhaitons plutôt passer ensemble à l’action. À tou.te.s les prisonnier.e.s de tous les établissements étatiques et fédéraux de ce pays, nous vous demandons de cesser d’être des esclaves, de laisser les récoltes pourrir dans les champs [1], de faire grève et de cesser toute forme de collaboration avec les institutions pénitentiaires.

Ceci est un appel pour un arrêt national du travail des prisonnier.e.s pour mettre fin à l’esclavage carcéral à partir du 9 septembre 2016. Ils ne peuvent pas faire fonctionner ces établissements sans nous.

Les protestations non-violentes, les arrêts de travail, les grèves de la faim et autres refus de participer aux tâches quotidiennes et aux obligations du système carcéral se sont multipliés ces dernières années. La grève de 2010 à la prison de Géorgie, les massives grèves de la faim tournantes en Californie ou l’arrêt du travail du Free Alabama Movement en 2014 ont particulièrement attiré l’attention, mais ils sont loin d’être les seules manifestations du pouvoir des prisonnier.e.s. De grandes, et parfois efficaces, grèves de la faim ont éclaté à l’Ohio State Penitentiary, au Menard correctionnel dans l’Illinois, à Red Onion en Virginie, ainsi que dans beaucoup d’autres prisons. Le mouvement de résistance qui se développe est divers et interconnecté, et il inclut les centres de détention pour immigrant.e.s, les prisons pour femmes et les établissements pour mineur.e.s. L’automne dernier, les femmes prisonnières de la maison d’arrêt du comté de Yuba en Californie ont rejoint une grève de la faim entamée par les femmes détenues dans les centres de détention pour immigrant.e.s en Californie, au Colorado et au Texas.

À travers tout le pays, des prisonnier.e.s s’engagent régulièrement dans d’innombrables démonstrations de force. Ils/elles le font le plus souvent à travers la solidarité entre prisonnier.e.s, en construisant des solidarités par-delà les lignes « raciales » et les gangs, pour faire face à l’oppresseur commun.

Quarante-cinq ans après Attica, le mouvement de protestation revient dans les prisons états-uniennes. Nous espérons coordonner et généraliser ces protestations à partir de septembre, afin d’en faire un mouvement que le système pénitentiaire états-unien ne puisse pas ignorer ou auquel il ne puisse pas résister. Nous espérons mettre fin à l’esclavage carcéral en le rendant impossible, en refusant de continuer à être des esclaves.

Pour atteindre cet objectif, nous avons besoin du soutien des gens de l’extérieur. Une prison est un environnement facile à contenir, un lieu de contrôle et d’isolement où la répression est intégrée dans les murs et les chaînes, dans tous les gestes et toutes les tâches. Quand nous résistons aux autorités, ils nous tombent dessus, et notre seule protection est la solidarité de l’extérieur.

L’incarcération de masse, que ce soit dans des établissements privés ou gérés par l’Etat, est un système où les chasseurs d’esclaves patrouillent dans nos quartiers et surveillent nos vies. Elle exige la criminalisation de masse. Nos tribulations d’une prison à l’autre sont utilisées pour contrôler nos familles et nos communautés à l’extérieur. Certain.e.s états-unien.ne.s vivent tous les jours sous non seulement la menace d’une exécution extra-judiciaire –les manifestations suite aux décès de Mike Brown, Tamir Rice, Sandra Bland et de tant d’autres ont enfin attiré l’attention sur ce phénomène -, mais aussi sous la menace d’être capturé.e.s, jeté.e.s dans ces plantations, enchaîné.e.s et forcé.e.s à travailler.

Notre protestation contre l’esclavage carcéral est une protestation contre le « pipeline école-prison », une protestation contre les violences policières, une protestation contre les contrôles exercés après la fin des peines. Avec l’abolition de l’esclavage, ce ne sera plus rentable d’enfermer nos enfants ou de construire des pièges pour rattraper ceux/celles qu’ils ont libéré.e.s. Sans les intérêts économiques et le profit généré par notre travail forcé au sein des prisons états-uniennes, tout le système des tribunaux et de la police, du contrôle et de la chasse aux esclaves sera changé afin de réellement subvenir à nos besoins en tant qu’êtres humains et non en tant qu’ esclaves.

La prison affecte tout le monde. Quand nous allons nous lever et désobéir le 9 septembre 2016, nous avons besoin de savoir que nos amis, familles et alliés nous soutiennent à l’extérieur. Ce printemps et cet été, nous allons nous organiser, diffuser l’information, construire des réseaux de solidarité et montrer que nous sommes sérieux.ses et que nous en sommes capables.

Allons-y, levons nous, rejoignez-nous.
Contre l’esclavage carcéral.
Pour la libération de tou.te.s.

« Nous ne sommes pas des bêtes et on n’a pas l’intention de les laisser nous battre ou nous conduire comme si on l’était… Ce qui s’est passé ici, c’est le bruit précédant la furie des opprimés. »
– L.D. Barkley, participant à la rébellion d’Attica.

Le 9 septembre 1971, les détenus de la Facilité Correctionnelle d’Attica, située dans le nord de l’État de New York, ont pris le contrôle de la prison. Le soulèvement d’Attica, qui a duré cinq jours, n’était pas la première ni la dernière des rébellions ayant eu lieu à l’intérieur d’une prison. Pourtant, son importance a marqué de manière indélébile l’histoire de la lutte contre la suprématie blanche et contre la société-prison dans laquelle nous habitons aujourd’hui encore.

À travers les quarante-cinq années depuis la révolte d’Attica, les prisons gonflent jusqu’à l’explosion sous la pression des tragédies de toutes ces vies interrompues, des familles éclatées et des communautés brisées. Dans la dernière décennie, les mouvements de résistance ont poussé régulièrement derrière les murs des prisons. Partout à travers les États-Unis, les prisonniers.ères sont pleinement réveillé.es et en mouvement : de l’arrêt généralisé du travail dans les prisons de Georgie en 2010, à la grève de la faim qui s’est propagée à travers le système californien de prison en 2013, des incendies dans les centres de détention I.C.E. (Immigration et Contrôle Douanier) au Texas aux émeutes et aux prises de contrôle des prisons au Nebraska et en Alabama. La révolte contre la prison est aussi présente de ce côté-ci de la frontière : à Lindsay, en Ontario, les détenu.es du Centre correctionnel du Centre-Est sont en grève depuis deux ans, demandant la fin de la détention des immigrant.es.

En septembre prochain, les prisonniers.ères ainsi que leurs familles et des supporteurs de l’extérieur sont en train de coordonner une grève des prisonniers.ères à travers les États-Unis, laquelle doit avoir lieu lors du 45e anniversaire de la rébellion d’Attica. Cet effort historique porte en son sein le potentiel de s’élargir et de nourrir le mouvement contre les horribles conditions de confinement, les prisons elles-mêmes et la société qui les crée.

Pour la destruction de toutes les prisons et la création d’une communauté humaine libre et véritable.


- Pour plus d’infos sur la gréve :
Supportprisonerresistance.noblogs.org

- Le site du comité d’organisation des travailleurs incarcérés :
iwoc.noblogs.org

- Des attaques solidaires :
itsgoingdown.org

- Dans le n°5 de Wildfire, on touvera une chronologie de solidarité et des lettres de prisonniers :
wildfire.noblogs.org

titre documents joints

Notes

[1Beaucoup de prisons états-uniennes sont des « fermes pénales » (elles ont succédé aux plantations qui reposaient sur le travail des esclaves).