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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Le mort saisit le vif

dimanche 26 janvier 2020

Ô vivants ! Au moment où nombre de lycéens choisissent de prendre part à la dernière vague de lutte, nous nous en tenons à nos ancestrales habitudes : l’institutionnaliser, la mener assurément à la défaite. C’est pourquoi, jetant nos dernières forces dans une bataille que nous voulons perdue par avance, nous nous bornons à ne porter que des revendications partielles et défensives, en lieu et place d’une critique radicale de la totalité sociale, dans laquelle les réformes en cours n’ont guère plus de signification que quelques tombes supplémentaires dans le cimetière capitaliste. Nous les morts, nous nous entichons une fois de plus du statut de « fossoyeurs de luttes », négociants avec nos maîtres, dans le but désespéré de récupérer les derniers os qui nous restent.

Ô Spectres ! Nous sommes de plus en plus inquiets de voir que vous êtes toujours plus de brebis galeuses à vous auto-organiser et attaquer ce monde dans le but de le vivifier. Il ne faudrait pas que vous, lycéens désireux de briser les chaînes qui vous asservissent, vous avisiez de penser et d’agir par vous-mêmes, et ce en dépit des traditions de nos aïeux. Scandale que cela ! Nous vous damnons pour l’éternité à avaler les sottises enseignées par vos professeurs ! À rester vissés sur les chaises qui vous apprennent à vous tenir immobiles et droits ! À boire les paroles de vos ancêtres afin de devenir des citoyens respectables et dociles comme vos parents ! Vous, jeunes fous, ne devez pas vous réunir ! Mais si cela arrive, que dans vos assemblées se lèvent des armées de jeunes morts ! Que ceux-ci magouillent pour vous empêcher de parler librement ! Et surtout punissent les éléments perturbateurs qui ont soif de vivre et défient toute autorité ! Nous vous destinons à travailler pour le restant de vos jours, à perdre votre vie à la gagner, et ne pouvons tolérer aucune vie et aucune révolte dans ce monde déjà vieux.

Nous proposons en guise d’épitaphe sur la tombe de ce mouvement :

Ne bloquez jamais rien Pas d’action directe, pas d’auto-organisation Encore moins d’émeutes ou de manifs sauvages Aimez vos professeurs, pacifiez vos établissements Prions ensemble dans l’attente pieuse du messie qui nous sauvera Ayez comme nous peur de vous-mêmes et craignez la liberté Tendez bien l’autre joue pour vous faire éborgner par une balle de lbd Engagez vous dans la police ou dans l’armée Soyez serviles et inefficaces  Adhérez à la CGT 

Pour que plus rien ne fleurisse, pas même les chrysanthèmes. Vive l’éducation nationale, vive la mort.

Des vieux croulants du vieux monde en décomposition…
[Tract trouvé dans les rues de Paris.]