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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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México : Les capuches parlent. Parce que le combat commence à peine

Premier message de la coordination des ombres.

vendredi 4 octobre 2013

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“L’individu avec une capuche sur la tête ne représente pas le peuple, il ne signifie pas qu’un groupe d’illuminés va nous sauver. On n’écrira jamais sur “eux” dans les livres d’histoire. “Ils” ne sont pas “eux”, ils sont nous, qui sortons l’instinct plein de rage contre la raison du capital…”
Tract anonyme. Chili 2009

“Nous n’avons pas d’illusions. Nous n’avons aucun espoir. C’est pourquoi nous sommes dangereux. Nous ne nous attendons pas à ce qu’ils prennent tout cela en compte. Tous les jours, ils enterrent nos cris sous leur mensonge. Adieu. Ils vont nous voir depuis leur canapés, dans leurs téléviseurs. Histoire, nous arrivons. Regarde le ciel, en haut ”.
“Nous détruisons la paix sociale qu’ils construisent jour et nuit, lavant le cerveau des citoyens pour qu’ils obéissent et se taisent […] Ce n’est pas nos mots qui sont cruels. Cruelle est leur réalité.”

Jeunes insurgés. Grèce, hiver 2008

A la jeunesse qui combat.
Aux collectifs et individus lassés de la pantomime réformiste et conciliatrice.
Aux rebelles qui résistent à l’offensive de l’état entrepreneurial mexicain et des gauches complices.
Aux oreilles réceptives.

Récemment, des tourbillons de rébellion se sont déchaînés dans les rues des grandes villes administrées par l’Etat mexicain. Les vents nouveaux apportent avec eux -revitalisées- les pratiques et les idées de rébellion ; ce sont des souffles, pour l’instant passagers qui signalent l’extension de nos désirs ardents, l’arrivée de cataclysmes révolutionnaires jusqu’alors gelés. Nous, qui comme beaucoup d’autres, aspirons à la chute de la mégastructure, avons vu avec bonheur les bandes d’insurgés, qui armés de leurs corps, de leurs passions et de leur ingéniosité artisanale, ont pris d’assaut la stabilité des fondements du système. Nous en faisons partie et voici venu notre tour de défendre nos idées. Ce n’est pas le printemps mexicain, c’est l’hiver subversif, qui ici comme dans le reste du monde, jeune, résolu et cagoulé, est venu pour ne plus s’en aller. C’est à notre tour de prendre la parole.

La CNTE [Coordination nationale des travailleurs de l’éducation, courant radical du syndicat national des profs] ne nous représente pas, pas plus que le MORENA [Mouvement de Régénération Nationale, un parti de gauche] et son dingue de leader ; les grands congrès du “mouvement social”, où les orateurs parlent de tout sauf de la lutte réelle ne nous représentent pas non plus, ni le 132 [Les Indignés étudiants mexicains], ni les tribunes d’étudiants déjà matés. Nous ne reconnaissons aucun représentant, nous ne sommes pas le parti qui cherche à agglutiner le mécontentement sous le manteau de ses slogans (qu’ils soient “historiques”, “incendiaires” ou “novateurs”) ; d’autres compagnon-nes l’ont dit, nous ne sommes d’aucun parti, parce qu’aucun parti ne peut affronter notre objectif final.

Nous sommes enfants des marges, qui avons grandi avec la bouffe en conserve et cancérigène, dans des logis asphyxiants et misérables, au milieu de la publicité saturée d’images et de mensonges et entourés de valeurs oppressives et dégradantes. Nous comptons parmi ces millions de chiffres scandaleux, faisons partie de ceux qu’on appelle les “ninis” (qui ni ne travaillent ni n’étudient), de ces millions de personnes qui étudient et ne trouvent pas de travail, ou bien encore de celles qui travaillent/étudient, tandis que leurs poches se remplissent de miettes, de frustrations et de rancœurs. La “haute” culture n’arrive pas jusqu’à nous, c’est la culture de masse qui nous a élevées et malgré tout, -aujourd’hui- nos références sont la solidarité directe et l’action sans intermédiaires. Nous sommes des données dures parmi les chiffres, nous sommes de petits nombres dans le rouge de l’addition, nous sommes celles et ceux qui n’ont commencé à exister qu’en masquant leur visage et en crachant leur haine. Nous sommes fier-es de nous reconnaître comme le fer de lance de la nouvelle subversion planétaire. Nous ne voulons plus rien savoir de leurs structures embourbées et notre guerre va violemment à l’encontre des valeurs qui alimentent leurs labyrinthes symboliques.

Nous ne nous livrerons pas à plus analyses pleines de données ennuyeuses de ce en quoi le système nous vole. Il n’est grand besoin de décortiquer la réforme éducative, énergétique ou des finances, nous ne sommes ni statisticiens ni hommes d’Etat. L’état-gouvernement est un organe de contrôle, né de la nécessité d’opprimer les déjà opprimé-es ; toutes leurs réformes, tous leurs changements, leurs améliorations ou leurs révolutions ne nous incombent pas, elles appartiennent à leurs logiques, inadmissibles pour celles et ceux qui, comme nous, désirent un monde sans tyrans. L’état-gouvernement fait fondamentalement partie de ce modèle de vie qui génère frustrations, haines et les consciences mêmes qui visent (ou devraient viser) à sa destruction. C’est ce modèle qui nous vole la vie, cette vie dénaturée où ils nous disent ce que nous devons faire, ne pas faire, directement ou indirectement, dès notre naissance. Nous n’avons rien à décider, même si nous portons la structure sur nos épaules et si elle tourne grâce à nos bras. L’Etat, le mode d’organisation économique et la société qu’ils engendrent, nous ont tout dicté, jusqu’à planifier comment nous allons mourir. Ils ont décidé de tout et bientôt ils nous diront comment et contre quoi nous révolter.

“La révolte a besoin de tout, de journaux et de livres, d’armes et d’explosifs, de réflexions et de blasphèmes, de poisons, de poignards et d’incendies. Le seul problème intéressant est comment les mélanger.”
Ai Ferri Corti
, Pamphlet insurrectioniste

Nous partons du fait de dire non, nous ne voulons pas être des citoyens avec un rôle établi. Nous ne voulons pas être des manifestant-es suivant un parcours délimité (amicalement et résolument inoffensif). Nous ne voulons pas être des marchandises de chair et d’os vivant pour produire et consommer selon un cycle absurde et criminel. Nous voulons nous rebeller et dans la rébellion nier leur monde et tous les stratagèmes qu’il utilise pour nous réadapter ; les logiques de négociation, de conciliation et d’assimilation. Nous cherchons à affronter tous les aspects de la domination : la nation, le machisme, la religion, toute cette merde qui nous veut à son service et à ses ordres.
Nous visons à ce que les élans de révolte s’étendent dans nos existences et celles des autres. La révolte ne se limite pas aux moments où nous scandalisons et où nous atrophions certains endroits de la ville ; où nous taguons, crions, courons, détruisons ou intervenons, bien que la potentialité ludique, esthétique et créatrice atteigne alors un point très important. La révolte n’est pas seulement stridente, elle est dans tout geste et tout acte négateur et qui tente de construire une réalité différente. Nous appelons les compagnon-nes à étendre la parole et l’action, la bataille ne se livre pas qu’en grands groupes de compagnon-nes, nous pouvons déchaîner la révolte directe dans d’autres espaces, avec peu de ressources, en petit nombre, et même seuls. Il suffit pour cela de conviction et d’une certaine planification. Récupérer nos vies devient alors une praxis quotidienne. Par exemple, les récupérations (expropriations, “vol”) sont un instrument dont nous disposons, aussi bien pour nous auto-réaliser et pour couvrir des besoins propres, que pour distribuer ce que nous avons récupéré parmi les opprimés et ainsi faire de l’agitation. La révolte a besoin de mots, de rythme, d’infrastructure et de goût.

“Le spectacle a voulu nous montrer redoutables, nous savons que nous sommes pires.”
Mentenguerra, Rapeur d’Espagne

Des imbéciles derrière des micros et des stylos “publics” tentent de nous diffamer avec des qualificatifs dont ces idiots ignorent le sens : vandales, anarchistes, infiltrés, provocateurs, adeptes de la violence. Nous sommes des vandales parce que nous ne réprimons pas nos élans destructeurs, plus que nécessaires pour fracturer la machinerie sociale. Ce n’est qu’avec la violence rebelle (consciente) que se rompt l’illusion de stabilité que veut nous vendre le système. L’antagonisme existe ! Les puissants et leurs sbires ne sont pas et ne pourront jamais être nos égaux ! Ils ne méritent aucun respect ! Nous sommes anarchistes dans le sens que nous ne reconnaissons pas leurs autorités et que nous plaçons notre confiance dans les capacités des individualités pour s’auto-organiser (ainsi que dans nos propres capacités) ; qu’ils ne disent pas que c’est impossible, dans des communautés autonomes de nombreux coins du monde (y compris le Mexique), des pratiques d’autonomie et d’organisation horizontale existent et dans diverses expressions de rebelles tout au long de l’histoire, nous avons vu des expériences d’organisation (certes imparfaites, mais réelles) entre libres et égaux. Nous sommes infiltrés en ce que nous nous engouffrons dans les espaces, où nous pouvons développer notre pratique subversive ; en cela nous cherchons à nous reconnaître dans les différentes expressions d’inconformité, même lorsqu’elles adoptent des discours assimilables par le système, puisque nous trouvons dans ces mouvements des compagnon-nes qui (après avoir expérimenté la lutte de rue) abandonnent ou abandonneront la misère du réformisme, pour assumer une posture révolutionnaire ; beaucoup d’entre nous sont passés par ce processus et nous n’en avons pas honte. Cependant, au vu des expériences récentes, nous tenons à lancer un avertissement : pour agir dans ce sens, il nous faut être intelligents ; nous ne représentons aucun mouvement vertical, pas plus que les sigles ou postulats d’organisations de masse comme les syndicats, et le fait d’agir à l’intérieur de leurs mobilisations implique un fort risque. En effet ces groupes s’en sont déjà pris à nos compagnon-nes. Pourquoi aller chercher des complices dans des protestations gangrenées de citoyens-policiers ? Il vaudra mieux créer des espaces auxquels ces compagnon-nes pourraient se joindre à nous. Nous ne rejetons pas à priori des moments, où il vaudra la peine d’intervenir dans des mobilisations réformistes, comme quand ça dégénère, mais en préférant attendre que cela vienne d’eux (chose probable) et sans lancer la première pierre qui les ferait nous attaquer -comme ils l’ont déjà fait. Et ceci étant dit, nous sommes provocateurs, nous voulons provoquer un court-circuit dans les rapports sociaux en place, diffuser et étendre des milliers de court-circuits.

Notre lutte doit travailler à sa sécurité. Voulons-nous de nouveau nous retrouver encerclés par des milliers de merdes en uniforme ? Voulons-nous devoir nous préoccuper de la liberté des compagnon-nes après chaque manif ? Il serait nécessaire de prendre au sérieux notre activité dans la lutte de rue. Sur toute la planète, de petites mais efficaces mesures de sécurité ont été établies par les compagnon-nes qui luttent. Le camouflage est une partie indispensable de notre travail ; il est nécessaire de prendre au sérieux l’utilisation de la capuche qui doit être fermée hermétiquement, l’utilisation de vêtements qui empêchent l’identification sur la totalité du corps, des chaussures (qui ne doivent pas être reconnaissables ou doivent être recouvertes par des chaussettes, des sacs ou du scotch) jusqu’aux yeux (utiliser des lunettes ou des capuches qui les cachent) ; l’utilisation de vêtements diversifiés pour semer les flics a donné de très bons résultats, il faudra en avoir plus d’un sur soi. Il n’y a pas de mesure de sécurité de trop, il est préférable d’exagérer sur la prévention plutôt que d’avoir ensuite à affronter procès et formalités légales. Il y a sur internet divers manuels avec des recommandations précises sur comment essayer d’éviter la répression policière, dans la rue, mais aussi sur les sites virtuels (il faudrait attirer ici l’attention des compagnon-nes sur le fait d’être très prudents et de ne pas trahir leurs activités sur les réseaux sociaux ; s’exposer cagoulés sur des photos est devenu une preuve à charge pour la répression policière).

“ Nous sommes la fameuse
parabole de Héraclite l’Obscur.
Nous sommes l’eau, pas le dur diamant,
celle qui se perd, pas celle qui stagne.”

Jorge Luis Borges

La force de notre révolte réside dans le fait que nous ne constituons pas un corps solide. Nous sommes des milliers de petites hydres invisibles et glissantes. Ils ne peuvent pas nous couper la tête, car nous n’en avons pas ; nous sommes des millions de têtes qui allons et venons. La force de notre lutte ne s’accroîtra pas par le renforcement de structures solides, elle n’augmentera pas par le nombre croissant d’adeptes dans nos “rangs” ; il faut nous défaire de cette illusion qui peut être très préjudiciable à la subversion ; nous ne voulons pas faire monter nos compagnon-nes dans notre bateau, nous voulons des milliers de canots voguant dans de multiples directions, qui puissent attaquer ensemble, quand ils en conviendront. Notre force grandira dans la mesure où nos groupes, collectifs, noyaux, projets se feront plus agressifs et plus conscients. L’informalité nous offre en outre plus de sécurité face à d’éventuels coups répressifs. A la différence des structures verticales éradiquées d’un seul coup, les réseaux de cellules peuvent être réduits, mais il y aura toujours quelqu’un pour poursuivre le chemin. Selon nous, il s’agit de renforcer nos tranchées, sans attendre que d’autres (beaucoup) viennent nous renforcer.

“C’est en cherchant l’impossible que l’homme a toujours réalisé le possible. Ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait le possible n’ont jamais avancé d’un seul pas.”
M. Bakounine

Avant que les charlatans citoyens-médiatisés commencent à déblatérer leurs jugements absurdes que nous connaissons par cœur : “s’ils détestent tant le système, pourquoi utilisent-ils internet”, “s’ils détestent tant le système, qu’ils aillent à Cuba”, “ qu’ils se foutent au boulot ces connards de bons à rien”, nous leur rappelons que respecter les normes et les règles établies n’a jamais mené à rien. Quant à nous, nous prenons position, tout en sachant que nous sommes du côté minoritaire et vulnérable. C’est notre dignité qui nous fait nous lever, ainsi que la beauté propre à nos idées, qu’à la différence des leurs (leurs idées), nous essayons de concrétiser dans l’action. Nous sommes responsables de notre position, nous ne sommes pas de ceux qui se plaignent de la répression policière ; consciemment, nous traitons avec mépris les leaders et leurs lâches serviteurs et nous n’attendons pas de traitement différent de leur part. Nous prenons position dans cette guerre, contrairement à vous, qui vous cachez derrière le manteau démocratique de la diversité et du respect de la pluralité. Pour notre part, nous ne voulons pas dialoguer ; nous en avons déjà assez ; notre parole, nous la lançons dans les airs, comme nous lançons les pierres et le feu. Est touché qui doit être touché. Nous en sommes là, parce que nous sommes lassés d’être des victimes.

Il faudrait plus de mots, pour défendre la lutte de rue, pour revendiquer la nécessité du conflit, pour narrer la pratique que nous comptons construire avec passion et allégresse, les capuches continuent à se lever, nous allons en voir de plus en plus et de mieux en mieux ; pour cela il faudra savoir parler et dialoguer. Nous invitons les compagnon-nes à ajouter leurs mots. Nous les invitons surtout à être ingénieux et actifs. NOUS SOMMES BEAUCOUP, PLUS QU’ILS LE CROIENT TOUS.

A toi, bon -jeune ou vieux- citoyen qui veut savoir qui est sous la cagoule, ne demande pas qui nous sommes, les cagoulés, nous ne le révélerons jamais, nous n’avons rien à foutre de votre petit milieu de personnage et de célébrité. Mais regardez ces jeunes “normaux” à l’arrêt de bus, il semble qu’ils attendent l’autocar de grande ligne ; observez le compagnon d’école à côté, la jeune fille polie du bureau d’en face, l’aimable employé du restaurant.

Il se pourrait bien qu’au lieu de continuer à ramasser et à décharger des humains-marchandises, quelques-uns érigent une barricade, que le pupitre et le bureau servent à en alimenter les flammes ou que, sans le savoir (loin de là) vous mangiez la soupe où nous avons craché.

Le spectacle est mort. Ils ne nous ont pas laissé rêver, à présent nous ne les laisserons pas dormir. S’en est fini de la paix. Maintenant le monde nous appartient.

Ni de gauche ni de droite ! Nous sommes ceux d’en bas et nous venons nous occuper de ceux d’en haut !

¡Capuches au cri de guerre !
Ce 2 octobre nous n’allumerons pas des bougies, nous allumerons des barricades !

Mexique, fin septembre. Du cloaque d’une quelconque métropole.

Coordination des ombres

Posdata : une forte accolade pour les frères et sœurs des blocs noirs et des tranchées cagoulées de Chile, Colombia, Argentina, Brasil, EUA, España, Inglaterra, Turquía, Egipto, Canadá, Indonesia, Rusia, Italia, Ucrania, Francia et du reste du monde. Tous vandales, tous provocateurs, tous irréductibles ! Solidarité avec la résistance des antifascistes et révolutionnaires grecs.¡Pavlos Fyssas presente !

[Traduit de l’espagnol de Contrainfo par Brèves du Désordre.]