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Tribune d’un collectif de détenus incarcérés à la maison d’arrêt des hommes de Fleury Mérogis [MAJ + CR Rassemblement de solidarité]

samedi 3 février 2018

Nous, prisonniers, condamnés ou prévenus, enfermés à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, lançons un appel contre la conquête sécuritaire qui se joue en ce moment à travers les mobilisations des surveillants de prison dans toute la France. Cet appel vise également à construire une force collective entre les détenus en lutte et l’extérieur. Depuis plusieurs jours, des surveillants de prison bloquent les entrées des maisons d’arrêt, centrales et centres de détention du territoire français. Ici, à Fleury-Mérogis, l’établissement est régulièrement paralysé depuis le début de semaine par plusieurs dizaines de surveillants, empêchant les parloirs avec nos familles, parfois venues de loin, empêchant les extractions dans le cadre des procédures judiciaires (bloquant les aménagements de peine), l’entrée des avocats, les cantines, les cuisines, le nettoyage et toutes les activités dédiées à la prétendue « réinsertion ».

Leurs revendications sont simples, ils réclament plus de moyens et plus de sécurité pour le personnel pénitencier, ce qui se traduit concrètement par un armement généralisé des surveillants, l’imposition de menottes aux détenus lors de leurs déplacements hors des cellules, et des restrictions conséquentes de nos libertés et de nos droits, pour le peu qu’il en reste. Leur mouvement fait suite à diverses manifestations supposées de violence depuis quelques temps, qui, si elles existent, ne sont que des actes isolés, bien souvent en réponse à une violence bien plus importante de l’institution carcérale et de l’État en général.

Depuis une semaine, nous assistons à une surmédiatisation d’événements sporadiques et minimes sur toutes les chaînes de télévision, sur fonds d’antiterrorisme. Une insulte devient une agression, une bousculade, un passage à tabac et un retard en cellule : une mutinerie. Et nous voyons ainsi défiler ces mensonges sur BFM depuis le week-end dernier. Les surveillants et leur syndicat, interviewés par les médias, ont présenté la prison comme un « sanctuaire de criminels » où les détenus avaient « pris le pouvoir » dans des zones totalement abandonnées par les pouvoirs publics. Mais cette stratégie de désinformation ne s’arrête pas là et se couple à des actions bien réelles à l’encontre des détenus.

Ce jeudi 18 janvier au matin, alors que tous les parloirs avaient été annulés, que les activités n’avaient pas lieu et que nous étions séquestrés en cellule, sans information et sans même avoir été nourris, l’administration a finalement décidé, en réponse aux mobilisations de leur personnel, de lancer une nouvelle entreprise de terreur comme on n’en voit qu’en prison à l’encontre des détenus, et alors que rien ne s’était encore passé. Vers 11h, plusieurs dizaines de surveillants et d’ERIS, armés, cagoulés et près à intervenir étaient déployés dans toute la prison. Alors que les départs en promenade se faisaient sous pression, ponctués de coups de matraque et de bouclier, de fouille à nu arbitraires et d’insultes diverses, nous avons décidé de nous organiser contre ces violences gratuites, exercées pour satisfaire des surveillants en mal de reconnaissance.

Sur le bâtiment D2, nous étions plus d’une centaine à refuser de réintégrer nos cellules à l’appel de fin de promenade, qui avait été réduite à 45 minutes au lieu des deux heures quotidiennes. Sur le bâtiment D1, c’est cette fois l’administration qui nous enfermait plus de 4h en promenade, pour prévenir un risque de blocage et en profiter pour fouiller une bonne partie des cellules. Dans les autres bâtiments, nous tentions plusieurs blocages, la plupart mis en échec par l’intervention violente des ERIS.

À travers ces blocages, nous voulons exprimer notre droit à manifester, qui nous a été arraché lors de notre incarcération et nous voulons lancer un message vers l’extérieur, contre ce qui se joue en ce moment devant les prisons françaises : l’invisibilisation des violences quotidiennes à l’encontre des détenus - insultes régulières, coups, pressions administratives, les suicides réguliers, les piqûres forcées, les cellules en flamme comme à Fresnes il y a quelques jours, et même les viols, comme à la MAF ou à Meaux il y a quelques mois. Mais également, la stratégie des surveillants qui rappelle celle des policiers qui manifestaient illégalement, masqués et armés, en direction des lieux de pouvoir à l’automne 2016 au cri de « la racaille en prison ! », pour réclamer et finalement obtenir un nouveau permis de tuer.

À travers ces actes de résistance collective, nous nous mobilisons contre cette répression grandissante et contre l’entreprise sécuritaire de l’État pénal. Mais pour ce faire, nous avons besoin de construire une force collective, et que nos luttes soient entendues et relayées à l’extérieur. La violence, la vraie, elle est du côté de la prison, de la justice et de la police, qui frappent, séquestrent et légitiment ces exactions. La violence, c’est l’État. Nous ne sommes pas des bêtes, nous sommes des êtres humains, et nous refusons d’être enfermés et renvoyés à des faits qui feraient de nous des parias, sans droits et sans dignité. Nous en appelons aujourd’hui à toutes celles et tous ceux qui, à l’extérieur, luttent contre les violences d’État.

Nos mobilisations sont vaines si nous ne sommes pas soutenus et si les acteurs des luttes actuelles ne se font pas écho de nos combats. En effet, nous payons le prix fort de ces blocages, la vengeance de l’administration est terrible, plusieurs personnes ont d’ores et déjà été envoyées au mitard, le quartier disciplinaire, et nous savons tous que nos conditions de détention seront rendues encore plus difficile, du seul fait d’avoir refusé ces injustices. Par ailleurs, nous avons besoin que des mobilisations fortes appuient nos mouvements, car l’administration sait qu’elle a les moyens de nous faire taire, en chargeant nos dossiers en vue de nos procès à venir ou en refusant nos aménagements de peine.

Ce texte ne s’adresse ni aux institutions, ni aux défenseurs des soi-disant droits de l’homme et des politiques traditionnelles car à nos yeux, il n’existe pas de prisons « plus justes ». C’est un appel à toutes celles et tous ceux qui, au printemps 2016, se sont soulevés contre la loi travail ; car nous aussi, nous sommes les premières victimes d’une précarisation massive qui nous a contraint à choisir entre la misère et la prison. C’est un appel à celles et ceux qui luttent contre le racisme, car nous aussi sommes les premières cibles d’un racisme d’État qui enferme toujours les mêmes personnes, des jeunes non blancs [sic], parqués dans les prisons françaises. C’est un appel à celles et ceux qui luttent contre les violences policières, car nous sommes ceux qui subissent depuis toujours les violences des forces de police et nous sommes ceux qui se lèvent toujours lorsqu’un de nos frères tombe sous les coups ou sous les balles des forces de l’ordre.

Mobilisons-nous, à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons. Construisons une vraie force contre la répression en bloquant et en perturbant les institutions répressives et les politiques sécuritaires. Brisons le silence de la prison, et brisons les chaînes qu’elle nous impose.

Liberté pour toutes et tous.

Un collectif de détenus incarcérés à la maison d’arrêt des hommes de Fleury Mérogis.

Rassemblement de solidarité avec les prisonniers en lutte devant la MAH de Fleury-Merogis

Depuis une dizaine de jours les syndicats de matons sont en grève. On est habitué à les entendre pleurnicher mais cette fois, ils passent à l’acte et de manière durable. En cause une agression d’un maton par un détenu. Que les matons (comme les flics) soient la cible « d’agressions » est inhérent à leur condition : ils sont le bras armé du pouvoir. Et c’est autant une manière hypocrite de cacher les violences quotidiennes dont ils sont les acteurs. De la plus simple humiliation aux personnes battues à mort : nous ne sommes pas dupes et nous savons parfaitement qui en prison subit la violence et ce n’est certainement pas les matons…

Dans un système où l’alternative se trouve entre galérer pour quelques miettes ou la taule pour qui d’une manière ou d’une autre essaye de se débrouiller, y compris de manière illégale, pour sortir de la misère dans laquelle les Grands de ce monde voudraient nous voir rester sans broncher. Parce que oui, les prisons sont remplies de « délinquants économiques ».

Les matons, avec ce mouvement demandent la reconnaissance de l’État et de la société pour leur boulot infâme, puisqu’ils sont, à juste titre, méprisés par tous, y compris par leurs propres maîtres ! Donc ils bloquent les prisons, une manière de se venger encore sur tous les détenus et leurs proches, de leur faire payer.
Ce sont des retards voire des annulations de parloirs, pas d’extraction pour les audiences, peu ou pas d’accès aux soins, aux promenades ou aux activités etc.
Un peu partout les détenus mais aussi leurs proches à l’extérieur, s’organisent pour se défendre et faire sortir au delà des murs ce qu’ils subissent. Des détenus refusent collectivement de remonter en cellule et les familles président les abords des prisons.

Hier un communiqué est sorti de la MAH de Fleury-Mérogis et nous leur répondons par notre solidarité active : nous serons donc devant la prison de Fleury-Mérogis à partir de 13h aux côtés des familles et face aux matons pour leur montrer que non, les prisonniers ne sont pas seuls et leur rappeler que le seul moyen pour eux de ne plus être d’agressé c’est de changer de métier !

Solidarité avec les détenus en lutte !

Les prisons en feu, les matons au milieu !!!

Rassemblement devant la MAH de Fleury-Mérogis, samedi 27 janvier à partir de 13h


Récit du rassemblement devant la MAH de Fleury-Mérogis, le 27 janvier 2018

Samedi 27 janvier dernier nous étions une bonne cinquantaine de personnes à répondre par les actes au communiqué1 rédigé par un collectif de détenus de Fleury-Mérogis deux jours plus tôt. C’est dans le contexte de presque deux semaines consécutives de grève et de blocage des prisons par les maton.ne.s, qu’ils nous expliquent comment se sont détériorées leurs conditions de détention mais aussi pourquoi et comment ils s’y sont opposés.
Bien que le délai de l’appel était extrêmement court (il a été rendu public sur internet moins de 24h avant le moment effectif du rassemblement2), la réactivité des personnes solidaires montre que dehors beaucoup d’entre nous sont très attentif.ve.s à ce qu’il se passe en prison en général et la situation de la grève en particulier, a focalisé toutes nos attentions.

Cependant l’enjeu était double. En effet, au delà du nombre, il s’agissait d’une part de montrer aux maton.ne.s que nous savons (au moins une partie de) ce qui se passe en prison ; que ce soit de la plus « simple » humiliation aux passages à tabac par les ERIS, des privations multiples et davantage encore durant la grève aux perquisitions incessantes des cellules : à Fleury (et ailleurs aussi !3) les détenus se sont organisés pour ne plus subir et nous nous devions de leur montrer, autant que faire se peut, que nous ne les laisserons pas seuls face à leurs bourreaux, que nous ne laisserons pas lettre morte à leurs cris de révolte, pour que cela puisse d’une manière ou d’une autre passer au-delà des murs.
Il s’agissait également de propager leur texte à des personnes directement concernées, c’est-à-dire informer les familles qui se rendaient au parloir de ce que nous savions de la situation et en retour, connaître aussi leurs propres témoignages. Peut-être était-ce l’aile de leurs proches ou peut-être pas, peut-être y avaient-ils pris part ou peut-être pas… Qu’importe, il fallait en tout cas que le bruit court, que chacun raconte que des détenus s’étaient organisés et que dehors des personnes sont solidaires.

La situation de tension a d’ailleurs favorisé la communication entre les personnes solidaires et les proches des détenus, dans un brouhaha d’échanges d’informations techniques ou de considérations plus génériques sur la prison, une véritable interaction se met en place si bien qu’à un moment, on ne distingue plus qui vient pour visiter ou qui vient pour hurler !
Même deux gendarmes s’y sont perdus et devant le fourmillement des personnes qui discutent ensemble, tract du communiqué des détenus à la main, ils s’approchent et demandent à quelqu’un (visiblement venu visiter un proche puisque munis du pourtant très reconnaissable sac-cabas réglementaire… Mais on va pas trop leur en demander non plus !) : « Qui est l’organisateur ? ». « On est venus pour les prisonniers » s’exclame quelqu’un. Devant l’ambiguïté de la situation ils répondent que de toute façon il n’y a pas de parloirs : là, c’est la grogne généralisée et la tension ne s’abaisse que lorsqu’un maton-chef vient temporiser la foule en démentant les dires des gendarmes, qui du coup s’en vont tout penauds d’avoir non seulement manqué à leur unique tâche de la journée… mais aussi d’avoir presque déclenché une émeute !

Des banderoles sont alors déployées, sur l’une d’elles on pouvait lire « Crève la taule ! Liberté pour toutes et tous ! ». Un chasuble de FO-pénitentiaire qui traînait est mis au feu et un enfant, habituellement désœuvré pendant les longues heures d’attente pour les parloirs, s’amuse à faire en sorte qu’il ne s’éteigne surtout pas pendant que sont hurlés ou bien chantonnés des slogans tels que : « Maton, maton, si t’as peur : il est grand temps de devenir chômeur » ; « Brique par brique, maton après maton : détruisons toutes les prisons » ; « Olélé, olala, solidarité avec les prisonnier-e-s ! » ; « Contre la grève des matons : crève crève un maton / solidarité avec les prisonniers » ; « Les prisons en feu, les matons au milieu ! » ; « Solidarité avec les prisonniers, et leurs familles, et leurs ami-e-s ! ».

Après plus de deux heures de rassemblement les gens se sont réunis pour discuter de la suite, enthousiastes de la réussite de cette initiative. On s’est dit qu’en cas de reprise de la grève on se retrouve même heure, même endroit. Certains proposaient également de faire prochainement une assemblée pour s’organiser contre la prison, au delà du mouvement des maton.ne.s…

A suivre…

Des participant.e.s, toujours présent.e.s contre les prisons et les matons !

[Repris d’Indymedia Nantes.]


Pour s’y rendre en transport en commun :

* bus 109, direct depuis la porte d’Orléans : départ à 12h20- arrivée à 13h00 à la MAH (le suivant 50’ plus tard, donc faut pas le louper !)
* RER C ou D, jusqu’à Juvisy prendre la sortie Condorcet et prendre le bus DM05 : départ 12h23- arrivée à 12h51 à la maison d’arrêt des hommes (le suivant 40’ plus tard).
* RER D direction Corbeil-Essonnes jusqu’à Grigny Centre. Puis prendre le bus 510 à la gare RER : départ 12h17- arrivée à la maison d’arrêt des hommes à 12h35 ; ou le suivant départ à 12h47, arrivée 13h05.

Pour s’y rendre en voiture :

* Depuis le périph’ suivre la A6 en direction d’Evry, puis prendre la sortie n°7 fleury-mérogis. Suivre l’avenue Victor Schoelcher puis avenue du Docteur Fichez (entre 2 ronds-point), la maison d’arrêt est indiquée sur la gauche.