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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Zadissidences n°3

dimanche 30 septembre 2018

NdNF : Nous publiions cet été le deuxième volume de Zadissidences, brochure qui avait le mérite assez rare (au-delà même du contexte zadiste, somme toute, isolé) de mettre à jour les dissidences au sein de la « ZAD » post-victoire (des réformistes et des alternativistes), ce que d’autres qualifient généralement dans une extériorité et un surplomb fantasmés d’« embrouilles de milieu », souvent « stériles », voire même, misère, « contre-productives ». Aujourd’hui nous relayons la sortie d’un troisième volume, et rien n’a changé fondamentalement depuis le précédent. Nous reproduisons donc en conséquence la note introductive, à notre avis, toujours d’actualité, qui avait été faite au précédent.

Tant que la « zone à défendre » était constituée comme zone occupée « contre l’aéroport et son monde » et comme espace d’expérimentation alternative, les contradictions inhérentes à la délimitation de ce tout petit monde alternatif illusoirement extrait du monde — dont nous pouvons penser qu’elles en reproduisent inéluctablement les mêmes schémas, ceux de la gestion et de la politique — restaient internes, et c’était d’un point de vue extérieur que les critiques de la démarche territoriale et alternativiste pouvaient s’exprimer. On a relayé ici quelques-unes de ces critiques (cf. Post-scriptum de cet article), sans donc entrer dans les détails internes du suivi quotidien d’une telle expérience. Alors pourquoi y regarder de plus près aujourd’hui, maintenant que la « zone à défendre » est devenue un « territoire à gérer » ?
Notre intérêt actuel pour les textes qui décrivent le processus en cours ne provient pas d’une nécrophilie adepte de la documentation du processus d’agonie d’un organisme auquel on ne s’est pas beaucoup plus intéressé quand il était en vie. Nous ne nous réjouissons pas plus de la « victoire » contre l’aéroport que de la « défaite » de l’illusion alternativiste et son monde.
Maintenant que le monde a fait irruption dans la ZAD, à coups conjoints d’expulsions et de légalisations, maintenant que la normalisation fait son œuvre, les contradictions inhérentes à cette proposition de gestion alternative d’un territoire sont ouvertes, visibles : ce qui se joue dans la liquidation de l’expérience de la ZAD, c’est désormais sans conteste ce qui se joue partout dans la normalité de ce monde. La politique y joue à plein et y montre sans complexes ses ressorts les plus efficaces, depuis l’intérieur même de ce qui reste de cette expérience.
C’est à ce titre que nous relayons parfois les analyses pertinentes et lucides de ce processus. Parce qu’on y comprend comment s’y opposent la politique et la vie, la subversion et la gestion, la recherche de légitimité à tout prix et la révolte, les « composantes » qui cherchent avant tout à « composer » avec l’État, sa préfecture et ses projets innovants et un désir réel de subvertir ce monde, des pratiques mafieuses para-étatiques et le refus de la judiciarisation et des barbouzeries qui vont avec.
Ce monde en petit a déjà, et depuis longtemps sans doute, en plus de sa police, de sa justice et de sa mafia, sa droite, sa gauche, ses éléments incontrôlés, ses forces de l’ordre et ses (assignées) forces du désordre... Dans ces temps de négociations, apparaît au grand jour cet édifice bureaucratique et alterno-autoritaire, construit par certains au nom d’un pragmatisme mortifère, qui est prêt depuis longtemps à trier le bon grain de l’ivraie au moment de la « victoire », à mettre en place la realpolitik inévitable dans le cadre de ces négociations. Et il y a beaucoup à en apprendre, même hors des perspectives alternativistes.
C’est pourquoi nous relaierons encore divers textes qui seront produit par la suite, décrivant ce processus de normalisation, ses rapports de pouvoir, ce qu’ils écrasent et ce qu’il en reste, d’un point de vue subversif.
La brochure en deux parties ZADissidences (et dont la deuxième partie vient de paraitre) nous intéresse parce qu’elle regroupe des documents qui, comme il est précisé dans l’introduction, « critiquent la tendance dominante dans le mouvement de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et tentent d’enrayer ses pratiques autoritaires et réformistes ». Et c’est particulièrement instructif.
Tant qu’il y aura du territoire à gérer, il n’y en aura pas pour tout le monde !
Bonne lecture.


Et voici le 3ème numéro de ZADissidences  !

Zadissidences 1 concernait la période allant de la « victoire » de mi-janvier et s’arrêtant au tout début des expulsions-destructions de début avril 2018.

Zadissidences 2 relataient la 1ère vague d’expulsion, soit le mois d’avril 2018.

Ce numéro-ci concerne la deuxième vague d’expulsion qui a eu lieue en mai, après ce que l’état avait appelé une « trève ».

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Éditoto

L’idée est ici toujours de compiler des textes qui causent de la zad, critiquent la tendance dominante dans le mouvement de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et tentent d’enrayer ses pratiques autoritaires et réformistes.

Plus précisément, nous voulons participer à diffuser des voix de ce mouvement qu’on entend moins et qui refusent les choix et les visions politiques d’une partie des occupant·e·s, notamment celle qu’on entend beaucoup et qui depuis quelques mois préfère se nommer « habitant·e·s » (comme pour se défaire d’un costume devenu gênant). Ces conflits ne sont pas nouveaux, l’abandon du projet n’a fait qu’amplifier ce qui était déjà la direction prise depuis des années par quelques occupant·e·s en alliance avec les « composantes », direction qui en déjà fait fuir plus d’un.e depuis longtemps.

Certain·e·s trouveront triste de donner tant de place à ce qu’illes préfèrent appeler des « embrouilles internes » et se diront que ça n’a pas vraiment d’importance comparé aux grands enjeux de « l’avenir » de la zad. D’autres sauront y voir la densité des réels conflits politiques que la situation révèle, et chercheront à en tirer des leçons pour d’autres luttes. Déjà beaucoup sont parti·e·s écoeur·é·es, d’autres tiennent le coup vaille que vaille. Il y aura encore tant à raconter et à discuter de cette aventure dans les temps prochains avec celleux qui voudront y donner de la place.

Ces textes ont en commun une sorte de rage. Et ces temps-ci, c’est notamment cette rage qui nous permet de nous reconnaître dans la tempête. On a choisi ces textes-là parmi d’autres, sans être nécessairement en accord sur tout.

Ambiance réactionnaire… pour une écriture de l’Histoire des vainqueurs

Pourtant certain·e·s continuent de crier à la victoire pour mieux séduire et appeler au soutien de leur « projet d’avenir ». Mais on devine que l’enjeu est surtout de tirer le maximum de profit de cette situation tant qu’elle reste bien cotée à la bourse des luttes modèles.

On voit naître un « fond de dotation » pour diversifier et pérenniser l’investissement des dernières années dans la composition et les liens avec « la gauche » et sa manne financière. De nombreux écrits, images et évènements fleurissent pour bien ancrer une version arrangeante tant que le cadavre de la lutte est encore chaud et déjà embaumé.

Enfin, jusqu’à l’échelle plus petite des réseaux indépendants de contre-information, on perçoit une entreprise discrète et diffuse de censure et d’étouffement des quelques voix qui ont réussi à se faire entendre et qui font tâche dans ce tableau parfait. À titre d’exemple, le site paris-luttes.info refusera la publication des zadissidences mais dans le même temps publiera les comptes-rendus du site expansive.info de la semaine « reprendre son souffle » d’août 2018, une forme de copinage pour une des tendances les plus autoritaires de la ZAD.

Loin de nous l’envie de se positionner en pauvres petits choux, nous préférons regarder en face ce processus et en tirer des leçons à partir des positionnements de chacun·e. Certains faits ne trompent pas :

Le 6 juillet, « zadissidences 2, 1ère vague d’expulsions » était publié sur le site zad.nadir.org, conformément à la prétention du site de relayer toute « parole d’occupant·e·s » qui lui était envoyée.

Le 9 juillet, il était dépublié. Un mail expliquait que « la publication ne fait pas accord (…). On en reparle à notre prochaine réu dans quinze jours ».

Le 30 juillet, à notre question « vous avez publié le premier zad dissidences, alors quelles raisons pour ne pas publier celui là ? », un mail de l’équipe du site répond « merci pour le rappel, par soucis de cohérences on dépublie zaddissidences1 aussi. ». Hop, un petit nettoyage rétroactif en passant, on peut alors se demander jusqu’où s’arrêteront-illes ?

Depuis, nous avons pu lire le nouveau mode de fonctionnement du site zad.nadir. On y trouve le refus d’« alimenter les querelles de milieux », ou de « servir de « crachoir à chaud » pour des gens qui ne seraient pas capables de se parler directement ». Ça semble à la mode de dépolitiser les conflits et de cantonner au privé ce qui se joue dans les luttes.

Un autre argument pour ne pas publier ces brochures est que le site ne veut pas publier « des textes qui sont inintelligibles pour quiconque ne vit pas sur la zad » (même argument utilisé par partis-luttes.info d’ailleurs) « et qu’on ne ne considère pas comme des critiques constructives ». Il ne faudrait pas confondre ce qui est intelligible de ce qui est politiquement correct de dire à propos de la zad. Et les textes présents dans zadissidences viennent d’un bon nombre de personnes, avec tous les points de vue que ça peut représenter. Sûr que ça paraît plus foisonnant qu’une ligne claire, argumentée, d’un groupe organisé où seules quelques personnes écrivent pour l’ensemble. Et font la part belle au mythe de la zad et à la mise en scène de la révolte.

Bon, on va pas prétendre être surpris·e·s non plus, hein, c’est pas la première censure de ces temps-ci. Mais le rapport de force devient de plus en plus écrasant sur la zad en général, et donc aussi dans ses divers groupes collectifs où certain·e·s tentaient encore de la faire fonctionner de manière horizontale, tant bien que mal jusque-là.

La critique politique et les conflits sont à étouffer discrètement, et une image positive de la zad est à reconstruire d’urgence. Les artistes et intellectuel·le·s se mobilisent, en croyant bien faire comme à leur habitude, en soutien aux légendaires « mauvaises herbes » de la zad, enfin pas celles qui l’étaient probablement un peu trop, mauvaises. Et qui se sont déjà fait éradiquer, pour le coup…

Mais certains coups de couteau dans le dos ont tout de même été trop visibles et conflictuels pour pouvoir être niés plus longtemps. Alors, dans les derniers textes [1] qui tentent de sauver tout ce capital subversif investi dans « la zad », ils sont présentés comme des choix difficiles, parfois même douloureux. Ah, pauvres d’elleux, incompris·es et critiqué·e·s pour avoir dû prendre ces décisions ingrates de couper et d’abandonner dans la bataille quelques membres gênants de ce grand « corps » qu’était la zad, et qui n’auraient pas tenus sous le « manteau » de la légalisation. Mais tout ça pour sauver l’essentiel bien sûr. L’essentiel…

On peut aussi y lire que oui, peut être, d’autres choix auraient été possibles, mais bon voilà, c’est fait, maintenant on doit se préoccuper de « la suite ». La suite…

Assumer ces quelques bribes leur permet de nier ce qui peut encore l’être, et de préparer le terrain pour une réécriture de l’Histoire en direct, de la probable future défaite collective par la faute des « radicaux », de la discorde qui aurait laissé la place à l’État, d’un mythe de l’« unité du mouvement » pour cacher qu’elle a été l’un de leurs outils favoris de gestion de la lutte tant que le filon était exploitable.

« Une des postures doit gagner et l’autre doit perdre, la diversité des tactiques devient impossible parce que les buts diffèrent » (La zad est morte vive la zad, texte de la Maison de la Grève de Rennes). C’est pourtant si simple, non ? Les positions sont nivelées, égales les unes aux autres, face au hasard de la vie. Et le suspense est à son comble : en effet, entre la stratégie réformiste et le refus du dialogue avec l’État, qui donc aurait pu parier sur le vainqueur ? De même, qui serait assez clairvoyant·e pour deviner ce que l’Histoire officielle choisira finalement de retenir ?

Alors pour lire des textes qui causent de la zad hors des canaux officiels, il faut chercher d’autres sources, comme par exemple les sites zadresist.antirep.net et nantes.indymedia.org !

Merci encore pour toutes ces contributions, et prenez soin de vous !

Merci de les lire, et tenez bon !

Et ne soyons pas tristes, car tout ce qui a été vécu dans cette lutte, y compris ces derniers mois, continue de nourrir des parcours et des rencontres contre ce monde de merde.

A la prochaine !

*du CMDO, de la Maison de la Grève, et de Lundi matin qui prétendent presque ne pas se connaître. Même des membres du POMPS en ont écrit un...

Sommaire

  • p2. Éditoto
  • p6. Quelques définitions
  • p7. Chronologie de la 2ème vague d’expulsions
  • p11. Sommaire
  • p12. Foutre la merde : tout un art (2 mai)
  • p14. Lâche l’appel, prend la pioche (5mai)
  • p16. Plus de frangines, plus de frangins (6mai)
  • p19. Naufrage partout ? (8 mai)
  • p20. Le 14, ils négocient (12 mai)
  • p21. Se doutent-ils ? (première quinzaine de mai)
  • p23. Communiqué du dimanche 20 mai
  • p24. Récit subjéctif de ce qu’il s’est passé au domaine re-re-re- re liberée #Zad #NDDL depuis le 18 mai
  • p30. La bataille de l’Ouest...cernées de tous côtés ! (23 mai)
  • p35. Embrouilles de tiekar (24 mai)
  • p43. Jusqu’où ira-t-on dans ce foutage de gueule des négociations ? (27 mai)
  • p46. Plusieurs trous dans la vitrine de la maison de la grève (MG) de Rennes (2 juin)
  • p47. Quant à la stratégie administrative et au fond de dotations de la zad (1er juillet)
  • p51. Bibliographie
  • p52. Ode au CMDO

P.S : Pour compléter tous ces textes, il existe aussi les brochures « Le mouvement est mort... vive la réforme ! » et « Des dynamiques inhérentes aux mouvements de contestation ».


[1du CMDO, de la Maison de la Grève, et de Lundi matin qui prétendent presque ne pas se connaître. Même des membres du POMPS en ont écrit un...